Douchy, le village d'Alain Delon, envahi par les curieux

C'est un village comme tant d'autres en France, avec son église et ses champs de colza… À ceci près qu'à Douchy-Montcorbon, dans le Loiret, la forêt abrite un des derniers géants du cinéma français : Alain Delon, voisin "inexistant" pour les uns, vieil ami pour les autres.

AFP
(FILES) This photograph taken on January 16, 2024, shows a view of the main entrance to the residence of French actor Alain Delon, named La Brulerie, in Douchy, central France. It's a village like so many others in France, with its church and rapeseed fields... Except that in Douchy-Montcorbon (Loiret), the forest is home to one of the last giants of French cinema: Alain Delon, a "non-existent" neighbor to some, an old friend to others. (Photo by GUILLAUME SOUVANT / AFP)
C’est un village comme tant d’autres en France, avec son église et ses champs de colza… À ceci près qu’à Douchy-Montcorbon, dans le Loiret, la forêt abrite un des derniers géants du cinéma français : Alain Delon, voisin "inexistant" pour les uns, vieil ami pour les autres. ©AFP or licensors

N'imaginez pas un village sans âme au cœur du Gâtinais. Ici, les commerces foisonnent. "Deux épiceries, deux boulangeries, une pharmacie, un laboratoire d'analyses, une maison médicale avec plein de médecins, un dentiste, une boucherie, un restaurant, un bar, une coiffeuse…", égrène, avec fierté, le maire Abel Martin, 78 ans.

Aux 1 371 habitants se mêlent toute l'année admiratrices, curieux ou médias… qui espèrent croiser la star. "Avant, c'étaient les Italiennes qui venaient voir Delon. Mais depuis cet été, c'est sans fin ! Il faut répéter 100 fois la même chose, ils viennent se coller aux vitres de mon établissement", se plaint un des commerçants, sous couvert d'anonymat.

"J'ai reçu 16 journalistes déjà !", s'amuse M. Martin, qui assure avec malice "n'être au courant de rien". Il en veut pour preuve la perquisition menée dans la propriété de la star de 88 ans fin février et la saisie de 72 armes à feu et de 3 000 munitions, qu'il jure avoir "apprise le lendemain dans le journal".

Dans ce village où tout le monde se connaît, "on ne savait pas ce qui se passait chez lui. Il y a très peu de gens qui pouvaient y entrer et de tout temps", raconte le maire.

Pour Jocelyne, une coquette femme de 80 ans, le "Guépard" a toujours été "un voisin inexistant ; aucun rapport, aucun intérêt, aucun partage".

"Il s'éteindra à Douchy" : Anthony Delon parle du combat familial pour son père

"Je lui ai dit bonjour deux ou trois fois chez des commerçants, il s'est retourné, a levé un œil et ne m'a pas répondu…", se souvient avec amertume cette retraitée. "Lorsqu'il y avait sa compagne Mireille (Darc), c'était complètement différent. […] Elle, elle conversait, saluait les gens", insiste encore Jocelyne. Depuis son AVC en 2019, personne ne le croise, désormais. Seule une de ses salariées de longue date peut encore témoigner. "Quand Hiromi était là, au moins, elle le maintenait en vie", confie-t-elle sous couvert d'anonymat. Mais en juillet, les enfants de la star ont expulsé du domicile celle qui se présente comme l'ex-compagne. "Depuis, il est seul et se laisse aller."

Si autrefois "les enfants venaient et se sauvaient au bout de deux jours tellement il était insupportable", admet un de ses proches, Claude Gruenenberger, ancien gérant de l'Auberge du Terroir où il avait ses habitudes, aujourd'hui, Alain-Fabien Delon vit avec son père et Anthony et Anouchka sont "assez souvent présents", selon le maire.

Pour "Alain [qui] aimait bien venir casser la croûte le soir, tranquille" à l'Auberge du Terroir, située à "800 mètres" de sa propriété, Claude Gruenenberger a créé un menu à son honneur : le "filet de sole Alain Delon", plat fétiche de la star, vendu 15 euros et sur lequel "tout le monde se jetait". Et "quand quelqu'un demandait un autographe. Il me disait : 'Je ne suis pas là pour ça, ne me fais pas chier'!"

Quel fut son pire souvenir avec "Alain" ? "Quand il s'est embourbé avec sa Mercedes dans le terrain de l'auberge et je lui ai dit : 'Attends donne-moi tes clés, je vais me démerder'. […] Quand je lui ai rendu les clés, je lui ai dit : 'Tu m'excuseras, y a peut-être un peu de terre sous le tapis'et Alain a grogné."

Aujourd'hui, les deux hommes ne se voient plus. L'un est cloîtré dans son antre où des arbres chutent et brisent les murets qui le séparent des deux départementales qui bordent la demeure. L'autre erre dans les ruelles de Douchy. "La personne me manque, pas ce qu'il représente, l'acteur tout ça… mais l'être", raconte Claude, ému.

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