Polluants dans le sang des adolescents vivant à proximité des 7 broyeurs de métaux wallons : les résultats sont tombés
L'Institut Scientifique de Service Public (ISSeP) a analysé le sang et l'urine de 121 adolescents et "les résultats sont interpellants" : "Une augmentation des concentrations en polluants avec la proximité des broyeurs est constatée".
- Publié le 22-04-2024 à 19h47

En octobre 2021, le Gouvernement wallon avait chargé l'ISSeP de réaliser un biomonitoring visant à déterminer les niveaux d'imprégnation des riverains des sept sites de broyage de métaux actifs en Wallonie.
Après plus de deux ans de travail et d'un long processus de recherches, les résultats sont tombés et "ils sont interpellants", déclare Céline Tellier, ministre en charge de l'Environnement. Afin d'analyser leur exposition aux métaux, PCB et autres polluants, 121 adolescents vivant à proximité des broyeurs ont accepté de faire analyser leur sang et leur urine. Les résultats de cette étude, intitulée BiOBRO, ont alors été comparés à ceux de la population générale wallonne. Si "des dépassements de la valeur de risque pour la santé sont observés pour quelques substances, le faible taux de participation ne permet pas de présenter des résultats concluants quant à la véritable part de responsabilités des broyeurs dans l'exposition des riverains observés et ceux-ci sont donc à analyser avec précaution", alerte Ingrid Ruthy, chargée du projet BIOBRO.
En effet, l'ISSep prévoyait un échantillon de 500 adolescents, mais ce seuil n'a pas pu être atteint. Pourquoi des adolescents ? Car ces derniers "vont souvent à l'école dans un périmètre proche de leur lieu de vie, exercent des hobbys dans ce même périmètre, et, de par leur jeune âge, sont moins 'pollués' que des personnes plus âgées", détaille la chargée de projet.
D'abord, plusieurs polluants sont présents dans le corps de ces adolescents et, pour certains, "de manière significative". Comparées aux taux des adolescents wallons, les concentrations sont supérieures chez les adolescents riverains d'un site de broyeur de métaux pour l'arsenic total, l'arsenic toxique, le plomb urinaire, le PCB-138 et le PFOS. "Mais pour les autres polluants étudiés, rassure la ministre, les concentrations sont comparables, voire parfois légèrement inférieures, chez les ados riverains".
Pour ce qui est des PFAS, "il existe un risque accru d'effets indésirables au-delà de 20 microgrammes par litre". Cela concerne 1,7 % des participants au biomonitoring. Par contre, 95 % des ados wallons, contre 97 % des ados vivant à proximité d'un broyeur, sont exposés à une valeur-seuils de PFAS entrez 2 et 20 microgrammes par litre. "Dans ce cas, et particulièrement chez les populations sensibles, un risque d'effets indésirables est possible".

"Les résultats sont tout de même rassurants", indique Céline Tellier, qui "prend cette étude avec beaucoup de sérieux". "Les risques d'une forte exposition à l'arsenic, au plomb et aux PFAS ne doivent pas être exclus, mais notre étude reste expérimentale", insiste Ingrid Ruthy, qui déclare que des recommandations ont été formulées suite à la publication des résultats.
"Il est conseillé de ne pas consommer d'œufs, de poules ou de produits laitiers autoproduits en plein air". Aussi, "le lavage des mains récurrent reste une priorité, tout comme le lavage des fruits et légumes récoltés dans des potagers, par exemple". Des médecins généralistes des régions touchées par ces activités industrielles ont été sensibilisés aux risques qu'elles représentent pour les citoyens. Les docteurs pourront dès lors effectuer un suivi médical approprié en cas de contamination de leur patientèle.
Enfin, pour, à terme, "supprimer ces polluants, des normes doivent être instaurées", ajoute Philippe Raucq de la cellule risque d'accidents majeurs. Aussi, il est "important d'établir la source de ces pollutions". "Il existe la contamination historique", explique-t-il. En effet, "ce sont des milieux industrialisés de longue date", fait-il remarquer. "Des entreprises voisines pourraient également être à l'origine de ces contaminations", conclut la ministre, demandant "d'interdire ces polluants à la source, soit au niveau de l'Union Européenne".