Israël et le Hezbollah libanais vont-ils entrer en "guerre totale" ?
L'armée israélienne a annoncé mardi soir avoir approuvé des plans d'offensive au Liban alors que les affrontements à la frontière ne cessent de s'intensifier avec la milice du mouvement chiite libanais.
- Publié le 19-06-2024 à 20h23
- Mis à jour le 20-06-2024 à 12h43

Il s'agira peut-être bientôt d'une "guerre totale", a prévenu le ministre israélien des Affaires étrangères Israël Katz. Après une semaine d'escalade dans la zone frontalière entre l'État hébreu et le Liban, Tsahal a signalé mardi 18 juin qu'elle avait validé des "plans opérationnels pour une offensive" chez son voisin libanais. Une potentielle confrontation directe suite à laquelle "le Hezbollah sera détruit et le Liban touché durement" a averti le haut responsable. Un peu plus tôt, la milice avait menacé une nouvelle fois le gouvernement israélien dans une vidéo de 22 minutes montrant des images aériennes présentées comme prises par un de ses drones au-dessus d'Haïfa, le plus grand port d'Israël (nord), ainsi que plusieurs autres sites militaires.
Depuis le début de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre, le Hezbollah pro iranien échange régulièrement des tirs avec l'armée israélienne, en soutien à son allié palestinien. Pour autant, une confrontation directe des deux belligérants est jugée catastrophique et dangereuse par plusieurs experts, qui estiment qu'une guerre entre l'État hébreu et son rival libanais "pourrait dévaster Israël et le Liban", juge The New York Times. Selon le journal américain, le groupe serait "beaucoup plus fort aujourd'hui qu'il ne l'était en 2006" lors de la guerre majeure de 33 jours qui a vu les deux puissances s'affronter, faisant 1000 morts du côté libanais, 160 du côté israélien et déplaçant plus d'un million de personnes.
"Netanyahou n'a pas les coudées franches"
Pour autant, "il faut prendre du recul avec les provocations israéliennes. Je ne pense pas qu'on soit dans la configuration d'un conflit ouvert entre le Hezbollah et Israël", note Didier Billion, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient et directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Selon le géopolitologue, le gouvernement israélien souhaite depuis plusieurs mois élargir le conflit de Gaza afin de retrouver l'appui plein et entier de ses alliés occidentaux, en particulier des États-Unis. Pour autant, "Netanyahou n'a pas les coudées franches et ne possède actuellement pas les moyens politiques d'y parvenir". De fait, la crédibilité du Premier ministre est largement remise en cause par une partie de son gouvernement et de la société israélienne. Depuis ce lundi, des manifestations exigeant sa démission secouent Tel-Aviv et le reste du pays.
L'intervention israélienne sur le sol libanais pourrait également accroître d'autant plus l'isolement d'Israël sur la scène internationale. En effet, l'annonce de Tsahal survient en pleine visite dans la région d'un envoyé spécial du président américain Joe Biden, Amos Hochstein, afin d'amorcer une désescalade de la situation qu'il juge "urgente". Les États-Unis ont d'ores et déjà prévenu qu'ils s'opposaient à un affrontement direct des deux puissances armées, qui pourrait entraîner une "guerre à grande échelle".
L'Iran remis au centre du jeu
Pour autant, le désaveu subi par le Premier ministre "l'oblige à devoir coopérer avec la frange la plus à droite de sa coalition, dont font partie Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich", tous deux ministres et chefs d'un parti d'extrême-droite. Ces derniers ont d'ailleurs vu leur influence au sein du gouvernement grandir après la dissolution du cabinet de guerre, causée par la démission du centriste Benny Gantz et d'un autre ancien chef d'état-major de l'armée israélienne Gadi Eisenkot. Dans ce contexte, "on ne peut pas exclure les décisions les plus extrêmes de la part de Benjamin Netanyahou", analyse M. Billion.
Un conflit ouvert entre les deux adversaires pourrait également causé l'embrasement du Moyen-Orient, déjà mis à mal par la guerre que se mènent l'État hébreu et le mouvement palestinien du Hamas dans la bande de Gaza. En effet, une attaque du sud du Liban contre le Hezbollah remettrait au centre de l'échiquier géopolitique la République islamique d'Iran, mécène de l'organisation armée. "Si une intervention massive et coordonnée israélienne avait lieu sur le territoire libanais, les Iraniens ne pourraient pas rester les bras croisés". L'Iran pourrait alors se voir précipiter dans des confrontations directes avec l'État hébreu, et non plus par l'intermédiaire de l'"axe de résistance". Ce nouveau front mettrait en péril la stabilité de l'entièreté de la zone, une perspective déjà entraperçue lors des échanges de tirs opposant les deux puissances durant le mois d'avril.
Un accord de cessez-le-feu primordial
Face aux risques, les États-Unis redoublent d'efforts pour parvenir à un accord de trêve dans la bande de Gaza afin d'apaiser les risques de confrontation avec le Hezbollah, qui exige en priorité l'arrêt des combats sur le sol palestinien."Un cessez-le-feu à Gaza ou une solution diplomatique alternative pourrait également mettre fin au conflit de l'autre côté de la Ligne bleue", a affirmé ce mardi M. Hochstein, en référence à la ligne de démarcation fixée par les Nations unies entre le Liban et Israël. Il permettrait également "le retour des civils déplacés" de part et d'autre de la frontière.
Une pression américaine à la dimension électorale, mais aussi économique car "le gouvernement américain n'a aucun intérêt à voir un élargissement des fonds militaires qu'il accorde à Israël", observe Didier Billion. Selon lui, "l'escalade des tensions à la frontière israélo-libanaise est un facteur supplémentaire dans l'accélération du processus de négociation". Reste désormais à Israël de voir s'il veut faire le jeu de Washington, ou pas.

