En visioconférence, le scientifique a fait part de son inquiétude face à une situation "sérieuse" en Europe, qui ne peut "qu'empirer si des mesures fortes ne sont pas prises." En effet, le rebond épidémique que connaît actuellement l'Europe semble s’avérer plus violent que lors de la première vague, notamment en Belgique.

"Une des leçons principales de la première vague est qu'il faut agir rapidement, dès que le nombre de cas commence à augmenter. Nous ne devons pas perdre de temps", a-t-il expliqué. Il a admis avoir été par le passé sans doute trop optimiste quant au suivi des mesures anti-corona (port du masque, limitation des contacts, etc) par la population, sur le long terme.

"La 'fatigue du corona' me préoccupe beaucoup", a-t-il indiqué. Mais "si on relâche trop", par exemple en vue des fêtes de fin d'année, "on pourrait avoir une troisième vague, avec encore plus de morts", met-il en garde, bien conscient des conséquences que peut avoir le Covid sur la santé, puisqu'il a lui-même été infecté. "J'ai été épuisé pendant des mois."

Tout ne semble pas pour autant perdu. Pieter Piot a signalé que le futur "était entre nos mains". "La bonne nouvelle, c'est que chaque pays a démontré qu'il pouvait ralentir la propagation de ce virus durant le printemps, grâce au confinement", a tempéré le microbiologiste qui exhorte les pays à agir et la population à respecter les mesures. Si l'on connaît une telle hausse des contaminations en ce moment, c'est parce que les règles sanitaires ont été allégées durant l'été, a avancé le scientifique. "Il faut que les États prennent des mesures et surtout que la population les respecte", a-t-il martelé.

L'immunité collective n'est pas une solution

Le médecin a aussi tenu à dire que la solution dite de l'immunité collective, évoquée par certains scientifiques, ou comme le pratique la Suède, n'en était pas une. Laisser le virus se propager pour infecter une partie suffisamment grande de la population, afin qu'il n'ait plus d'impact ensuite, "prendrait beaucoup trop de temps et des millions de gens en mourraient".

Son principal espoir se situe du côté des futurs vaccins. Si un vaccin est validé, on devrait pouvoir commencer la vaccination au printemps, a aussi rappelé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen ce mercredi, faisant échos aux propos de Charles Michel ce mercredi matin.

"Nous devons vraiment régler le problème épidémique pour que l'économie redémarre"

Pieter Piot a également évoqué une analyse publiée dans le Financial Times : les pays qui sont le plus touchés par le Covid-19 sont aussi ceux qui subissent le plus de dégâts économiques. Ainsi, parler de la situation économique des pays n'est pas un argument pour permettre le relâchement des règles sanitaires.