La Belgique à la traîne dans la course pour la neutralité carbone
La Belgique semble mal partie pour atteindre la neutralité climatique d'ici à 2050, un effort pourtant indispensable au niveau collectif pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C comme le recommande le Giec.
- Publié le 19-11-2024 à 14h17
- Mis à jour le 19-11-2024 à 15h22

Pour respecter l'accord de Paris qui vise dans l'idéal à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport à l'époque préindustrielle, la Belgique doit réduire de 47 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 2005 et atteindre la neutralité climatique d'ici 2050. Or des enquêtes belges et internationales montrent que notre pays est à des années-lumière d'en faire assez pour atteindre ce double objectif. Bien que les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 28 % en Belgique depuis 1990, le rythme de réduction actuel est en effet encore trop lent pour atteindre la neutralité climatique à l'horizon 2050, relève ainsi le premier baromètre sur les progrès de la Belgique vers la neutralité climatique proposé par le service changements climatiques du SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement. Selon cette enquête, certains secteurs d'activité évoluent même dans la mauvaise direction alors qu'aucun secteur ne montre une trajectoire d'émissions cohérente avec les scénarios de neutralité climatique.
Les énergies fossiles encore omniprésentes
Le baromètre sur la neutralité climatique nous apprend ainsi que les combustibles fossiles représentent encore environ 70 % de la consommation finale d'énergie dans notre pays, malgré une diminution affichée depuis une dizaine d'années. Les émissions du secteur de la transformation énergétique et en particulier celles de la production d'électricité et de raffinage diminuent trop lentement. Bien que la part d'énergie renouvelable dans la production d'électricité soit en augmentation, elle ne permet pas d'absorber l'augmentation attendue de la demande d'électricité. Et si l'expansion de l'énergie éolienne est en bonne voie, le secteur de l'énergie reste encore trop largement dépendant des énergies fossiles. C'est particulièrement vrai pour le secteur du raffinage dans les émissions sont en augmentation depuis une dizaine d'années.
"Pour atteindre la neutralité climatique à l'horizon 2050, la consommation finale d'énergie doit diminuer plus rapidement, l'augmentation de la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité doit être plus rapide, et l'électrification du système énergétique doit être accélérée.", soulignent ainsi les auteurs du baromètre.
La voiture et le camion toujours en tête des moyens de transport
En ce qui concerne le secteur du transport, le bulletin de la Belgique n'est pas beaucoup plus glorieux. En cause, la voiture et le camion qui restent largement en tête des moyens de transport et voient leur part modale continuer à augmenter, alors que l'électrification du secteur est encore bien trop lente. Mauvais point également pour le transport international qui repose encore trop largement sur les énergies fossiles.
L'effet bénéfique des pompes à chaleur réduit à néant par la vente de chaudières à gaz
La Belgique ne s'illustre pas davantage par ses efforts pour rendre le secteur du bâtiment moins gourmand en énergies fossiles. La consommation finale d'énergie, l'électrification du chauffage et la part d'énergie renouvelable évoluent en effet trop lentement pour être en ligne avec les scénarios de neutralité climatique à l'horizon 2050. Autre problème, les ventes de chaudières au gaz continuent d'augmenter et annulent l'effet de l'augmentation des ventes de pompes à chaleur.
Les émissions liées à l'agriculture repartent à la hausse
Après 1990, une baisse des émissions de gaz à effet de serre liées au secteur agricole a été observée pendant plusieurs années consécutives. Mais depuis une dizaine d'années, elles repartent à la hausse en raison notamment d'une augmentation de la consommation énergétique du secteur liée à l'augmentation de la surface de serres chauffées et du nombre de tracteurs en circulation. Par ailleurs, la production brute de viande continue à augmenter, notamment pour l'exportation tandis que la consommation de viande rouge, bien qu'en diminution, reste trois fois supérieure aux recommandations du Conseil Supérieur de la Santé.
Pire élève que ses voisins
Le manque d'efforts de la Belgique en matière de lutte contre le réchauffement climatique se fait également remarquer au niveau international. Un classement co-élaboré par l'observatoire Hugo de l'ULiège analyse les performances de 27 pays en fonction de six critères principaux : les émissions actuelles, les émissions prévues, l'objectif du "net zéro", l'adaptation, les moyens consentis pour la mise en œuvre et la transparence multilatérale. Résultat : la Belgique se classe à la 19e place sur 23.
"Malgré les places respectables qu'elle obtient sur le plan des émissions, à la 8e place pour les émissions actuelles et à la 10e pour les émissions projetées. Ce pays est nettement moins performant que les autres pour les indicateurs liés à la gouvernance, en particulier pour ce qui concerne son objectif du net zéro et pour ce qui est de sa contribution à la transparence multilatérale. Si la Belgique corrige ces points faibles, elle pourrait nettement progresser dans son classement ces prochaines années", note ainsi l'observatoire.
Notons par ailleurs que le Bureau du plan indiquait déjà en mai 2024 que la Belgique n'atteindrait pas ses objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour 2030. Enfin, rappelons que selon le Global Footprint Network, les Belges ont une empreinte moyenne par habitant parmi les plus élevées au monde. Elle est par exemple 1,5 fois plus élevée que celle des Chinois et presque aussi élevée que celle des Nord-Américains.
Risque de basculement du système climatique mondial
Selon les projections du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), un réchauffement global supérieur à 1,5 °C aurait des conséquences dramatiques. Au-delà de 1,5 °C à 2,5 °C de réchauffement global, le niveau de la mer submergera au moins 10 % du territoire dans 12 pays d'Europe dont la Belgique. Pire encore, un dépassement de la limite des 1,5 °C augmente les risques de basculement du système climatique mondial, avec des conséquences encore plus redoutables comme un assèchement de l'Europe.

