Menace invisible, cette maladie sournoise et silencieuse peut endommager les yeux et des organes vitaux comme le cœur ou les reins
Dans le cadre de la journée mondiale du diabète, ce 14 novembre, les associations souhaitent sensibiliser à l'importance des complications chroniques de la maladie.

- Publié le 13-11-2025 à 15h47

Quel âge avez-vous ? Un membre de votre famille est-il atteint de diabète ? Quel est votre tour de taille au niveau du nombril ? Pratiquez-vous au moins 30 minutes d'activité physique quotidienne ? À quelle fréquence consommez-vous des fruits et des légumes ? Vous a-t-on déjà prescrit des médicaments contre l'hypertension ? Vous a-t-on déjà découvert un taux de sucre sanguin (glycémie) élevé ? Quel est votre poids et quelle est votre taille ? Posées sur le site de l'Association du diabète, ces quelques questions permettent, en 30 secondes, de découvrir votre niveau de risque de développer un diabète de type 2.
Quant aux signes qui doivent alerter sur la présence de cette maladie sournoise et silencieuse, une soif intense, des mictions fréquentes, une fatigue inhabituelle, une vision trouble, une perte de poids inexpliquée même avec un appétit augmenté ou encore une cicatrisation lente des plaies, des infections récurrentes (notamment cutanées) et des picotements ou des engourdissements dans les mains et les pieds sont autant de signaux à ne pas sous-estimer. Surtout sachant qu'un diabétique sur deux s'ignore !
Car si le diabète de type 1 apparaît de manière brutale et entraîne généralement des complications seulement après une dizaine d'années, le diabète de type 2 évolue en revanche souvent de manière silencieuse, causant des dommages bien avant d'être détecté. Chez un peu plus d'une personne sur quatre atteintes de diabète de type 2, la maladie n'est en effet découverte qu'après une complication.
L'importance des complications chroniques
À la veille de la journée mondiale du diabète, traditionnellement célébrée le 14 novembre, l'Association du Diabète et la Diabetes Liga lancent leur campagne de sensibilisation intitulée "Le diabète, la menace invisible", qui attire l'attention sur l'importance des complications chroniques. Ces dernières restent une préoccupation majeure pour les adultes vivant avec le diabète. Quelles sont-elles ? Il s'agit le plus souvent de complications oculaires et au niveau des pieds, mais aussi d'atteintes nerveuses et de maladies cardiovasculaires.
Et de fait, alors que la majorité des personnes interrogées affirment bien connaître les risques, la fréquence des complications demeure élevée. Les chiffres de l'Initiative pour la Promotion de la Qualité et l'Épidémiologie du Diabète (IQED) confirment cette réalité : parmi les personnes âgées de 50 à 74 ans atteintes de diabète de type 2 et nécessitant plusieurs injections quotidiennes d'insuline : 38 % présentent des atteintes rénales, 36 % souffrent de complications cardiovasculaires, 33 % rencontrent des problèmes de vue et 28 % développent des complications au niveau des pieds.
"Le diabète peut endommager des organes vitaux comme le cœur, les reins et les yeux, en silence, confirme le Dr Jean-Christophe Philips, diabétologue et coordinateur du comité scientifique de l'Association du Diabète. Sans suivi approprié, les conséquences sont alors très graves. Le dépistage précoce et la prise en charge des facteurs de risque — comme le tabac, le cholestérol, l'hypertension ou le surpoids — sont essentiels pour éviter les complications."
D'après une enquête menée en ligne par iVOX à l'initiative de l'Association du diabète et la Diabetes Liga auprès de plus de 2 500 Belges adultes atteints de diabète, 55 % des répondants constatent un impact négatif sur leur santé physique ; 41 % s'inquiètent pour leur qualité de vie ; 40 % signalent une forte hausse de leurs dépenses médicales et 25 % rapportent des troubles psychologiques.
Prévenir pour éviter
Alors qu'un suivi médical préventif régulier, des soins adaptés et un mode de vie équilibré permettent de réduire considérablement voire éviter les complications liées au diabète, les données de l'IQED montrent que ces contrôles sont encore trop rarement effectués. Chez les personnes suivies en première ligne — principalement par leur médecin généraliste — seule une minorité bénéficie de toutes les recommandations : 45 % des patients traités par injections d'insuline et à peine 18 % de ceux sous traitement oral.
D'après l'Association du diabète, les raisons sont multiples : le manque de sensibilisation, tant du côté des patients que des médecins, quant à la gravité du diabète et à ses complications, la peur du diagnostic ou de résultats négatifs, le retard dans l'intensification du traitement (inertie thérapeutique), trop peu de renvois vers la deuxième ligne pour les examens préventifs, des délais souvent trop longs pour accéder à certains spécialistes, comme l'ophtalmologue.
"Les personnes traitées par de multiples injections d'insuline sont suivies en milieu hospitalier, dans le cadre d'une convention, rappellent l'Association du Diabète et la Diabetes Liga, qui soulignent l'importance d'un suivi médical régulier. L'équipe médicale veille alors à ce que, chaque année, plus de 90 % des patients bénéficient d'un contrôle complet : fonction rénale, HbA1c, tension artérielle, IMC, cholestérol. Les yeux et les pieds font également l'objet d'un examen annuel chez environ 7 patients sur 10".
Cependant, "la prévention des complications chroniques ne repose pas uniquement sur des contrôles médicaux réguliers, fait remarquer le Dr Jean-Christophe Philips, diabétologue et coordinateur du comité scientifique de l'Association du Diabète. Un traitement précoce et approprié est tout aussi essentiel. Des études démontrent que les médicaments innovants, tels que les analogues du GLP-1 et les inhibiteurs du SGLT2, réduisent fortement la morbidité et la mortalité lorsqu'ils sont introduits plus tôt dans le parcours de soins. Éviter les complications, c'est améliorer la qualité de vie des personnes diabétiques tout en réduisant le coût global des soins — pour elles-mêmes comme pour la collectivité. Aujourd'hui, 94 % des dépenses sont consacrées au traitement des complications, alors que les médicaments ne représentent que 6 % des coûts. La prise en charge du diabète doit donc intégrer ses conséquences à long terme, ce qui exige une vision claire et durable de la part des décideurs politiques".
Si une prise en charge efficace du diabète avec un suivi régulier auprès des bons professionnels de santé reste essentielle, "le mode de vie joue aussi un rôle décisif, de petits ajustements suffisant parfois à stabiliser la glycémie et à limiter l'apparition de complications", insistent les spécialistes qui listent, quelques actions comme adopter une alimentation équilibrée, bouger suffisamment, maintenir ou atteindre un poids sain, arrêter de fumer et limiter la consommation d'alcool.