La crise des 25 ans pourrait remplacer celle de la quarantaine: "On retrouve une particularité assez inquiétante pour les nouvelles générations"
On connaissait déjà la crise de la quarantaine, celle de la cinquantaine, voire même de la soixantaine. Ces passages à l'âge mûr s'accompagnent souvent de remises en question profondes. Mais depuis quelques années, une nouvelle étape semble émerger : la crise des 25 ans.

- Publié le 09-04-2025 à 11h16

"Qu'est-ce que j'ai fait de ma vie ?","Est-ce que je me connais vraiment ?" ou encore "Qu'est-ce que je veux absolument vivre avant qu'il ne soit trop tard ?" sont les questions qu'on peut se poser lorsqu'on commence à sentir que les années passent.
Elles interviennent dans le quotidien généralement vers 40 ans. Mais parfois, la première crise existentielle apparaît déjà dès 25 ans. "Cela semble assez logique", nous affirme la psychiatre Caroline Depuydt.
Sur son compte TikTok et Instagram, Caroline Depuydt a publié une vidéo expliquant que la crise des 25 ans pourrait remplacer celle de la quarantaine. "On a 25 ans, on termine les études et on commence un travail, on s'installe en tant qu'autonome et indépendant". Pour au mieux comprendre sa réflexion, Caroline Depuydt explique que la crise de la quarantaine survient souvent à un moment de la vie où l'on a déjà beaucoup accompli. "C'est un temps d'arrêt pour faire le point sur ce qu'on a pu accomplir et pour se demander si cela correspond vraiment à ce que l'on voulait", ajoute-t-elle.
Depuis quelques années, la crise de 25 ans vient bousculer les codes. "La crise apparaît de plus en plus tôt, avec une remise en questions majeure. On entre dans l'âge adulte, on fait ses premières expériences de vie solo, en couple, on se sépare de ses parents, ou l'on débute dans le monde du travail", observe Caroline Depuydt. Le début de la vingtaine marque une phase d'autonomisation où l'on traverse beaucoup de remises en questions.
Une confrontation entre l'imagination et la réalité
La crise des jeunes adultes repose sur deux grands axes de remise en question. D'une part, il y a le choc entre les idéaux qu'on avait en grandissant et la réalité de la vie adulte : vivre seul, entrer dans la vie professionnelle, affronter les responsabilités suivies de difficultés qui peuvent survenir. D'autre part, l'incertitude face à l'avenir alimente l'angoisse. "Le changement et la crise climatique, les préoccupations socio-économiques, les tensions politiques ou encore l'instabilité géopolitique provoquent des inquiétudes rendant difficile la projection dans l'avenir", remarque Caroline Depuydt. Ce sentiment d'instabilité amène donc à une crise existentielle et pousse certaines à douter du sens de leurs choix de vie.
Mis à part un manque de perspectives d'avenir, un évènement n'est pas à négliger : la crise du Covid-19. En effet, la Gen Z a vécu la fin de son adolescence et son entrée dans la vie adulte en pleine crise du Covid, à un moment clé d'un début d'autonomisation et de premières expériences. Les deux confinements ont arrêté sec ce processus de changement, freinant le développement personnel et social de cette génération. "Si certains ont pu repartir une fois la crise passée, d'autres, plus fragiles, ont dû mal de 'reprendre le train en marche'", souligne la psychiatre. La crise du Covid a aussi poussé tout le monde vers une grande remise en question. "Plus de voyages, plus de cours, cette perte soudaine de liberté accompagnée d'une incertitude a renforcé auprès des 25 ans un sentiment d'insécurité et de doutes sur leur manière de vivre au sein de la société", exprime-t-elle. Du côté personnel, beaucoup ont remis en question leurs comportements et leur manière de vivre qui ont poussé certains à se poser et se concentrer à leur bien-être.
La crise de 25 ans, pas un phénomène nouveau
Repenser au bien-être et donner de l'importance aux choses simples du quotidien est un phénomène présent auprès de la Gen Z. Pour Caroline Depuydt, la crise de 25 ans apparaissait déjà du côté des millenials, mais elle sera plus renforcée par la Gen Z qui a "cette particularité de perspectives d'avenir assez inquiétante pour eux". Le fait de se remettre en question est normalisé par la Gen Z. "Cette génération a beaucoup plus de facilité à communiquer sur ses émotions, à se montrer vulnérable à mettre des limites que d'autres générations précédentes qui sont plus coincées dans des autoroutes de vie. Ce qui explique la crise existentielle dès la quarantaine", constate la psychiatre. Se poser ces questions dès 25 ans est une ressource positive, selon Caroline Depuydt. "Mieux vaut traverser une crise à 25 ans et en sortir avec une meilleure compréhension de soi, que de suivre une voie toute tracée sans réfléchir, pour ensuite regarder en arrière avec des regrets", recommande-t-elle.
Comment surmonter cette crise ?
La crise des 25 ans n'est pas une pathologie en soi, mais un moment de remise en question à normaliser. D'après Caroline Depuydt, l'essentiel est de la reconnaître, de l'accepter et ensuite d'en parler, que ce soit à ses proches ou à des professionnels, au lieu de l'ignorer ou de la traverser seul. "C'est une opportunité pour se reconnecter à ses valeurs profondes, qui peuvent servir pour s'orienter et aider à faire des choix de vie", explique la psychiatre. Prendre du temps pour soi est important pour voir si on est toujours en accord avec ses valeurs, comprendre qu'on fait du "mieux qu'on peut" et accepter de prendre un temps d'arrêt. Pour traverser cette crise, Caroline Depudyt conseille de ne pas se presser. Reconnaître cette crise implique également d'accepter des émotions désagréables telles que la peur ou le doute. "Elles ont leur place dans nos vies aussi, on est dans une société qui a une pression et une injonction à la performance, à être heureux, à trouver sa voie que parfois elle n'autorise pas d'avoir ces émotions dites négatives alors qu'elles font partie de l'épanouissement personnel", justifie Caroline Depuydt.
À 25 ans, on aimerait faire les "bons choix", pour la psychiatre, il n'y a pas forcément de bons ou de mauvais choix mais seulement des expériences qui permettent de mieux se connaître. Elle appelle à tolérer à l'incertitude qui permet de rester à l'écoute de soi, de faire des pauses, de se réévaluer ou de changer son orientation.
Les crises existentielles existeront toujours, il est même fréquent qu'elles puissent être multiples au cours d'une vie. Entre ceux qui auront une crise à 25 et 40 ans, d'autres qui n'auront que l'une des deux, voire ceux qui connaîtront des crises existentielles plutôt dans le troisième âge, les cas sont très variés. Le plus intéressant, conclut la psychiatre Caroline Depuydt, est d'observer les motifs des crises qui ne sont pas toujours similaires.