La Syrie renoue ses liens diplomatiques, à Damas comme à Riyad
Damas tente de rompre l'isolement diplomatique induit par la guerre. Le chef de la diplomatie s'est rendu en premier lieu en Arabie saoudite, géant régional sunnite.

- Publié le 02-01-2025 à 20h40
- Mis à jour le 03-01-2025 à 10h54

Les nouvelles autorités syriennes ont fort à faire depuis la prise de contrôle du pays le 8 décembre. Jeter les bases d'un nouvel État après la chute de celui de Bachar al Assad suppose, outre la mise en place d'une administration et d'institutions adéquates, la quête d'appui politiques à l'étranger. Rompre l'isolement diplomatique induit par la guerre civile est une des priorités de Damas. Depuis plus de quinze jours, des dirigeants arabes et occidentaux se succèdent dans la capitale syrienne dans l'espoir d'y renouer des relations interrompues depuis plus d'une décennie. L'on y a vu les chefs de la diplomatie ou d'autres ministres ou responsables jordanien, irakien, qatarien, bahreïnien, libanais, turc, libyen, mais aussi ukrainien, allemand, britannique, belge, de même qu'onusien. Ce 3 janvier, les ministres des Affaires étrangères français et allemand y rencontrent les nouvelles autorités, au nom de l'Union européenne.
Dans l'autre sens, le gouvernement de transition a choisi de mener sa toute première visite officielle à étranger en Arabie saoudite, répondant à l'invitation du chef de la diplomatie Faïçal ben Farhan al Saoud. Le nouveau chef de la diplomatie syrienne, Assaad al Chaibani a rencontré son homologue saoudien ce 2 janvier à Riyad. Il y emmenait une délégation composée du ministre de la Défense, Mourhaf Abou Qasra, et le chef du renseignement Anas al Khattab. Une preuve de l'intérêt porté par la nouvelle direction syrienne au "royaume frère" saoudien, a déclaré M. Chibani.
"Rôle majeur" pour Riyad
"Cette première visite dans l'histoire de la Syrie libre nous permet d'ouvrir une nouvelle page dans les relations syro-saoudiennes, à la hauteur de la longue histoire commune entre nos deux pays", a ajouté le chef de la diplomatie syrienne. Et pour cause, Riyad dispose de moyens financiers et d'une expertise industrielle qui devraient s'avérer cruciaux dans la reconstruction de la Syrie, ravagée par plus de treize années de guerre. Le nouveau pouvoir à Damas a aussi tout intérêt à s'attirer les faveurs du géant régional sunnite (comme la majorité de la population syrienne), en passe d'accroître son influence suite à l'affaiblissement régional de l'Iran (allié du régime Assad déchu) consécutivement aux bouleversements charriés par le 7-Octobre.
Le nouveau dirigeant Ahmad al Charaa, qui est né et a passé sa petite enfance à Riyad, l'a déjà laissé entendre. "L'Arabie saoudite a un rôle majeur à jouer dans l'avenir de la Syrie et je suis fier de tout ce qu'elle a fait pour nous", a-t-il déclaré lors d'un long entretien télévisé accordé le week-end dernier au principal média… saoudien, Al Arabiya. Il y a également salué les récentes déclarations "très positives" et les efforts de Riyad pour stabiliser la Syrie.
"Pas d'inquiétude" pour les Arabes
Une semaine plus tôt, à la une du quotidien saoudien Asharq al Awsat, il avait déclaré qu'aucun pays arabe n'aurait à s'inquiéter du nouveau pouvoir en Syrie. "La révolution syrienne s'est terminée avec la chute du régime (Assad), et nous ne permettrons pas qu'elle soit exportée ailleurs", avait indiqué Ahmad al Charaa, alias Abou Mohammed al Joulani, qui a promis de dissoudre son groupe djihadiste (d'obédience salafiste), Hayat Tahrir al Cham (HTC). Ainsi, avait-il précisé, la Syrie "ne sera pas une plateforme pour attaquer ou soulever les inquiétudes d'un quelconque pays arabe ou du Golfe, quel qu'il soit". En cela, le nouvel homme fort de la Syrie se présente comme le garant des intérêts arabes et des pétromonarchies.
Riyad, qui fournit régulièrement depuis 2011 une assistance humanitaire aux Syriens victimes de la guerre, a établi ce 1er janvier un pont aérien avec Damas. Deux premiers avions-cargos ont acheminé des tonnes d'aide, sous forme de vivres, d'abris et de fournitures médicales. D'après l'agence d'assistance saoudienne KS Relief, ce dispositif sera suivi dans les jours qui viennent d'un pont terrestre visant à fournir une aide d'urgence et subvenir aux besoins de ceux qui font encore face à des conditions difficiles. L'Arabie saoudite a envoyé de l'aide destinée aux quelque treize millions de Syriens réfugiés à l'étranger ou déplacés internes ainsi qu'aux victimes du séisme de février 2023 dans le nord de la Syrie. D'après le Croissant rouge syrien, l'aide sera distribuée à tous les Syriens sans discrimination.