Manifestation pour limiter la souffrance animale dans les laboratoires bruxellois

Une dizaine de militants contre l'expérimentation animale ont manifesté mardi de 10h30 à 12h30 devant l'animalerie de l'Université Libre de Bruxelles (ULB), située dans le bâtiment U du campus Erasme, rue Meylemeersch à Anderlecht.

Manifestation pour limiter la souffrance animale dans les laboratoires bruxellois
©Lara Herbinia

Des photos d'animaux en cage et des slogans tels que "Ils disent que nous ne souffrons pas: aidez-nous" et "Soyez ma voix" ont été mis en exergue.

Les militants de l'association SEA (Suppression des Expériences sur l'Animal) ont appelé à renforcer les systèmes de contrôle du bien-être animal dans les laboratoires de la Région de Bruxelles-Capitale.

Sur la base des chiffres de 2020 publiés par Bruxelles Environnement, ils soulignent que 55.688 animaux (près de 98% de rongeurs) ont été utilisés en 2020 à des fins expérimentales, dont près de 70% pour les besoins de la recherche fondamentale. Des expérimentations dites d'une "sévère gravité", qui peuvent provoquer de grandes souffrances allant jusqu'à la mort, ont été pratiquées sur 11.238 animaux, soit un peu plus de 20% des sujets, ce qui représente le double de la moyenne européenne (rapport de la Commission européenne de 2019 sur la base de données de 2015-2017).

"On demande au ministre bruxellois du Bien-être animal Bernard Clerfayt (DéFI) de mettre fin au huis clos qui existe dans les laboratoires en mettant en œuvre des contrôles indépendants et inopinés, comme la ministre Céline Tellier (Écolo) a essayé de la faire en Wallonie fin 2020 avec un projet de loi avorté. Avec la politique de transparence actuelle, il y a une obligation de publier chaque année un résumé non technique des expérimentations, mais on veut des contrôles extérieurs pour voir si ces registres sont bien tenus. (...) Une vétérinaire de Wallonie m'a expliqué qu'il faut engager des inspecteurs vétérinaires spécifiques aux laboratoires, car les équipes chargées de contrôler le bien-être animal ont trop de travail", note Solange T'Kint, administratrice de SEA.

Le vétérinaire André Ménache va plus loin en défendant qu'il faut arrêter de faire souffrir des rongeurs sans finalité scientifique effective. "J'ai siégé pendant une dizaine d'années au comité national d'expérimentation animale. Celui-ci donne son feu vert dès que les chercheurs avancent qu'il s'agit d'une curiosité scientifique pouvant aider les gens. Moi, je n'ai jamais pu faire interdire une seule étude au motif qu'il y aurait de la souffrance animale inutile."

Il questionne par ailleurs l'usage des réglementations comme la directive européenne 2010/63 qui recommande le remplacement des animaux par des méthodes modernes, comme l'utilisation de modélisations informatiques ou de cultures cellulaires. "Des chercheurs vont montrer qu'ils réduisent le nombre d'animaux, ont recours à des anti-douleur et qu'ils utilisent en partie des cultures de cellules, mais on ne peut pas remettre en question l'utilité de leurs expérimentations pour l'Homme. C'est toucher à une vache sacrée, à un fondement de la recherche sur les animaux. Il est temps d'avoir des commissions d'enquête parlementaires sur l'expérimentation animale pour remettre en question cette vieille habitude de passer par les animaux. La société civile doit s'emparer du débat, car il n'est plus acceptable que les scientifiques fassent ce qu'ils veulent dans les laboratoires au nom de la science."