"Pas facile de ne plus s'appeler Lecul"

Si on ne choisit pas sa famille, on ne choisit évidemment pas non plus son nom de famille. Certains se révèlent, par la force des choses, plus difficiles à porter que d'autres.

S. Ta.
"Pas facile de ne plus s'appeler Lecul"
©Photonews

Si on ne choisit pas sa famille, on ne choisit évidemment pas non plus son nom de famille. Certains se révèlent, par la force des choses, plus difficiles à porter que d'autres. Nous en conviendrons tous, il n'est pas facile de s'appeler Lecul (4 en Belgique), Conard (538), Salpêteur (66), Labit (11), Concon (1), Penis (7), Boudin (206), Cocu (338), Cretin (9), Batard (6), Clochard (1), Saligot (65). On retiendra encore les Anus (70), Zizi (29), Prout (1), Petitqueux (11), Branlard (1) ou les Legland (2).

Pour tous ceux qui décideraient que leur nom de famille est ingérable pour évoluer sereinement au sein de notre société, le SPF Justice met à disposition un guide très bien fait, expliquant les étapes mais surtout les conditions requises pour envisager un changement de nom, rapportent nos confrères de La Dernière Heure.

Il est évident que la chose restant l'exception, un certain nombre de conditions ont été mises en place.

Le changement de nom et/ou de prénom(s) volontaire n'est pas un droit mais une simple faveur accordée respectivement par arrêté royal ou ministériel.

Il appartient au Roi d'apprécier le fondement d'une demande de changement de nom et au ministre de la Justice de donner suite à une demande de changement de prénoms.

Le changement de nom ne peut qu'exceptionnellement être accordé, en la présence de motifs sérieux et si le nom sollicité ne prête pas à confusion et ne nuit pas au demandeur ou à d'autres personnes.

La procédure en changement de nom ne peut être menée avec succès que si aucune autre procédure ne permet d'obtenir le résultat escompté (exemples : action en rectification judiciaire des actes de l'état civil, actions en matière de filiation…).

Le changement de prénoms connaît des conditions plus souples. Si la requête doit également être motivée, la loi permet de se satisfaire de motifs quelconques. Il demeure que les prénoms sollicités ne peuvent pas non plus prêter à confusion ni nuire au demandeur ou à d'autres personnes.

Sachez encore que, pour changer de nom, il est nécessaire de payer. Pour le changement de nom, le paiement d'un droit d'enregistrement de 49,00 € est requis. "Ce droit est porté à 740,00 € si l'on désire ajouter un nom au sien ou remplacer une lettre majuscule par une minuscule. Le Roi peut, par arrêté motivé, réduire ce droit, sans que le droit ainsi réduit puisse être inférieur à un total de 490,00 € pour l'ensemble des bénéficiaires", explique-t-on au SPF Justice. À bon entendeur !

"C'est dur d'être un Conard"

On le comprend aisément : Conard n'est pas le nom de famille le plus aisé à porter. Nous avons appelé une vingtaine de personnes portant ce patronyme peu envieux. Force est de constater que, même sous la couverture de l'anonymat, les témoignages sont difficiles à récolter. Lorsque nous leur posons la question, la plupart répliquent sur la défensive. "Cela ne m'intéresse pas, merci, au revoir !" Une réponse qui transpire bien souvent la crainte d'être victime d'une mauvaise blague comme ils en ont trop souvent été victimes dans leur vie. Quand la méfiance ne se transforme pas en agressivité ponctuée d'un cornet violemment raccroché au nez.

Pour certains, cependant, cela n'a pas été le calvaire. "Avec la maturité, on s'y fait. Cela n'empêche pas de faire carrière. Pour preuve, ma fille est juriste dans une entreprise et notre nom ne lui a jamais posé de problème. Il faut se dire que c'est surtout les enfants qui sont victimes des railleries. Après, bien sûr, on reçoit encore quelques coups de téléphone de potaches qui croient avoir inventé la blague du siècle avec ces fameuses blagues téléphoniques. Mais je n'ai jamais songé à changer de nom pour autant."

Pour d'autres, en revanche, le changement de nom a fait plus que leur traverser l'esprit. "Évidemment que ce n'est pas facile de s'appeler Conard. Cela se comprend aisément, non ? Mais cela fait aussi partie de l'héritage familial. Changer de nom, c'est donc aussi tourner le dos à ses ancêtres. Il n'est pas dit que, de tout temps, Conard avait la même signification. Ce qui est le plus énervant, c'est de constater que, malgré les années qui passent, on est toujours victimes des mêmes blagues. À la longue, c'est assez lassant. Au final, on se demande c'est qui le connard, non ?"

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