Dans les rues de la bande de Gaza, une frondre rare contre le Hamas coïncide avec le lancement d'un signal politique
Des milliers de manifestants ont exprimé cette semaine des slogans hostiles au mouvement islamiste dans le territoire palestinien. Une fronde rare.

- Publié le 28-03-2025 à 19h30

"Dehors, le Hamas, dehors", "Le Hamas ne nous représente pas", "Hamas terroriste". Les slogans vus et entendus ces derniers jours dans les rues de plusieurs villes en ruine de la bande de Gaza sont autant de témoignages d'une rare et très explicite contestation anti-Hamas. Quelques milliers de personnes ont manifesté, mercredi dans le centre-ville de Gaza et mardi à Beit Lahiya et Jabaliya dans le Nord dévasté du territoire palestinien, laissant éclater leur colère au grand jour contre la poursuite de la guerre et contre le mouvement islamiste au pouvoir depuis près de deux décennies.
"Assez de destructions, assez de massacres, nous voulons vivre", affirmait un calicot brandi par un homme juché sur un monceau de gravats, au pied de bâtiments éventrés. "Le peuple veut la chute du Hamas", ont même chanté des manifestants. Autant de signes de l'exaspération de la population gazaouie après la reprise des hostilités il y a une dizaine de jours et, surtout, de l'audace d'exprimer ces critiques compte tenu de la poigne de fer exercée par les autorités du Hamas. Certains témoignages ont d'ailleurs signalé la présence de membres des forces de sécurité du groupe islamiste en civil et leurs tentatives de disperser les manifestants.
Un ras-le-bol bien alimenté
L'aile politique de l'organisation islamiste est aux commandes du gouvernement de la bande de Gaza depuis 2007, exerçant un pouvoir sans partage et réprimant toute contestation. Toutefois, son affaiblissement militaire après quasiment un an et demi de guerre avec Israël s'accompagne désormais de coups portés à son aile politique à la faveur d'une chasse systématique donnée par Tsahal à ses responsables locaux, afin d'empêcher le mouvement de constituer une force politique capable de jouer un rôle dans l'administration du territoire après-guerre. Un habitant de Beit Lahiya semblait s'interroger, sous le sceau de l'anonymat, sur les objectifs réels de l'organisation palestinienne : "Si le départ du pouvoir du Hamas à Gaza est la solution, alors pourquoi le Hamas ne quitte-t-il pas le pouvoir pour protéger le peuple ?"
Le bilan humain considérable, l'étendue des destructions ainsi que la détérioration durable des conditions de vie dans le territoire ravagé par la guerre sont autant de facteurs ayant alimenté le ras-le-bol exprimé ouvertement par ces Gazaouis. Le blocus total de l'aide humanitaire organisé par Israël depuis près de quatre semaines, durant le jeûne du ramadan (qui se termine ce week-end), afin de faire pression sur le mouvement islamiste, n'a fait qu'entretenir ce ressentiment anti-Hamas.
Signal politique
L'origine de ces manifestations coïncide aussi avec le lancement d'un signal politique. Ces contestations populaires suivent de près les critiques sévères, elles aussi rares, formulées le week-end dernier par l'Autorité palestinienne dans la bande de Gaza. Le représentant local du Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, avait exhorté le Hamas à "faire preuve de compassion pour Gaza, ses enfants, ses femmes et ses hommes" et à quitter le pouvoir pour que ceux-ci puissent vivre. Tout en prévenant que, dans le cas contraire, il serait question de "la fin de l'existence des Palestiniens" à Gaza.
Ces critiques ont fusé après qu'Israël a repris ses opérations militaires, le 18 mars après deux mois de trêve, avec une vigueur forcenée justifiée par l'attitude inflexible du mouvement islamiste. Celui-ci a souligné mercredi que la vie des otages (24 seraient vivants sur les 58 encore détenus) pouvait pâtir des bombardements de l'État hébreu ou d'une tentative de libération par la force. "Plus le Hamas persistera dans son refus de libérer nos otages, plus la pression que nous exercerons sera puissante", a déclaré mercredi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. "L'armée va mener bientôt des opérations avec une force maximale sur de nouvelles zones de Gaza", a étayé son ministre de la Défense, Israël Katz. Dans ce message vidéo adressé aux habitants du territoire palestinien, il soulignait aussi : "Le Hamas met vos vies en danger, vous faisant perdre vos maisons et de plus en plus de territoire".
