À Gaza, une photo insoutenable et un naufrage de l'humanité
Les condamnations se multiplient alors que la population palestinienne est plongée dans des souffrances inouïes.

- Publié le 22-07-2025 à 23h28
- Mis à jour le 23-07-2025 à 15h21

Dans la bande de Gaza, les jours se succèdent et la liste des victimes des bombardements incessants et du blocus humanitaire implacable imposé par l'armée israélienne n'en finit pas de s'allonger, telle une litanie macabre.
Alors que Tsahal a étendu lundi ses opérations terrestres dans la ville de Deir el-Balah, dans le centre de l'enclave palestinienne, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies a accusé les forces israéliennes d'avoir tué, depuis la fin du mois de mai, plus de 1000 personnes qui tentaient d'obtenir de la nourriture, en majorité lors des chaotiques distributions organisées par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF). L'Onu et les principales organisations d'aide ont refusé de travailler avec la GHF, mise sur pied par l'État hébreu avec le soutien de prestataires américains, affirmant qu'elle servait les objectifs militaires israéliens et violait les principes humanitaires de base.
"Au 21 juillet, nous avons recensé 1 054 personnes tuées à Gaza alors qu'elles tentaient d'obtenir de la nourriture ; 766 d'entre elles ont été tuées à proximité des sites de la GHF et 288 à proximité des convois d'aide de l'Onu et d'autres organisations humanitaires", a détaillé le Haut-Commissariat aux droits de l'homme. Des données, a-t-il insisté, qui reposent sur des informations provenant "de multiples sources fiables sur le terrain, notamment des équipes médicales et des organisations humanitaires et de défense des droits humains".
Lundi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait de son côté annoncé que son principal entrepôt à Deir el-Balah avait été attaqué et que des soldats israéliens étaient entrés dans la résidence de son personnel dans ce secteur. "Le personnel masculin et des membres de leur famille ont été menottés, déshabillés, interrogés sur place et contrôlés sous la menace d'une arme", a dénoncé le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu ce mardi, le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Antonio Guterres, a pour sa part pointé un "niveau de mort et de destruction sans équivalent dans l'histoire récente".
Des enfants qui meurent de faim
Outre les balles et les obus, c'est également la faim qui tue les Gazaouis à petit feu. Selon le directeur de l'hôpital Al Chifa à Gaza-Ville, Mohammed Abou Salmiya, les décès de 21 enfants "morts de malnutrition ou de faim" auraient ainsi été enregistrés en 72 heures dans différents établissements y compris le sien, l'hôpital des Martyrs d'AlAqsa à Deir el-Balah et l'hôpital Nasser à Khan Younès.
Des déclarations que rend plus concrètes une photo insoutenable, diffusée par l'Agence FrancePresse, sur laquelle on peut voir le corps squelettique du jeune Abdul Jawal al Ghalban, 14 ans, au moment d'être glissé dans un linceul mortuaire.
Personne n'est épargné, a souligné le directeur de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, rapportant que ses salariés dans la bande de Gaza, ainsi que les médecins et les travailleurs humanitaires, s'évanouissaient dans l'exercice de leurs fonctions à cause de la faim.
Des déclarations corroborées par l'ONG Handicap International, mais aussi la direction de l'Agence France-Presse qui a indiqué mardi que ses derniers collaborateurs encore sur place se trouvaient dans "une situation effroyable".
Condamnations européennes
De son côté, au terme d'un entretien avec le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a affirmé mardi avoir clairement indiqué à son interlocuteur "que les forces de défense israéliennes devaient cesser de tuer des personnes aux points de distribution".
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a surenchéri un peu plus tard en déclarant que les images en provenance de Gaza sont "insupportables" et que les civils ne doivent jamais être ciblés. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, y est également allé de son couplet, qualifiant la situation dans l'enclave d'"intolérable".
Des condamnations bienvenues mais qui masquent mal l'impuissance des Européens à infléchir la politique mortifère du gouvernement Netanyahou, alors que les Vingt-sept ne s'accordent pas sur la possibilité de suspendre, même partiellement, l'accord d'association entre l'UE et Israël en raison des violations des droits de l'homme commises à Gaza.
Une situation "moralement inacceptable"
Après l'appel du pape Léon XIV lancé à la communauté internationale ce dimanche à respecter "le droit humanitaire et l'obligation de protéger les civils, ainsi que l'interdiction des châtiments collectifs, de l'usage indiscriminé de la force et des déplacements forcés de population", les mots les plus forts entendu ce mardi sont venus de la bouche de Pierbattista Pizzaballa. De retour d'une visite dans l'enclave palestinienne en compagnie de son homologue grec orthodoxe, Théophilos III, le patriarche latin de Jérusalem a déclaré que ce qui s'y passait est "moralement inacceptable et injustifiable". "Nous avons vu des hommes attendre pendant des heures sous le soleil dans l'espoir d'un simple repas", a rapporté Mgr Pizzaballa, la plus haute autorité catholique en Terre sainte, après avoir également rendu visite à l'église de la Sainte-Famille, touchée par des tirs israéliens la semaine dernière.
Tandis que la France a de nouveau appelé à un cessez-le-feu immédiat et à un accès libre de la presse à Gaza pour montrer au monde ce qui s'y passe, la ministre des Sciences et de la Technologie israélienne, Gila Gamliel, membre du parti Likoud de Benjamin Netanyahou, a publié sur son compte X une vidéo, générée par l'intelligence artificielle, d'un Gaza d'après-guerre incarnant la vision d'une "riviera" du Moyen-Orient telle que fantasmée par le président américain Donald Trump et montrant les décombres transformés en immeubles modernes où il fera bon vivre… pour les Israéliens. Et d'y ajouter un commentaire qui laisse peu de doute sur les intentions réelles de son gouvernement : "L'émigration volontaire des Gazaouis – seulement avec Trump et Netanyahou. C'est nous ou eux !"