En Israël, "cette guerre se terminera peut-être grâce aux négociations avec le Liban, mais une autre commencera ensuite"
Le Hezbollah a répondu lundi aux offensives israéliennes par l'envoi d'une centaine de missiles sur son sol. À l'est de Tel-Aviv, l'interception de l'un de ces projectiles a touché un quartier d'affaires, à Ramat Gan, sans faire de morts.
- Publié le 19-11-2024 à 20h31

À Ramat Gan, banlieue de Tel-Aviv (centre), les vitres brisées et l'odeur de brûlé rappellent à certains habitants de vieux souvenirs. Dans la tête de Malka, 76 ans, résonne encore le bruit terrifiant d'un missile lancé par l'Irak des dizaines d'années auparavant. Hier soir, elle était chez elle avec son mari à trois kilomètres de la zone quand a retenti le choc. À cet endroit du boulevard Ben Gourion, un immeuble a vu la majeure partie de ses vitres imploser. Plusieurs heures après, on entend encore de la rue le verre tomber, bruits cristallins réguliers et un peu macabres.
La rue est en partie bouclée, et des bandes de rubalise empêchent les nombreux curieux de s'approcher trop près du lieu de l'impact. La police fait des allers-retours dans le périmètre sécurisé pour constater les dégâts. "La dernière fois, je m'étais aussi rendue sur place, pour voir… Ça aide à se rendre compte du nombre de missiles qui arrivent ici. Lundi soir, c'était un projectile du Hezbollah mais qu'est-ce que cela change, au fond ? Personne n'est mort, nous sommes protégés par Dieu", estime-t-elle.
Lundi, l'armée israélienne décomptait une centaine de tirs de projectiles du Liban vers le nord de l'État hébreu, au lendemain de frappes israéliennes à Beyrouth. Ces dernières avaient fait au moins dix morts, dont le chef du bureau des médias du Hezbollah, Mohamed Afif. Ici à Ramat Gan, l'interception de l'un des missiles de la milice chiite sur les coups de 9 heures du soir a fait cinq blessés dont une femme en état grave, selon le Magen David Adom, équivalent local de la Croix-Rouge. Survenue dans un quartier occupé en majorité par des bureaux, l'attaque n'aura pas touché de lieu d'habitation. Malka, à la vue des débris qui jonchent le sol du boulevard Ben Gourion, admet tout de même ressentir une certaine angoisse.
Sentiment partagé par Yael, une autre habitante du quartier, qui n'entrevoit pas la possibilité d'une paix durable pour son pays : "L'histoire fonctionne comme un cercle, en particulier ici en Israël… Je ne pense pas me sentir en sécurité dans le futur, parce que cette guerre se terminera peut-être grâce aux négociations avec le Liban, mais une autre commencera ensuite. Plus l'histoire avance, plus le conflit prend une dimension mondiale", regrette-t-elle. Et d'ajouter : "Je ne vois aucun scénario dans lequel Tel Aviv et le centre ne seraient pas une cible comme le reste du territoire".
Négociations en bonne voie
Pourtant, ce même lundi, un plan de cinq pages en treize points venait d'être transmis par l'administration américaine en vue d'un cessez-le-feu de 60 jours au sud du Liban, avec dans le rôle de médiateur entre Israël et le Hezbollah le chef du Parlement libanais Nabih Berri. Pour la première fois depuis l'attaque meurtrière du 7 octobre, le mouvement chiite accepte de négocier une trêve au Liban sans mettre Gaza dans la balance. Malgré ce contexte favorable à un cessez-le-feu, Kobi Michael, professeur de stratégie militaire à l'Institut de la sécurité nationale (Inss), prédit une réplique israélienne à l'attaque de Ramat Gan. "Il ne s'agissait pas d'une simple roquette, mais d'un missile balistique qui a été intercepté en pleine ville, rappelle-t-il. Je pense donc qu'une réponse sera faite sur un lieu important du Hezbollah dans la zone de Beyrouth, de Baalbek ou en Syrie". Pour ce spécialiste israélien, les chances de parvenir à un accord de cessez-le-feu ont rarement été aussi élevées depuis le début de la guerre, mais il est encore question de semaines avant sa réalisation.
Les objectifs, cependant, semblent clairs : "Si on venait à cet accord, le principal défi pour Israël serait de prévenir toute reconstitution des forces du Hezbollah depuis la frontière jusqu'au fleuve Litani (sud), et au-delà du fleuve, il faudra empêcher une reconstitution de son corps politique au Liban". En ce sens, Kobi Michael approuve la stratégie de Benny Gantz, ancien commandant de l'armée israélienne et principal opposant de Benjamin Netanyahou. Il préconisait quelques jours plus tôt devant la Knesset l'établissement d'une zone de contrôle israélienne au sud du Liban, basée sur le modèle à l'œuvre en Cisjordanie.
Dans une vidéo publiée lundi, Benny Gantz expliquait sa stratégie pour permettre la fin des violences au nord de l'État hébreu. Il enjoignait alors Israël à agir au sud du Liban "comme dans la zone A" de la Cisjordanie occupée, où l'Autorité palestinienne assure la totalité de la sécurité et de l'administration civile. Concrètement, Israël dupliquerait une stratégie déjà appliquée depuis 1967. "Il n'y aurait aucune présence physique de l'armée israélienne sur les terres libanaises, mais d'un point de vue d'intelligence de renseignements, un contrôle serait exercé par Israël pour éviter un retour des structures terroristes", détaille encore Kobi Michael. Avant de conclure : "Ainsi, au moindre échec du Liban, de l'armée libanaise ou de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) pour contrer le Hezbollah, Israël entrera sur le territoire pour faire ce qui est nécessaire".
