Mort de Fethullah Gülen, l'allié devenu ennemi mortel d'Erdogan
L'ancien prédicateur turc avait été déchu de sa nationalité en 2017, après le coup d'État raté de l'été 2016 que le président l'accusait d'avoir fomenté.

- Publié le 21-10-2024 à 19h47

Il était l'ennemi juré du président turc Recep Tayyip Erdogan, après avoir été longtemps son allié politique. La Turquie a confirmé lundi la mort, à 83 ans, de l'ancien prédicateur islamiste Fethullah Gülen, qui vivait en exil depuis un quart de siècle aux États-Unis, officiellement pour raisons médicales – même si son départ de Turquie en 1999 avait suivi le lancement d'une enquête judiciaire à son égard. Le site internet Herkul, qui publie les sermons de Gülen, avait indiqué sur son compte X qu'il était décédé dimanche soir à l'hôpital de Pennsylvanie où il était soigné.
"Le chef de cette sombre organisation est mort, mais la détermination de notre nation dans la lutte contre le terrorisme se poursuivra", a annoncé lundi le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan. Illustrant la vindicte persistante d'Ankara à son égard, le ministre a "invité" les partisans de l'imam "à abandonner la voie de la trahison et de l'erreur qu'ils ont empruntée et à cesser d'œuvrer contre leur État et leur nation".
Purges suite au coup d'État
Gülen avait été déchu de sa nationalité en 2017, suite au coup d'État raté de mi-juillet 2016 que le président Erdogan l'accusait d'avoir fomenté. Des soldats dissidents avaient alors réquisitionné des avions de guerre, des chars et des hélicoptères et tenté de prendre le pouvoir, dans un épisode qui avait saisi la Turquie et mené à la mort d'au moins 250 personnes. Les autorités turques avaient ensuite lancé de vastes purges dans les rangs gulénistes, qui se poursuivent à moindre échelle.
Erdogan le tenait pour responsable de plusieurs tentatives de déstabilisation du pouvoir depuis leur rupture fracassante en 2010, lorsque Gülen s'était mis à critiquer les choix du Premier ministre. Depuis plus de dix ans, le pouvoir turc le qualifiait même de "traître" et l'accusait de diriger un groupe "terroriste", qualifiant son mouvement de Fetö (acronyme d'Organisation terroriste de Fethullah Gülen). Ces accusations de terrorisme remontent à fin 2013, lorsqu'un vaste scandale de corruption avait éclaboussé des proches et des ministres du gouvernement Erdogan.
Le Premier ministre avait déjà dénoncé un "sale complot contre la volonté nationale", six mois après une contestation inédite née des manifestations autour du parc Gezi à Istanbul. L'imam était pourtant un ancien allié d'Erdogan, durant la première décennie ayant suivi l'accession au pouvoir en 2002 de l'AKP (Parti de la justice et du développement), le parti islamiste conservateur de l'actuel président.
Personnalité influente
Né en 1941 dans un village de l'est de la Turquie, Muhamet Fethullah Gülen avait reçu une éducation islamique empreinte de soufisme. Il avait fondé dès les années 1970 un mouvement interreligieux basé sur les enseignements du théologien Saïd Nursi, et où s'entremêlent nationalisme et fondamentalisme religieux. Le développement du mouvement Gülen, aussi appelé Hizmet (service, en turc), à travers un réseau tentaculaire d'écoles, ainsi que l'assise financière de celui-ci avaient fait de lui une personnalité parmi les plus influentes du monde musulman.
Le vœu émis en 2012 par le prédicateur d'être enterré à Izmir (ouest de la Turquie), "près de (sa) mère bien-aimée", sera probablement impossible à réaliser. Selon la chaîne de télévision privée NTV, qui citait des sources sécuritaires turques, l'organisation guléniste a décidé que "le lieu de sa tombe sera gardé secret" et que les funérailles se tiendront avec une assistance limitée, possiblement dans une forêt appartenant à un haut responsable du mouvement aux États-Unis.