Est-elle vraiment utile? Pourquoi à Dubaï? Tout savoir sur la Cop 28 en cinq questions
Grand rendez-vous annuel de la communauté internationale pour discuter du climat, la Cop débute ce jeudi 30 novembre à Dubaï, ce qui suscite la controverse.

- Publié le 29-11-2023 à 18h54
- Mis à jour le 04-12-2023 à 09h23

La Cop 28 se déroule à partir de ce 30 novembre et jusqu'au 12 décembre aux Emirats Arabes Unis. Le résumé des enjeux en cinq questions-réponses.
1. Qu'est-ce que la Cop 28 et pourquoi est-elle important dans la lutte contre le changement climatique ?
Grand rendez-vous annuel de la communauté internationale pour discuter du climat, la Cop est destinée à fixer aux États des objectifs en matière de lutte contre le changement climatique, sous l'égide des Nations Unies. Les décisions s'y prennent par consensus. Cop signifie "conférence des parties", en référence aux près de 200 pays qui ont signé l'accord initial sur le climat de l'ONU en 1992. Le traité – la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques – est entré en vigueur en 1994 et vise à empêcher toute interférence humaine dangereuse avec le climat mondial. En 2023, les attentes sont immenses alors que le monde devrait connaître son année la plus chaude jamais enregistrée, un dérèglement alimentant sécheresses, incendies, inondations et autres catastrophes. Face aux températures qui ne cessent de monter, beaucoup d'observateurs regrettent le côté non contraignant des engagements pris aux Cop et donc la difficulté de faire respecter les promesses. D'autres soulignent l'intérêt de la formule qui fournit un cadre transparent, avec un bilan des avancées, tout en permettant le multilatéralisme. Sans oublier la prise de conscience globale et la sensibilisation. Selon le climatologue du Giec Jean Jouzel, sans les efforts menés suite aux Cop sur les derniers 30 ans, la hausse des températures aurait été de 4 à 5°C d'ici la fin de ce siècle, contre environ 3°C à ce stade. "Les Cop n'ont pas été inutiles, mais on est loin du compte", résumait-il récemment sur Arte.
2. La Cop 28 se déroule à Dubaï. Pourquoi se tient-elle dans un pays producteur de pétrole ?
Dans un souci d'équité, l'organisation des COP est tournante. Chaque année, ces événements se déplacent dans une région du monde différente. L'ordre est prédéfini par l'ONU, qui a découpé le monde en cinq groupes de pays : Afrique, Asie pacifique, Amérique latine et Caraïbes, Europe occidentale et autres, et enfin Europe orientale. À chaque fois, les volontaires au sein la zone désignée se signalent, et les pays élisent entre eux leur candidat final. La CCNUCC, l'agence des Nations unies qui organise les COP chaque année, valide ensuite. Initialement, la Corée du Sud avait proposé sa candidature mais s'est désistée en 2021 au profit des Émirats arabes unis. De par leurs moyens financiers et leurs infrastructures existantes, les Émirats ont paru aptes à organiser la COP 28, ce qui requiert une logistique énorme. Le fait que les pourparlers se passent se tiennent dans l'émirat pétrogazier apparaît comme une provocation pour certains défenseurs de l'environnement. Elle constitue une opportunité de parler enfin concrètement des énergies fossiles pour d'autres observateurs. Le président de le COP28, Sultan Al Jaber, également patron de la compagnie pétrolière émiratie Adnoc, incarne ces contradictions. "Les gens qui m'accusent de conflit d'intérêts ne connaissent pas mon parcours", a-t-il répondu à l'AFP en juillet, en rappelant qu'il fut le premier patron en 2006 de Masdar, devenu entretemps un géant des énergies renouvelables.
3. Quels sont les acteurs présent à la Cop 28 et pour quel rôle ?
Chefs d'État (Volodymyr Zelensky ou Charles III mais pas Joe Biden ni le pape François), ministres, représentants d'ONG, industriels, lobbyistes, journalistes… Plus de 70 000 visiteurs accrédités, du jamais vu, sont attendus du 30 novembre au 12 décembre. Les principaux acteurs sont les équipes de négociateurs que chaque pays envoie. Ce sont ces experts et diplomates qui vont animer les débats et c'est d'eux que dépendent les résultats finaux des sommets. Parallèlement, une foule d'acteurs qui ont le statut d'observateurs vont échanger entre eux, défendre leurs intérêts propres (ou l'intérêt général) et tenter de peser sur l'issue des discussions : des ONG ; des syndicats ; des représentants de populations autochtones ; des entreprises… Y compris actives dans les énergies fossiles : sur les 20 dernières années, 7 200 personnes du monde des énergies fossiles ont obtenu une accréditation pour assister aux Cop. Dont 945 étaient des employés d'entreprises pétrogazières.
4. Quels sont les objectifs principaux de la COP28 ? Que s'est-il passé lors des Cop précédentes ?
La COP28 va faire le premier "bilan" des progrès des États suite à l'accord de Paris sur le climat de 2015. L'objectif de cet accord était de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à la période préindustrielle. On en est loin : le bilan des engagements actuels des pays place le monde sur la trajectoire d'un réchauffement de 2,5° à 2,9°C au cours du siècle, selon l'Onu. À la Cop, les quelque 200 pays doivent adopter une décision politique tirant les leçons de ce bilan technique préparé pendant deux ans. Cela doit être "une occasion de corriger la trajectoire", selon le responsable climat de l'Onu Simon Stiell. Des dizaines de pays voudraient que figure dans la décision, un appel explicite à réduire les fossiles. La Cop 27 n'avait abouti à aucun accord sur cet aspect, ni sur de nouveaux objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre. Autre sujet explosif : la création d'un fonds pour les "pertes et dommages" climatiques des pays vulnérables, dont la COP27 l'an dernier en Égypte avait fini par acter la création, au terme de vives tensions nord-sud. Un fragile compromis a été trouvé début novembre pour loger le fonds provisoirement à la Banque mondiale. Mais des questions cruciales devront encore tranchées à Dubaï : combien d'argent, qui l'abondera, qui en bénéficiera… ? La récente déclaration commune de Washington et Pékin semble indiquer un mouvement de la Chine dans le sens d'un bilan ambitieux, tourné vers les efforts à accomplir – reste à savoir ce que feront l'Inde et d'autres pays en développement.
5. Comment se déroulent la COP28 et les négociations climatiques ?
La conférence sera lancée par une cérémonie d'ouverture le 30 novembre, suivie par deux journées de sommet au cours desquelles près de 140 chefs d'État et de gouvernement doivent s'exprimer, en prélude à une dizaine de jours de négociations. La date de fin de la COP reste théorique car des dépassements d'un ou deux jours sont monnaie courante.