Tout ce qu'il faut savoir sur la menace de la "double épidémie" en Belgique
À l'approche de l'hiver, l'arrivée de la grippe pose beaucoup de questions tant sur le plan vaccinal qu'épidémiologique.

- Publié le 26-10-2021 à 08h53
- Mis à jour le 27-10-2021 à 22h03

La vaccination conjointe, est-ce risqué ?
Le Conseil supérieur de la santé recommande aux personnes fragiles de se faire vacciner contre la grippe saisonnière cet automne. En France, on donne parfois au même moment une dose de vaccin contre la grippe et le Covid. Quid en Belgique ? "On le recommande également car il n'y a pas de problème particulier qui justifie un intervalle entre les deux, note Sabine Stordeur, co-responsable de la task force vaccination. Au départ, on espaçait les doses pour surveiller les effets secondaires mais étant donné qu'il n'y a pas de raison valable d'espacer ou de retarder une des deux doses, on peut les administrer en même temps via une dose sur chaque bras."
Quand est-il recommandé de se faire vacciner contre la grippe ?
La vaccination a déjà commencé et va officiellement s'intensifier dès la mi-novembre. "Et c'est un peu la même chose qu'avec le Covid, ce vaccin protège surtout contre les formes graves de la maladie et contre les hospitalisations et les décès. C'est pour cela qu'on le conseille fortement aux groupes à risques (les plus de 50 ans, ceux qui ont des comorbidités et les soignants)", explique le virologue Steven Van Gucht.
Quels sont les risques d'attraper le Covid et la grippe en même temps ?
"On ne connaît pas bien l'impact d'une double infection. On en constate mais on ne sait pas encore quel sera l'impact, il y a peu de littérature sur le sujet", reconnait Van Gucht. Certaines études montrent que cela peut aggraver l'état du patient si les deux ont lieu au même moment mais ce n'est pas nécessairement pire. Mais ce qui est sûr, c'est que les cas de grippes additionnés à ceux de Covid peuvent poser un double problème pour nos hôpitaux avec une double vague à gérer."
Doit-on s'attendre à une double épidémie comme le craignait ce lundi le ministre de la Santé ?
"La vague Covid de cet automne n'est pas encore un souci car il y a actuellement peu de cas de grippe", note Van Gucht. "On espère que le pic de l'épidémie de grippe arrive quand les cas de Covid diminuent. C'est sûr que c'est une crainte que les deux soient combinés. Ce serait alors très dur pour les hôpitaux et les employeurs."
À quel moment le pic de la grippe a-t-il généralement lieu ?
"En général, c'est au mois de décembre voire début janvier, précise Van Gucht. Pour la période octobre-novembre, on risque d'y échapper mais il n'y a pas de certitudes de ne pas assister à cette double vague car ce n'est pas une année normale."
Pourquoi y a-t-il une inconnue concernant l'épidémie grippale cette année ?
"Notre système immunitaire a été peu voire pas du tout stimulé en 2020 donc la grippe peut revenir plus vite cette année, on le voit actuellement mais à un niveau assez bas. Ce n'est pas encore une vague mais il va falloir suivre tout ça de très près", estime le virologue.
Ce vaccin sera-t-il efficace ?
"Même s'il y a une légère différence entre le vaccin et sa souche, il y a toujours une sorte de réaction croisée et son efficacité donne toujours un certain boost immunitaire. La protection croisée va rester même s'il y a une différence. Cela vaut donc toujours la peine de se faire vacciner. C'est un vaccin très sûr de manière générale ."
A-t-on pu adapter le vaccin contre la grippe cette année ?
"En général, c'est un geste à répéter chaque année", rappelle Van Gucht. "Le virus évolue beaucoup plus vite que le coronavirus. On adapté donc chaque année le vaccin. Et cette année, il est difficile de prédire quelle souche du virus va circuler et quelle souche devra être adaptée dans le vaccin car il y a eu très peu de circulation du virus l'année passée. Et en général, on se base sur ce qu'il se passe dans l'hémisphère Sud, en Australie par exemple, mais c'est très difficile cette année car le virus a également peu circulé là-bas, c'est plus complexe que lors des dernières années."
Peut-on recevoir du Pfizer après deux doses d'Astrazeneca ?
"Cette question est à l'étude au niveau du Conseil Supérieur de la Santé et nous attendons son avis. Nous évaluons donc l'opportunité de ce schéma vaccinal. Les études en cours montrent une très bonne efficacité, le schéma est d'ailleurs déjà appliqué en France", poursuit Sabine Stordeur.
Est-ce que tout le monde doit recevoir une troisième dose ?
L'avis du Conseil supérieur de la Santé (CSS) concernant l'administration d'une dose supplémentaire de vaccin pour l'ensemble de la population sera prêt pour mercredi, jour de la prochaine conférence interministérielle Santé (CIM). "Pour le moment, ce n'est pas nécessaire de vacciner tout le monde avec une troisième dose, il n'y a pas de preuves que cela soit la bonne décision pour les gens en bonne santé. Par contre, pour les personnes âgées et ceux souffrant de comorbidités, les données scientifiques vont dans le sens d'une dose de rappel. Et pour ceux qui ont reçu une dose de Johnson et Johnson, une seconde dose est également recommandée pour améliorer la réponse immunitaire", explique le virologue Steven Van Gucht.