Nestlé traite-t-il bien ses travailleurs ?

De "graves atteintes portées par le groupe Nestlé aux droits de travail de ses employés, en particulier en Indonésie et au Pakistan" ont été citées. Le groupe, bien sûr, se défend, mais l'Onu s'en mêle.

De notre correspondante en Suisse Carole Riegel

L'Union internationale des travailleurs de l'alimentation (UITA) a dénoncé, vendredi dernier à Genève, à l'occasion de son 26e congrès, les "graves atteintes portées par le groupe Nestlé aux droits de travail de ses employés, en particulier en Indonésie et au Pakistan".

Dans ce dernier pays, où Nestlé possède une usine de transformation de lait, l'UITA, qui compte 389 organisations affiliées dans 120 pays et 2,6 millions de membres, tente de modifier la nature des contrats temporaires imposés aux employés. "Au Pakistan, nos syndicats ont aidé des travailleurs, qui ont parfois dix ans d'ancienneté, à porter plainte afin d'obtenir des contrats de travail permanents. Mais Nestlé les a fait licencier par ses sous-traitants", précise Jacqueline Baroncini, secrétaire politique et syndicale de l'UITA à Genève.

Philippe Aeschlimann, porte-parole du groupe, répond au contraire que des "discussions en vue de modifier la nature de ces contrats ont été engagées début 2012, et que les actions légales intentées contre les leaders syndicaux ont été suspendues afin de créer un environnement favorable aux négociations".

En Indonésie, Hemasai Dharmabumi, responsable syndicale du bureau UITA, énumère les malversations auxquelles se prêterait la compagnie : "Pression sur les subordonnés, durcissement des cadences, réduction des salaires pour cause de grève, déclassement à des postes subalternes, et des employés qui travaillent en ce moment sous la menace de canons à eau", déplore-t-elle. "Le salaire minimum chez Nestlé à Panjang, Sumatra, est de 90 euros par mois. Nous avons lutté quatre ans pour le relever. En octobre 2011, face à la grève, la compagnie a accepté une hausse insignifiante, puis a licencié sans préavis 53 travailleurs le jour de la signature de la convention collective. C'est pour les réintégrer que nous nous battons."

Nestlé garantit que les 53 collaborateurs licenciés avaient participé à une grève illégale et "regrette la réactivation de la campagne suite à l'échec des pourparlers sur leur réengagement. D'autres pistes sont explorées", déclare Philippe Aeschlimann, qui assure également que le groupe agit en conformité avec le droit indonésien et en bonne entente avec les syndicats à travers l'archipel.

Or, c'est bien le non-respect des droits du travail dans les pays où le groupe est implanté et, plus encore, leur contournement ou leur interprétation abusive, qui sont reprochés à la compagnie. "En Europe, il existe des réglementations que Nestlé ne peut pas contourner", affirme Jacqueline Baroncini. "Mais partout où les lois et les syndicats sont faibles, Nestlé arrive à les violer. Ils réinterprètent même en leur faveur les conventions de travail de l'Organisation internationale du travail en prétendant que les salaires n'en font pas partie et que la société peut les arbitrer seule et sans syndicat."

Avec le slogan "Stop à la Nespression", l'UITA tente par ailleurs de corréler les exigences affichées par le groupe Nestlé "d'excellence continue" avec la pression accrue exercée sur les employés et la hausse continue des maladies et des lésions professionnelles, dans des pays où le droit du travail est aisé à contourner et où les appareils judiciaires sont suspectés de corruption. "Localement, nous préférons parler directement avec la compagnie, d'abord parce que c'est un conflit de travail qui doit se régler en interne, et ensuite parce que nous savons dans quelle mesure les multinationales ont les moyens de faire pression sur la justice locale", soupire Mme Baroncini.

Des propos étayés par Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l'Onu pour le droit à l'alimentation, qui souligne la capacité des multinationales à "jouer les travailleurs et les pays les uns contre les autres, avec un revers : la mondialisation est à la fois une source de pouvoir et impose aussi une responsabilité plus grande. Où qu'elles opèrent, ces multinationales sont désormais surveillées. C'est à ce titre que Nestlé doit rendre compte devant une juridiction du canton suisse de Zug de l'assassinat d'un syndicaliste colombien employé d'une de ses filiales".

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