La tendance "no kids friendly" va-t-elle trop loin ? "Les enfants seraient plus acceptés s'ils se comportaient comme les enfants d'avant"
À Bruxelles et à l'international, certains établissements, comme des restaurants ou des hôtels, sont de plus en plus souvent réservés uniquement aux adultes. Cette notion de "no kids friendly" fait débat, notamment sur son impact pour les familles. On fait le point avec plusieurs spécialistes.

- Publié le 01-11-2025 à 10h02
- Mis à jour le 01-11-2025 à 10h06

"Adults only", "no kids friendly"… ces mentions se multiplient désormais sur des pancartes à l'entrée des établissements horeca. Depuis quelques mois, comme au brunch l'Annexe à Tour & Taxis, ou au restaurant Helios Jourdan Greek, les tables "sans enfants" se popularisent. Mais pourquoi les lieux sans enfants attirent-ils de la clientèle ?
D'après le sociologue Nicolas Marquis, cet intérêt envers ces lieux est sans doute motivé par la société individualiste dans laquelle nous vivons. "Elle valorise l'individu et ses choix personnels, sans aucune connotation d'égoïsme. Il y a cette idée qu'une vie réussie, ça peut être n'importe quoi, du moment que c'est la vie que vous avez choisie, en quelque sorte". Si la tendance reste encore minoritaire, "aujourd'hui, on accepterait plus facilement des endroits avec des enfants, si ces enfants se comportaient en quelque sorte comme les enfants d'avant, c'est-à-dire qu'ils se taisent. Mais cela n'est plus du tout à la mode ou dans les conceptions de la bonne éducation".
En effet, le fait d'avoir des enfants est un choix personnel où les petits ne devraient désormais pas être imposés à tout le monde. "Ces dernières années, les espaces sociaux des adultes et des enfants ont eu franchement tendance à s'indifférencier, c'est-à-dire qu'on a de plus en plus amené les enfants vers des espaces d'adultes".
Un impact sur l'enfant ?
Pour le psychopédagogue Bruno Humbeeck, cette tendance ne risque pas de nuire au développement de l'enfant, et permettrait de lui signaler que certains endroits ne sont pas nécessairement adaptés pour lui. "Ils ne pourront pas courir, ils ne pourront pas aller partout où ils ont envie d'aller", détaille-t-il. Si des endroits n'accueillent pas forcément les enfants, de nombreux établissements, eux, sont "kids friendly". Les petits bouts peuvent donc profiter, là, d'un espace adapté et pensé pour leur confort.
La séparation partielle de l'espace public n'est pour autant pas une mauvaise idée, selon le psychopédagogue. "Cette régulation devient de plus en plus nécessaire dans tous les espaces. Je pense même que les parcs publics gagneraient à proposer des endroits où les enfants ne peuvent pas crier. Des endroits où vous allez pouvoir lire un bouquin à l'intérieur d'un parc. Je pense que réguler des espaces, on le fait dans les cours de récréation, mais on doit pouvoir le faire partout ailleurs pour que chacun se trouve à sa place", développe Humbeeck.
Un moyen de souffler pour les parents
Les parents, quant à eux, reçoivent alors l'opportunité, grâce à ces lieux, de profiter d'un moment pour souffler. "Il faut qu'un parent aussi ait des endroits dans lesquels il ne se rend pas en tant que parent, mais dans un endroit où effectivement, il aura l'occasion de souffler, de ne pas entendre des cris et des bruits d'enfants autour de lui", conclut le psychopédagogue.