À Gaza, Israël approuve l'expansion de son opération militaire et vise la "conquête" du territoire
L'État hébreu entend intensifier ses actions militaires dans l'enclave gazaouie et accentuer la pression sur le Hamas palestinien.
- Publié le 05-05-2025 à 15h32
- Mis à jour le 06-05-2025 à 08h38

Après dix-neuf mois de guerre intense, les actes se sont finalement joints aux mots. Dans la nuit de dimanche à lundi, le cabinet de sécurité israélien a officiellement approuvé l'expansion de son offensive militaire dans la bande de Gaza. Le plan comprendra notamment "la conquête de la bande de Gaza et le contrôle de territoires" et la promotion du "départ volontaire des Gazaouis" de l'enclave palestinienne ainsi que "des frappes puissantes contre le Hamas" palestinien, a indiqué lundi une source officielle israélienne citée par la chaîne d'information Kan.
Ce vote survient alors que l'armée a annoncé la mobilisation de dizaines de milliers de réservistes pour renforcer ses capacités opérationnelles. L'intensification des combats sera progressive, assure néanmoins le responsable, afin de laisser une fenêtre pour une possible trêve et un accord sur la libération d'otages, en amont de la visite du président américain Donald Trump au Moyen-Orient prévue à la mi-mai.
Les ambitions territoriales d'Israël
L'annonce n'a rien de surprenant. De fait, elle s'inscrit ainsi dans une stratégie israélienne de pression graduelle sur le Hamas, visant ouvertement à le contraindre à accepter un accord de trêve nettement favorable à Israël. Début mars, c'est d'abord l'aide humanitaire qui a été coupée. Puis vint le tour de l'électricité, qui alimentait notamment l'une des rares usines de dessalement de l'eau de l'enclave. Le 18 mars, l'armée a finalement repris son offensive, rompant la trêve par une série de frappes meurtrières, et entrait dans l'enclave pour étendre considérablement le périmètre de sa zone tampon.
En parallèle, l'armée israélienne trace et consolide des corridors au sein de Gaza depuis plus d'un an, dans ce que des analystes perçoivent comme une volonté de remodeler durablement le territoire palestinien. Au-delà de la stratégie militaire, qui affaiblirait la logistique du Hamas, cette configuration rendrait impossible tout retour à une continuité territoriale et suggère, a minima, un contrôle israélien permanent sur les axes logistiques centraux.
Ce plan marque toutefois l'officialisation des ambitions territoriales du gouvernement israélien sur Gaza, amplifiées par l'influence croissante de factions d'extrême droite au sein de l'appareil décisionnaire. Et un nouveau coup dur pour le droit à l'autodétermination du peuple palestinien : le Premier ministre Benjamin Netanyahou a aussi affirmé pendant la réunion qu'il "continuait à promouvoir le plan Trump visant à permettre le départ volontaire des habitants de Gaza".
Début février, l'occupant de la Maison-Blanche avait lancé l'idée de transformer l'enclave palestinienne en "Riviera du Moyen-Orient", impliquant le déplacement des Palestiniens vers l'Égypte et la Jordanie – qui ont rejeté cette option. Malgré le tollé international, Israël a continué d'y faire référence ces derniers mois, notamment via la création, en mars 2025, d'une administration dédiée à l'émigration "volontaire" des Gazaouis vers des pays tiers.
L'aide humanitaire en berne
En parallèle, le cabinet de sécurité a également approuvé "la possibilité" d'une distribution de l'aide humanitaire "si nécessaire" au sein de l'enclave, précise la source officielle à Kan. Les membres du cabinet ont toutefois estimé qu'"il y avait actuellement suffisamment de nourriture à Gaza".
Sous blocus humanitaire total depuis plus de deux mois, l'enclave palestinienne est pourtant le théâtre d'une pénurie alarmante de biens de première nécessité. Le Programme alimentaire mondial (PAM), un des principaux fournisseurs de nourriture dans la bande de Gaza, a notamment annoncé y avoir "épuisé tous ses stocks" le 25 avril.
Face aux critiques internationales, des discussions seraient en cours entre responsables américains et israéliens pour créer un mécanisme d'aide humanitaire qui contournerait le Hamas et le Djihad islamique, qu'Israël accuse de détourner l'approvisionnement. Selon un porte-parole du département d'État américain, cité par CNN, une fondation privée – dont l'identité n'a pas été révélée – serait chargée de la distribution, avec l'appui des Nations Unies et d'organisations internationales.
Dans un communiqué conjoint, publié dimanche, le secrétaire général de l'Onu et le coordinateur des secours d'urgence ont d'ores et déjà indiqué qu'ils ne "participeraient à aucun programme qui n'adhérerait pas aux principes humanitaires mondiaux d'humanité, d'impartialité, d'indépendance et de neutralité".

