En quoi consiste la sexomnie, un trouble de sommeil à caractère sexuel ? "Il y a des limites"
Accusé d'agressions sexuelles, le DJ Odymel est sorti du silence, affirmant n'avoir aucun souvenir des faits évoqués et avançant avoir vécu une crise de somnambulisme à caractère sexuel. Un spécialiste du sommeil nous explique en quoi ce phénomène consiste.

- Publié le 28-02-2026 à 21h14
Le milieu de la musique techno connaît lui aussi un mouvement #MeToo. Ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, plusieurs DJ sont accusés d'agressions sexuelles. Les conséquences n'ont pas tardé. Certains artistes ont été déprogrammés de concerts, d'open air ou de festivals, tels que Dour.
Odymel, artiste suisse installé à Bruxelles, figure parmi les DJ accusés. Il a réagi sur son compte Instagram, en évoquant avoir été entendu à deux reprises dans le cadre d'une enquête préliminaire en cours. "Une personne avec qui j'entretenais des relations consenties de manière ponctuelle m'a rapporté des faits qui se seraient, selon ses explications, produits pendant mon sommeil, durant un épisode de somnambulisme dont je n'ai absolument aucun souvenir", indique-t-il.
Odymel, de son vrai nom Antoine Lauffer, explique donc son comportement par un "épisode de somnambulisme à caractère sexuel", appelé sexomnie.
La sexomnie touche davantage les hommes
Ce trouble du sommeil à caractère sexuel est-il fréquent ? Le professeur Daniel Neu, somnologue expert, exerçant au Centre de Sommeil Delta CHIREC et enseignant à la faculté de médecine de l'ULB, explique qu'environ 6 % des personnes seraient touchées de parasomnies du sommeil, dont près de la moitié (2 à 3 %) aura des comportements à connotations sexuelles pendant une crise de parasomnie. "Ces crises sont plus fréquentes chez les hommes, notamment les jeunes adultes entre 18 et 35 ans", précise-t-il à La Libre.
La sexomnie est donc une manifestation comportementale particulière des parasomnies, des troubles du sommeil caractérisés par des comportements anormaux, involontaires ou indésirables pendant le sommeil lent. La plus connue reste le somnambulisme, mais les parasomnies couvrent également d'autres formes d'expressions comportementales comme les terreurs nocturnes.
"Les parasomnies sont largement considérées comme des manifestations 'normales' chez les enfants entre 6 et 12 ans, comme le somnambulisme. Elles peuvent encore se manifester pendant le sommeil profond chez les jeunes adultes, mais la probabilité diminue au fur et à mesure que vous vieillissez, parce que votre sommeil profond change", explique le spécialiste.
Le sommeil est important
Selon Pr. Daniel Neu, le facteur principal de survenue de parasomnies chez les personnes neurologiquement à risque est la privation de sommeil. "La plupart du temps, les jeunes adultes qui ont des problèmes de parasomnie vont avoir une crise qui se déclenche pendant une nuit de récupération, celle où l'on se couche tôt afin de récupérer le manque de sommeil", détaille le professeur. "Les personnes souffrant de ce trouble ont les yeux ouverts, un regard hagard, une mimique peu, voire pas expressive", ajoute-t-il.
Mais une crise de parasomnie avec des comportements à connotation sexuelle existe-t-elle ? "Oui", affirme Daniel Neu. "Chez les personnes qui ont, par exemple, une activité sexuelle très régulière et fréquente, ou du moins récemment plus fréquente et intense. Parce que tout ce que l'on va faire de manière répétée est plus susceptible d'apparaître et de se manifester lors d'une crise de parasomnie", explique le somnologue. "De manière théorique, la sexomnie en tant qu'unique et seule manifestation comportementale de parasomnie me semble cependant exceptionnelle", ajoute-t-il.
Dans le cas de parasomnie à caractère sexuel, la privation de sommeil reste le facteur de risque principal, plutôt que le stress ou l'alcool. "Une amélioration de l'hygiène de sommeil peut aider à lutter contre de tels comportements indésirables. Si une personne a une grande privation de sommeil et qu'elle sait qu'elle est parasomniaque, elle doit faire une sieste", conseille-t-il. Dans certaines situations, des patients peuvent avoir recours à la prise de médicaments spécifiques de manière passagère ou épisodique.
Une limite persiste
Les personnes souffrant des parasomnies rencontrent tout de même une limite. "Vous pouvez faire des choses par réflexe et automatisme comme des gestes que vous posez fréquemment, mais vous ne pouvez pas faire n'importe quoi", affirme le médecin.
"Le niveau d'élaboration et de complexité comportementale durant une crise de parasomnie a donc des limites", insiste-t-il. Daniel Neu explique qu'en principe, la personne en crise de parasomnie à caractère sexuel "devrait avoir des gestes réduits en termes de complexité, plutôt que des mouvements élaborés et soutenus". Le médecin précise que la personne peut être réveillée. "Évitez les gestes brusques parce que cela pourrait engendrer une crise d'angoisse, mais il est possible d'interagir ou de la bouger si elle a un comportement à connotation sexuelle", conclut le somnologue.
