Israël continue son opération militaire en Cisjordanie : "La violence physique, mais aussi symbolique, envers cette population est omniprésente"
Près de 40 000 Palestiniens ont été poussés sur les routes de l'exil par l'armée israélienne dans le nord du territoire palestinien occupé.
- Publié le 24-03-2025 à 19h16

La reprise des hostilités à Gaza n'a pas fait cesser les opérations israéliennes dans le restant des Territoires palestiniens occupés (TPO). Survenue après le cessez-le-feu conclu dans l'enclave en janvier, l'opération militaire "Mur de fer" a d'ores et déjà entraîné la mort de 930 Palestiniens en Cisjordanie occupée, dont 187 enfants, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Commencée dans le nord du territoire, l'opération israélienne a vidé de leurs habitants les camps de Jénine, Tulkarem et Nur Shams, poussant plus de 40 000 réfugiés palestiniens sur les routes de l'exil. "Il s'agit du plus grand déplacement forcé de population en Cisjordanie depuis 1967 [date d'occupation du territoire par les Israéliens, NdlR] et de la plus longue et vaste incursion militaire depuis la seconde Intifada", souligne Justine Lefeuve, responsable de plaidoyer au sein de Médecins sans frontières (MSF).
En parallèle, le gouvernement israélien a approuvé dimanche la séparation administrative de treize quartiers dans des colonies existantes en Cisjordanie occupée. Destinée à favoriser leur croissance comme entités indépendantes, cette mesure est un nouveau pas vers une annexion totale du territoire palestinien par Israël.
Situation médicale "alarmante"
Comptant plus de 160 travailleurs en Cisjordanie occupée, l'organisation humanitaire pointe du doigt les conditions de vie précaires des milliers de déplacés. Sommés de quitter leur foyer "du jour au lendemain et sans avis d'évacuation" par l'armée israélienne, dans une ambiance "chaotique" et "sans savoir où aller", les réfugiés "manquent de tout", explique Justine Lefeuve. "Les plus chanceux ont pu être hébergés par leur famille ou des amis, mais la plupart logent dans des conditions très difficiles, par exemple dans des abris communautaires, des mosquées ou des écoles."
Privés d'un toit et de services de première nécessité, les exilés peinent également à accéder à des soins de santé adéquats. Contraints de quitter eux aussi les camps, les employés de MSF ont dû adapter leurs activités et déployer des cliniques mobiles afin de continuer à offrir des soins médicaux primaires. Mais la situation sur place est "alarmante, particulièrement pour les personnes à risques, comme les enfants, les personnes âgées, et celles souffrant de maladies chroniques et ayant perdu l'accès à leur traitement".
Une crise de santé mentale
Si les équipes médicales prennent en charge certaines maladies chroniques et distribuent des kits d'hygiène, elles constatent en parallèle une entrave croissante à l'accès aux soins, renforcée par des restrictions systématiques imposées par les autorités israéliennes aux soignants et aux patients. "L'accès aux services de santé est paralysé. Il a toujours été difficile pour les habitants de recevoir des soins, mais on constate une aggravation de la situation depuis le début de l'offensive à Gaza et, a fortiori, depuis l'accord de cessez-le-feu avec le Hamas", déclare l'humanitaire.
Le traumatisme de ces déplacements forcés a des répercussions dramatiques sur la santé mentale des Palestiniens. Beaucoup souffrent de stress, d'anxiété et de dépression face aux incursions militaires israéliennes et à l'incertitude de leur avenir. "Se retrouver hors de chez soi sans aucun effet personnel en quelques minutes, c'est traumatisant, explique Justine Lefeuve. Dans nos cliniques psychologiques, nos équipes sont directement en contact avec des gens dont la santé mentale est loin d'être optimale. La violence physique, mais aussi symbolique, envers cette population est omniprésente et ce, avant même la dernière séquence du conflit à Gaza".
Intensification de la colonisation
Malgré l'insécurité de leur quotidien, il est impossible pour les déplacés de rentrer chez eux car l'armée israélienne, toujours postée dans les camps, empêche toute possibilité de retour. "Ces déplacements forcés de population ne sont pas près de s'arrêter", déclare Justine Lefeuve, qui pointe également le degré de destruction "très important" des infrastructures palestiniennes. "Ces expulsions continueront, que ce soit sous l'impulsion de Tsahal dans le Nord, ou dans le reste du territoire via la violence des colons israéliens, encouragés par l'armée".

