Après l'impasse de Genève, quelle suite pour le Traité contre la pollution plastique ? Quelles leçons en tirer?
À Genève, aucun traité n'a pu être adopté. Mais les pays ambitieux prévoient déjà de nouvelles initiatives pour réduire la pollution plastique
- Publié le 16-08-2025 à 07h05
- Mis à jour le 01-09-2025 à 12h39

La cinquième session des négociations pour un Traité mondial contre la pollution plastique s'est achevée sans accord. Lancé il y a plus de trois ans avec l'ambition d'adopter un texte "historique", le processus devait aboutir cette année à Genève. Mais la dynamique s'est brisée face à un calendrier trop serré, à un blocage procédural et à la résistance d'un petit groupe de pays producteurs.
Pourquoi ça n'a pas marché
Pour Hayley Walker, professeure assistante en négociation internationale à l'IÉSEG School of Management de Lille, le problème est structurel : "Le plus grand obstacle a été la prise de décision par consensus. Cela donne un pouvoir disproportionné aux pays les moins ambitieux : il suffit qu'un seul dise non pour bloquer l'accord."
Dès le départ, les négociations ont été entravées par ce droit de veto. Les pays du Golfe, soutenus par d'autres producteurs, ont multiplié les débats procéduraux pour retarder les discussions. Certains, comme la Chine, ont montré une ouverture sur le design des produits ou la gestion des déchets, mais les compromis concrets sont arrivés trop tard. "Quelques jours de plus et une meilleure gestion du processus auraient pu permettre un accord minimal mais solide", estime Sophie Mirgaux, co-cheffe de la délégation belge et envoyée spéciale pour l'océan.
Le sentiment dans le camp des ambitieux
Pour les pays favorables à un traité fort couvrant tout le cycle de vie du plastique et intégrant des obligations contraignantes, le mot qui revient est "déception". Le texte présenté par le président des négociations, jugé "risible" par Mirgaux, a été rejeté l'avant-dernier jour. Une version améliorée est arrivée trop tard. Walker note que certains pays étaient "parfaitement satisfaits" de l'échec. Mais elle espère que cela poussera les ambitieux à agir hors de l'ONU. C'est aussi la conviction du ministre fédéral belge Jean-Luc Crucke : "Si l'adoption d'un traité mondial à la hauteur des enjeux n'a pas été possible cette fois-ci, l'alliance des pays volontaristes finira par tracer la voie."
Leçons à tirer
Plusieurs observateurs appellent à mieux équilibrer transparence et efficacité. Les séances ouvertes, utiles aux ONG et aux médias, freinent parfois la franchise des échanges ; alors que les huis clos n'ont commencé qu'en fin de session.
Autre enseignement : le calendrier était irréaliste. Comparés aux vingt ans nécessaires au traité sur la haute mer, les deux ans et demi prévus apparaissent courts. Enfin, la présidence du processus a été jugée défaillante.
Les options pour l'avenir
Officiellement, le mandat reste inchangé : négocier un traité contraignant couvrant tout le cycle de vie du plastique. Une nouvelle session est envisagée en 2026, sans date ni lieu confirmés. Le texte provisoire existant servira alors vraisemblablement de base pour une nouvelle série de négociations. Entre-temps, des initiatives peuvent continuer à l'échelle nationale ou régionale. L'UE, par exemple, renforce déjà ses règles sur les produits et les substances chimiques préoccupantes.
Mais pour Walker, la voie parallèle mérite d'être explorée : à l'image de la Convention d'Ottawa sur les mines antipersonnel, des coalitions volontaires pourraient adopter un accord ambitieux hors du cadre onusien. "Si 120 pays s'engagent à ne plus produire ni importer certains plastiques, l'impact sur la demande mondiale serait énorme. La Chine n'a pas de problème majeur avec l'interdiction des produits chimiques préoccupants, ce qui ouvre la voie à un traité parallèle impliquant l'UE, l'Amérique latine et l'Afrique, capable de peser sur la production mondiale", affirme-t-elle.
En Belgique, Jean-Luc Crucke entend déjà agir : "le combat ne s'arrête pas à Genève. Nous devons transformer nos convictions partagées en actions concrètes. L'Histoire retiendra ceux qui auront choisi d'avancer. Pour ma part, je resterai en première ligne, pour défendre la santé de notre planète et de nos écosystèmes, et pour que les générations futures puissent pêcher des poissons… et non du plastique. "
Un échec… mais pas la fin du combat
Pour les ONG comme River Cleanup, il y a urgence. "Sans limitation de production, les investissements dans le plastique vierge vont augmenter, rendant plus difficile la transition vers une économie circulaire", avertit son fondateur Thomas de Groote. Le risque est clair : plus de production, plus de pollution, plus d'exposition aux microplastiques et aux substances toxiques.
Malgré l'échec, certains y voient une étape nécessaire. "Un traité faible aurait été pire que pas de traité du tout", souligne Arno Doggen, de River Cleanup. Les lignes de fracture sont désormais mieux identifiées ; reste à savoir si, dans un an ou deux, le contexte politique permettra enfin de les dépasser.