"Donald Trump avait le choix entre plusieurs options qui ne lui étaient jamais très favorables. S'il n'intervenait pas en Iran, il perdait la face"
Les frappes conjointes menées par Israël et les États-Unis ont fini d'anéantir les maigres espoirs d'aboutir à un accord sur le programme nucléaire iranien.

- Publié le 28-02-2026 à 16h08
- Mis à jour le 28-02-2026 à 23h51

Note préliminaire : cette interview a été réalisée avant l'annonce de la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.
Ce samedi 28 février 2026, Washington et Tel Aviv ont mené une série de frappes contre l'Iran. Les deux États souhaitent atteindre des "dizaines d'objectifs militaires" ainsi que le guide suprême Ali Khamenei. De son côté, l'Iran a riposté avec plusieurs frappes en Israël et sur différentes bases américaines dans la région.
Pour l'instant, l'attaque américano-israélienne aurait fait plus de 200 morts et 747 blessés, selon le Croissant-Rouge iranien.
Analyse avec Firouzeh Nahavandi, spécialiste des pays musulmans non arabes et professeure honoraire à l'Université libre de Bruxelles. Interview.
Pourquoi les États-Unis ont-ils coupé court à la voie diplomatique ?
Personnellement, j'étais sûre que les négociations qui avaient lieu entre la République islamique et les États-Unis n'auraient pas abouti parce que pour les deux protagonistes, l'enjeu était de gagner du temps pour se préparer à l'affrontement. Donc cette escalade a eu lieu lorsque, en tout cas du côté des Américains et des Israéliens, la coordination a été effective.
Pensez-vous que ce timing peut également être dû à une tentative de diversion de la part de Donald Trump par rapport à l'affaire Epstein ?
Probablement que l'affaire Epstein complique ou a compliqué le choix de Donald Trump et que ça peut être une sorte de diversion pour lui. Mais il avait le choix entre plusieurs options qui ne lui étaient finalement jamais très favorables. S'il n'intervenait pas, il perdait la face après le déploiement de toutes ses forces. Et s'il intervient, évidemment il peut mécontenter un certain nombre de ses électeurs.
Il était dans une situation où, finalement en pesant le pour et le contre, selon moi, l'intervention était peut-être la voie la moins coûteuse politiquement pour lui. Mais cela peut être une diversion, bien sûr. Ça lui permet aussi de déplacer l'attention des Américains de ce dossier qui est explosif.
Cette attaque clôture donc tout espoir d'un accord avec l'Iran ?
Effectivement, je ne pense pas qu'il puisse y avoir un accord qui puisse aboutir à quoi que ce soit. La position des Iraniens et la position des Américains sont vraiment très fermes et à l'opposé. Mais je ne pensais pas non plus qu'avant cette escalade il y avait un accord possible. C'était une manière de gagner du temps. Et maintenant qu'il y a une guerre qui s'annonce, c'est encore moins le cas. Mais je ne sais pas si le régime iranien peut proposer une sortie pour se sauver. Je n'en suis pas persuadée non plus.
Quelles seront les réactions des autres pays de la région qui sont opposés à Israël ?
Pour le moment, les pays du Golfe sont tous attaqués. Ils ont reçu tous les missiles donc ils sont inquiets, évidemment. Les accords d'Abraham sont également toujours en cours. Et même s'ils n'étaient pas pour une intervention israélo-américaine, actuellement, ils reçoivent les missiles iraniens. Ils sont donc évidemment inquiets pour ce qui peut se passer, de la même manière qu'Israël est également l'objet d'attaques et est en position d'alerte totale. Donc même ceux qui sont opposés ouvertement ou pas à Israël sont maintenant impliqués dans cette histoire.
Peut-on imaginer un scénario identique au Venezuela ?
Ce n'est en tout cas pas ce que les Iraniens veulent. Ce serait vraiment aller à l'encontre de leur volonté. Un changement de régime "à la vénézuélienne" a peut-être été envisagé à un moment donné par les Américains, mais cela ne tiendrait pas, selon moi.
Mais pensez-vous que cela peut être un objectif dans la stratégie des États-Unis ?
Je crois que c'est ce qu'a envisagé Donald Trump à un moment donné ou en tout cas certains stratèges américains. Dans ce cas, il s'agirait de couper la tête de la pieuvre, d'éliminer Khamenei et mettre quelqu'un de plus conciliant. Mais cela aurait nécessité qu'il y ait une dissension au sein du régime, ce qui n'a quand même pas eu lieu. Alors que dans le cas du Venezuela, des accords avaient été conclus bien avant de capturer Maduro, c'était quelque chose qui avait été préparé.
Cette escalade pourrait-elle avoir des conséquences en Europe ?
Ce n'est pas impossible. Des ripostes iraniennes peuvent intervenir à travers des actions des proxys ou des attentats. On peut envisager cette hypothèse... La manière d'agir et les options possibles pour la République islamique sont très diverses — sauf si elle est anéantie, mais il y aura toujours des fossiles restant. Il y a les missiles, les attaques territoriales, le terrorisme soutenu… Donc effectivement, ça peut toucher l'Europe et aussi les Juifs en territoire européen. D'ailleurs le pouvoir israélien a demandé aux Juifs d'Europe d'être très prudents.
