Israël s'en prend au portefeuille du Hezbollah, mais cela sera-t-il suffisant ?
L'armée israélienne a ciblé dimanche une trentaine d'agences de la société financière Al-Qard al-Hassan, affiliée au Hezbollah.
- Publié le 22-10-2024 à 18h52

Après sa base militante et ses unités d'élite, ce sont désormais les intérêts financiers du Hezbollah qui sont visés par Israël. Lundi, l'armée israélienne a déclaré avoir tué en Syrie un haut responsable de l'organisation, chargé de gérer une importante partie de son système de revenus. Cet homme, dont le nom n'a pas été divulgué, serait le commandant de l'unité 4 400 "responsable pour les transferts de fonds du Hezbollah" obtenus notamment grâce à la vente du pétrole iranien, a indiqué le porte-parole de l'armée, Daniel Hagari.
Plus tôt dans la journée, Tsahal avait également affirmé avoir frappé la veille une trentaine d'agences de la société financière Al-Qard al-Hassan ("le prêt vertueux", en arabe). Référencée comme une organisation caritative et non gouvernementale, elle est suspectée d'être le bras économique du Hezbollah et sous le coup de sanctions américaines depuis 2007. L'entreprise serait "impliquée dans le financement des opérations terroristes du Hezbollah, notamment en finançant l'achat d'équipements de combat et en payant les salaires des membres de la branche militaire", expliquait lundi le porte-parole militaire israélien Avichay Adraee sur X.
Foyer de recrutement du Hezbollah
Fondée en 1983 – 1 an après le Hezbollah – la société de microcrédit permet aux Libanais de déposer leur argent quotidien ou d'emprunter de petites sommes, de 5 000 dollars maximum. Le tout selon les valeurs islamiques : pas d'intérêts ni de frais autres qu'administratifs. Une offre séduisante qui a des airs de planche de salut pour les Libanais profondément affectés par l'intense crise économique sévissant dans le pays depuis 2019.
En 2021, l'ancien secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah vantait les mérites de l'organisation et déclarait que "le nombre total de bénéficiaires d'Al-Qard al-Hassan a atteint environ 1,8 million de personnes, et le total des contributions et des prêts accordés aux personnes a dépassé 3 milliards de dollars". Des chiffres à nuancer, mais qui laissent transparaître la prospérité de l'entreprise dans un Liban en grandes difficultés économiques.
Interrogés par le Wall Street Journal, plusieurs officiels israéliens ont confirmé que les attaques visent à "miner la confiance entre le Hezbollah et le peuple libanais", et "les capacités financières (du parti chiite) pour l'empêcher de se reconstruire et se réarmer". De fait, ces attaques visent indirectement la communauté chiite du pays, principal bénéficiaire des microcrédits et foyer de recrutement privilégié de la milice au Liban. Et permettent également à Israël d'associer la branche économique du Hezbollah à son aile militaire, justifiant ainsi ces frappes sur des structures considérées comme civiles au Liban.
D'autres sources de revenus
Cela sera-t-il suffisant pour couper les vivres du Hezbollah ? Rien de moins sûr. D'abord, parce qu'il n'a probablement pas été pris de court par les attaques israéliennes. Mardi, le mouvement libanais a assuré que sa société financière "avait anticipé une telle agression" et remplira ses "engagements" envers ses épargnants. D'après Tel-Aviv, la milice stockerait de l'argent en espèces dans des bunkers répartis dans l'ensemble du pays. L'un d'entre eux, bombardé le 21 octobre par Tsahal, contenait "des dizaines de millions de dollars", a affirmé lundi l'armée israélienne. Malgré l'efficacité des services de renseignements israéliens, détruire l'ensemble de ces sites, dont la plupart sont souterrains, s'avère une tâche de longue haleine pour l'État hébreu.
À défaut d'avoir les fonds nécessaires pour rembourser sa clientèle, le Hezbollah pourra également compter sur le soutien financier de son principal mécène, l'Iran. La République islamique allouerait au groupe armé un budget annuel compris entre 500 et 700 millions de dollars et pourrait même avoir vu ses apports à la hausse suite à l'intensification des frappes d'Israël au Liban fin septembre. Enfin, le "parti de Dieu" peut également compter sur le reste de son économie parallèle pour se garder à flot, cette dernière s'appuyant sur un vaste réseau de blanchiment d'argent lié au trafic de biens en tous genres en Amérique du Sud et Afrique de l'Ouest.
