En Iran, l'heure d'une nouvelle révolution a sonné mais le guide suprême Khamenei menace "les mercenaires de l'étranger"
Des millions d'Iraniens ont pris possession de l'espace public aux quatre coins du pays depuis jeudi soir. Les autorités, fragilisées, les traitent de "mercenaires" à la solde d'ennemis étrangers, qu'elles accusent de vouloir instiller la violence et le chaos.

- Publié le 09-01-2026 à 20h36

Un vent de révolution souffle à nouveau sur l'Iran. Des millions de personnes ont envahi les rues de leurs cités dans la nuit de jeudi à vendredi, après douze jours de manifestations qui dénoncent les conditions de vie dégradées et contestent le régime. Des appels à la mobilisation émanant de groupes d'opposition et du prince Reza Pahlavi, le fils du Chah déposé par la révolution islamique de 1979, ont incité ceux qui s'opposent à la République islamique à sortir dans la rue dès jeudi soir et à se mobiliser en plus grand nombre encore ce vendredi 9 janvier, dès 20 heures.
Face aux crues subites de manifestants dans l'ensemble du pays, les autorités ont débranché l'Iran du réseau Internet, comme elles le font à chaque éruption de contestation pour tenter d'enrayer le mouvement et d'empêcher la diffusion des images et témoignages vers l'étranger. Les sites iraniens, y compris ceux des journaux et des agences de presse officielles ou non, étaient tous aux abonnés absents ce vendredi. Cette déconnexion du réseau informatique mondial sonnait aux oreilles de nombre d'observateurs comme un signal d'alarme préfigurant une très probable répression sanglante des manifestations se déroulant à l'abri des regards du monde…
"L'unité" face aux "mercenaires"
La répression semblait déjà en cours d'intensification. Selon l'ONG Iran Human Rights (basée en Norvège), le bilan établi vendredi comptait 51 personnes tuées depuis le début de ces rassemblements, le 28 décembre, soit 19 de plus que deux jours auparavant.
Vendredi, dans un message à la nation retransmis par la télévision nationale, le guide suprême Ali Khamenei a d'ailleurs prévenu qu'une répression sévère serait menée contre ceux qui tentent de déstabiliser l'Iran, qualifiés de "mercenaires (à la solde) de l'étranger". Fustigeant les ennemis de l'Iran, les États-Unis et Israël en tête, la plus haute autorité de l'État a évoqué un "complot" ourdi depuis l'étranger, selon une rhétorique habituelle en pareilles circonstances. Il a dès lors appelé à "l'unité" de la nation face aux "actions terroristes" des manifestants, dont il avait pourtant souligné le week-end dernier la justesse des revendications économiques.
Pour tenter de discréditer le "Grand Satan" aux yeux de population de son pays, l'ayatollah Khamenei a également rappelé que le président américain Donald Trump avait du sang iranien sur les mains. Une référence aux bombardements américains de la fin de la guerre de douze jours entre Israël et l'Iran en juin 2025, ainsi qu'à l'assassinat du général Qassem Soleimani, chef de la force Qods des Gardiens de la révolution, tué dans une frappe de drone américain le 3 janvier 2020 à Bagdad et dont des portraits et des statues ont été brûlés ces dernières heures. Des propos qui résonnent comme une tentative sans doute désespérée de faire vibrer la fibre patriotique afin de ramener à la raison des millions de manifestants.
Signes d'inquiétude pour le régime
Malgré une nouvelle mise en garde lancée par le procureur de Téhéran selon laquelle toute dégradation de propriété publique et tout affrontement avec les forces de l'ordre seraient punis de la peine de mort, des incendies et des destructions ont été constatés en nombre. Les forces de l'ordre ont parfois eu du mal à contenir les flots de manifestants. Des témoins ont indiqué que, dans la ville de Buchehr, dans le sud du pays, les policiers ont paru dépassés, battant même en retraite devant l'importance de la foule.
Signe parmi d'autres que le mouvement pourrait échapper au contrôle des autorités iraniennes, le New York Times tenait d'un haut responsable gouvernemental, ayant requis l'anonymat, que de nombreux responsables de la République islamique paraissant désemparés face à la vague de protestation s'échangeaient des appels et des textos en privé. Autre signe d'inquiétude potentielle pour le régime, l'apparition surprise du guide suprême devant des milliers de fidèles dans la ville sainte de Qom (au sud-ouest de Téhéran), cité réputée pour ses séminaires islamiques et pourtant touchée par la contestation. Selon le site IranWire, l'absence de dignitaires religieux locaux aux côtés de l'ayatollah Khamenei dans ce qui ressemble à une démonstration de pouvoir, pourrait témoigner de l'urgence avec laquelle cette visite a été organisée, sinon du manque de coopération des autorités religieuses.