"Israël est un pays qui vit dans une mentalité d'assiégé, qui ne reconnaît même plus ses amis. C'est totalement aberrant"
Une visite de diplomates étrangers à Jénine, en Cisjordanie, a été interrompue par des tirs provenant des forces armées israéliennes, provoquant un tollé diplomatique.

- Publié le 21-05-2025 à 20h49
- Mis à jour le 26-05-2025 à 07h19

Une visite diplomatique organisée par l'Autorité palestinienne au nord de la Cisjordanie occupée a été interrompue suite à des tirs de l'armée israélienne. Les diplomates étrangers se situaient à l'entrée du camp de réfugiés de Jénine. La visite "avait pourtant été coordonnée avec l'armée israélienne", déclare le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot. L'incident a suscité de vives réactions parmi les États concernés.
"Je ne sais pas si Israël se soucie beaucoup de son image, ces temps-ci. La réaction est unanime de la part des pays concernés, qui convoquent les ambassadeurs israéliens", explique Raoul Delcorde, ambassadeur (hon) de Belgique et professeur de relations internationales à l'UCLouvain. Bien qu'il précise que la réaction belge est un peu plus nuancée. "Chez nous, on demande des explications mais on ne convoque pas. […] Convoquer, c'est en général pour faire des remontrances, ce qu'on appelle des représentations en langage diplomatique. Demander des explications, c'est un peu moins solennel. De toute manière, je ne crois pas que ceci va faire trembler M. Netanyahou."
Israël doit-il s'attendre à des répercussions ?
Malgré le bruit de cette affaire, Israël ne devrait pas craindre de répercussions particulières selon Raoul Delcorde. Il rappelle également le réexamen de l'accord d'association, entamé il y a quelques jours, qui pourrait mener à des sanctions "pour autant qu'il y ait ensuite un accord". "Ça va prendre du temps, puisque les Européens ne sont pas tous sur la même ligne. Mais concernant l'affaire d'aujourd'hui, on va convoquer ou demander des explications. Et puis ce sera fini."
"En tout cas, je ne vois pas en quoi cet événement, qui est déplorable, va déclencher des réactions de la part des Occidentaux. À part le fait qu'on va dire que c'est une fois de plus un débordement, un acte inamical… Mais ça va rester rhétorique", ajoute-t-il.
Depuis 1995, la ville de Jénine est pourtant sous le contrôle de l'Autorité palestinienne. Pour Raoul Delcorde, cela montre "que la sécurité palestinienne est en réalité contrôlée par Israël". "C'est une fois de plus la démonstration qu'on n'a pas deux États. On a un seul État et un autre qui est un territoire contrôlé par le premier."
L'heure des explications
Toutefois, il est important de considérer l'ensemble des éléments du dossier (dont nous ne disposons pas actuellement, NdlR), rappelle l'ambassadeur honoraire. "Tsahal devra donner des explications. Et je suis sûr que l'ambassadeur d'Israël aura une explication plus ou moins valable, mais il en aura une. […] Ce qui est indiscutable, c'est que, quelle que soit la gravité de la situation, l'armée n'aurait jamais dû faire usage de ces armes. Ils auraient dû tout au plus encercler peut-être les diplomates, les faire partir, mais pas tirer dessus. Ça, c'est inadmissible", précise-t-il.
"C'est un pays qui vit dans une mentalité d'assiégé, qui ne reconnaît même plus ses amis. Parce que tous ces diplomates sont des pays amis d'Israël. C'est aberrant. C'est totalement aberrant", conclut-il.