Les nouveaux goûts du voyage

Avec près de 700 millions de personnes parties en vacances cette année, et un poids économique considérable, puisqu'il est au premier rang des échanges mondiaux, le tourisme laisse difficilement indifférent. Que ce soit les pays, les touristes eux-mêmes, les professionnels ou encore les organisations internationales.

Amandiane Mazier
Les nouveaux goûts du voyage
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Avec près de 700 millions de personnes parties en vacances cette année, et un poids économique considérable, puisqu'il est au premier rang des échanges mondiaux, le tourisme laisse difficilement indifférent. Que ce soit les pays, les touristes eux-mêmes, les professionnels ou encore les organisations internationales.

Depuis une vingtaine d'années, quelques tour-opérateurs ont émergé sur le marché avec des offres bien différentes de celles que proposent les agences classiques. Ces entreprises sont à taille humaine - Roots Travel, spécialisé dans le logement chez l'habitant, a fait voyager 3.500 personnes en 2002 - même si d'autres jouent à une autre échelle. Le groupe Voyageurs du Monde, notamment composé de Terres d'Aventure, fait voyager 100.000 personnes par an. Contre le tourisme de masse, avec l'étiquette vulgaire des Bronzés qui ne sortent pas de leur club, on a vu apparaître un écotourisme. Ecotourisme, baigné de belles idées sur la nature, la diversité, les cultures et traditions. En somme, un tourisme à l'opposé des blockhaus en vase clos érigés sur les côtes cubaines, pour préférer une immersion dans le pays en dormant dans un palais déchu de La Havane. Pour vivre une expérience à soi qui ne ressemblera pas à celle d'un autre. Entre aventure et expédition. "Voyager, et non pas passer des vacances", explique Othello De Rozzi, l'un des fondateurs de Travel Roots.

L'écotourisme, concept à la mode mais difficilement contournable, a ainsi été mis en avant par l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) en 2002, déclarée année de l'écotourisme. D'autres initiatives naissent pour faire profiter les pays en voie de développement des recettes du tourisme. C'est l'idée du 1 pc tourisme énoncée par l'Egyptien Mustafa El-Gendy. Son association, Tourism For Development (TFD), propose aux tour-opérateurs de verser 1 pc du prix de la nuitée à des projets de développement locaux et urgents.

Le groupe Voyageurs du Monde adhère au projet depuis 2001 et reverse une partie de ses bénéfices chaque année. L'entreprise essaie également de mettre en place des critères sociaux et environnementaux en demandant à ses partenaires hôteliers de verser des salaires décents. Une initiative honorable dont les résultats peuvent toutefois être difficilement contrôlés.

Il en est de même pour le code éthique du tourisme, élaboré en 1999 par l'OMT. Son but? Elaborer une politique planétaire en matière de tourisme durable. Le tout est édicté en dix commandements. Bannissement du tourisme sexuel, sauvegarde de l'environnement et des ressources naturelles, survie du patrimoine culturel de l'humanité, participation des populations locales ou bien encore liberté des déplacements touristiques. Tous ces principes devraient être contrôlés par un comité mondial d'éthique du tourisme.

À L'ÉCHELLE HUMAINE

Seul hic au programme, il est encore en phase de création et le code en lui-même n'a pas de force obligatoire. Othello De Rozzi explique ainsi que "c'est très difficile de savoir ce que font les hôteliers, il faudrait vivre au quotidien avec eux. Nous n'en avons pas les moyens dans une entreprise qui ne compte que six salariés". Et si certaines entreprises misent clairement sur ces notions d'éthique pour faire leur publicité, d'autres ont l'honnêteté d'avouer que les contrôles sont difficiles. "Notre but n'est pas de nous faire connaître pour des engagements sociaux ou environnementaux, poursuit Othello De Rozzi. C'est sûr qu'on ne va jamais proposer un hôtel de plus de cinquante chambres, et d'autant plus s'il y a possibilité de logement chez l'habitant. C'est sûr, aussi, qu'on va préférer travailler avec un loueur de voiture local plutôt qu'un groupe international. De là à avancer que la démarche est éthique, c'est impossible et démagogique. Nous avons juste l'ambition d'être une alternative au tourisme de masse."

Chez Vitamin Travel, à Bruxelles, Bea Suys, responsable de l'agence, affirme essayer de "privilégier des hôtels qui ont un positionnement écologique. Tant mieux s'ils ne changent les serviettes que quand elles sont par terre ou si les savons ne sont pas jetés tous les jours. Mais c'est très difficile de contrôler".

Certaines initiatives locales ont cependant les mérites d'exister, et quelques tour-opérateurs, comme 66° Nord à Reykjavik, n'hésitent pas à s'installer sur place. "Le Cap Vert, explique Othello De Rozzi, interdit désormais les formule all-inclusive. Le pays s'est rendu compte que le tourisme augmentait mais pas ses recettes."

Même chose lorsque des monastères ouvrent leurs portes aux voyageurs mais refusent d'être moins nombreux que leurs touristes pas toujours spirituels. Ou quand le tour-opérateur Asia s'associe à la population locale pour construire des lodges en Thaïlande ou des tentes en terre aborigène en Australie. Eco ou éthique, ce tourisme a au moins la grandeur d'être à échelle humaine.

Ces petites structures connaissent leurs itinéraires et contacts par coeur, et sortent des sentiers battus.

N'empêche, le touriste "de base" est-il forcément un destructeur? "L'idéologie prend souvent le pas sur le scientifique, répond le sociologue Jean-Michel Decroly. On a souvent l'idée que le touriste détruit les lieux qu'il fréquente. Aucune étude ne valide pourtant cela. Certes, le cas le plus célèbre est celui des grottes de Lascaux, mais il est bien particulier puisque l'espace a été confiné pendant des siècles puis ouvert brutalement au public. Sur d'autres sites, il est certain qu'il y a une altération, mais de là à affirmer que le tourisme en est seul responsable... Des critères comme l'érosion, la pollution, le temps, rentrent forcèement en compte également. La seule réponse n'est sans doute pas de fermer les sites ou augmenter leur prix d'entrée. Mieux vaut travailler sur la résistance de ces sites avec des aménagements adéquats, et travailler sur l'éducation au patrimoine. Le touriste est une victime facilement désignable."

© La Libre Belgique 2003

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