À Gaza, la suite de la trêve toujours en suspens : "Nous ne pouvons pas nous permettre de faire échouer la médiation"
Les pourparlers pour la seconde phase du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, censée débuter ce dimanche, n'ont toujours pas commencé.
- Publié le 27-02-2025 à 20h20
- Mis à jour le 27-02-2025 à 20h21

Le Hamas a restitué dans la nuit de mercredi à jeudi les corps de quatre otages israéliens morts en captivité en échange de la libération de 643 prisonniers palestiniens. Initialement prévue samedi dernier, la libération des détenus palestiniens avait finalement été annulée par l'État hébreu, ce dernier exigeant la fin des "cérémonies humiliantes" organisées par le mouvement palestinien quasiment à chaque remise d'otages. Ces mises en scène, où des otages sont exposés sur des podiums devant des foules de Gazaouis, ont été à plusieurs reprises condamnées, notamment par les Nations unies et la Croix-Rouge.
Avant cet échange, sur les 251 otages enlevés le 7-Octobre, 62 étaient toujours retenus à Gaza, dont 35 morts, selon l'armée israélienne. Il s'agit du dernier transfert théoriquement prévu dans le cadre de la première phase de la trêve, entrée en vigueur le 19 janvier et expirant samedi.
Atermoiement israélien
Malgré l'approche de cette date butoir, l'incertitude pèse toujours quant à la poursuite de l'accord de paix au sein de l'enclave palestinienne. De fait, les négociations pour la seconde séquence de l'accord – censée débuter le 2 mars et prévoyant une trêve permanente, le retrait complet des Israéliens de Gaza et la libération des otages restants – n'ont toujours pas débuté sous l'égide des pays médiateurs (Qatar, Égypte, États-Unis). Mercredi, Tsahal indiquait même avoir frappé des postes de lancement de projectiles à Gaza, après avoir identifié plus tôt un tir, retombé dans le territoire palestinien.
Après avoir restitué les corps des quatre otages dans la nuit, le Hamas a estimé jeudi que l'État hébreu n'avait "pas d'autre choix" que de reprendre les pourparlers. Peu après, le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé avoir demandé à ses négociateurs de se rendre au Caire "afin de poursuivre les discussions". Ces dernières porteront toutefois sur le prolongement du "cadre [de la première phase de l'accord] en échange de la libération d'autres otages", a précisé le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar lors d'une conférence de presse tenue à Jérusalem.
Pressé par l'aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale, M. Netanyahou rechigne à entamer dès à présent des négociations pour une paix durable avec le Hamas, à l'heure où le mouvement palestinien fait régulièrement étalage de sa force militaire dans l'enclave.
"Enchaînement de cycles de violence"
Un atermoiement dangereux pour les Gazaouis, alors que le ramadan débute ce week-end et que la situation humanitaire dans l'enclave "est la pire que l'on puisse imaginer", note le Dr. Majed Al Ansari, conseiller du Premier ministre qatari et porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d'un entretien accordé à La Libre à Doha mercredi. "L'aide est insuffisante et ne représente qu'environ 30 % de ce qui avait été convenu [dans le cadre de l'accord]. Un problème majeur concerne les logements temporaires car des personnes meurent littéralement de froid, dont notamment des enfants la semaine dernière. Les logements temporaires ne sont pourtant pas autorisés à entrer, et seules les tentes sont acheminées, ce qui n'est pas suffisant dans les conditions actuelles".
Difficile pourtant pour le pays médiateur d'exercer une réelle pression sur l'État hébreu car "en cas de décision politique d'une partie de ne pas s'engager [à respecter les termes de l'accord], nous ne pouvons rien faire". Et ce d'autant plus qu'aucune solution viable pour "le jour d'après" n'a pour l'instant été proposée par les parties prenantes du conflit. Une question devenue encore plus délicate à la suite des récentes déclarations du président américain Donald Trump. Fervent défenseur d'Israël, l'occupant de la Maison-Blanche a provoqué un nouveau tollé mercredi en relayant sur ses réseaux sociaux une vidéo générée par une intelligence artificielle et représentant son rêve de voir l'enclave palestinienne transformée en une Riviera du Moyen-Orient dépeuplée de ses habitants.
Malgré ces difficultés, "nous ne pouvons pas nous permettre de faire échouer la médiation. La région ne peut plus supporter de déséquilibre sur ces enjeux clés et nous continuerons à faire notre travail tant qu'il y aura un travail à faire. Mais à moins d'avoir une solution durable [quant au conflit israélo-palestinien], ce ne sera qu'un enchaînement de cycles de violence", note le Dr. Majed Al Ansari. En parallèle, l'Égypte accueillera le 4 mars prochain un sommet extraordinaire de la Ligue arabe durant lequel elle soumettra à ses pairs sa récente proposition d'un plan de reconstruction de l'enclave. Révélée la semaine dernière par le quotidien émirati The National et s'étalant sur cinq ans, l'ébauche égyptienne prévoit notamment une future gouvernance de la bande de Gaza excluant totalement le Hamas.

