Une "épidémie sans précédent" touche le sud-est de l'Angleterre : "Il est rare de voir autant de cas apparaître soudainement"
Deux personnes sont décédées et vingt autres hospitalisés suite à l'irruption d'une épidémie de méningite B dans le Kent.

- Publié le 18-03-2026 à 18h51

Des files de centaines de personnes se sont formées mardi et mercredi dans les allées du campus de l'université du Kent, à Canterbury. Étudiants et professeurs, masqués ou non, ils attendaient leur tour pour recevoir une dose d'antibiotiques destinée à les protéger contre l'épidémie de méningite B qui touche la ville. Deux personnes sont décédées, dont un étudiant et une jeune femme de classe de terminale nommée Juliette, et vingt autres ont été hospitalisées. En plus d'étudiants de l'université, des élèves de quatre écoles du comté du Kent ont été infectés.
"Il est rare de voir autant de cas apparaître soudainement, mais je tiens également à rassurer la population : ce n'est pas comme le COVID, ce n'est pas une pandémie qui se propage comme une traînée de poudre", a voulu rassurer le professeur Anjan Ghosh, directeur de la santé publique au Conseil du comté du Kent. "Il faut un contact prolongé assez intense pour que la bactérie se transmette d'une personne à l'autre, car il s'agit d'une bactérie et non d'un virus."
Cette "épidémie sans précédent" , en raison du nombre important de cas recensés en un court laps de temps, selon les mots utilisés par le ministre de la Santé Wes Streeting mardi 17 mars à la Chambre des communes, s'est propagée dans la boîte de nuit Club Chemistry, où au moins treize des personnes infectées se sont rendues les 5, 6 et 7 mars. L'agence britannique de sécurité sanitaire a pris connaissance du premier cas le vendredi 13 mars. Le lendemain, les autorités françaises l'ont prévenu de l'infection d'un étudiant venu de l'université du Kent et les hôpitaux du Kent ont fait savoir que plusieurs jeunes adultes présentaient des symptômes de méningite.
Comme le premier ministre Keir Starmer ce mercredi 18 mars, le ministre avait ainsi recommandé "à toute personne s'étant rendue au Club Chemistry les 5, 6 ou 7 mars, ainsi que toute personne pensant avoir été en contact étroit avec une personne chez qui un cas de méningite a été confirmé ou est suspecté" de "se rendre dans un centre de soins pour recevoir un traitement antibiotique". Un programme de vaccination de 5000 étudiants de l'université du Kent contre les méningocoques B a également été lancé.
Transmission par contact étroit
Wes Streeting a rappelé que la bactérie se transmet "après une longue période de contact étroit, par exemple en vivant avec quelqu'un dans un logement partagé, lors de baisers prolongés ou en partageant des cigarettes électroniques et des boissons" et que les symptômes peuvent "facilement être confondus avec d'autres affections courantes, voire avec quelque chose comme une gueule de bois". À la différence près qu'elle peut entraîner la mort en quelques heures.
KCE, le centre fédéral d'expertise des soins d'expertise belge, avait indiqué dans un communiqué publié en 2014 que les maladies provoquées par les méningocoques du groupe B "sont mortelles dans 5 à 10 % des cas. Dans 10 à 20 % des cas, elles mènent aussi à des complications à long terme, dont certaines laisseront des séquelles graves et très invalidantes comme la surdité ou l'amputation d'un membre." La méningite B concerne surtout les enfants de moins de 5 ans et les personnes de 15 à 25 ans.
Ruée sur les vaccins
Deux mille cinq cents doses d'antibiotiques ont déjà été administrées et dix mille autres demeurent disponibles dans les quatre centres ouverts à Canterbury. Signe que l'inquiétude commence à toucher les Britanniques, de nombreuses pharmacies ont fait savoir que les demandes de vaccins ont bondi depuis ce week-end et que nombre d'entre elles ne pouvaient plus obtenir de doses auprès de leurs fournisseurs. Aucun cas n'a pour le moment été recensé en dehors du Kent.
Le système de santé public britannique a commencé à proposer la vaccination contre la méningite B aux nourrissons en 2015, sans le rendre obligatoire. Les personnes de plus de onze ans ne sont donc pas immunisées. "À l'heure actuelle, ce vaccin n'est pas proposé aux étudiants, car le risque a toujours été faible et parce que la protection qu'il offre est imparfaite et de courte durée", a expliqué à la radio BBC 5 Eliza Gil, maître de conférences spécialisée dans les maladies infectieuses à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.
La question des vaccins demeure sensible au Royaume-Uni, qui a enregistré une chute de la vaccination depuis l'épidémie de Covid-19. L'an dernier, 91,4 % des enfants de moins d'un an avaient été vaccinés contre les méningocoques B, contre 92,5 % en 2019. En 2024, 72,1 % des enfants de 13 ans avaient été vaccinés contre les méningocoques A, C, W et Y, contre 88 % en 2019.