Des vernis à ongles à éviter pour cause de substances toxiques? "Une polémique un peu comique"
Testachats a fait analyser 15 produits dont certains contiennent un perturbateur endocrinien. Mais que pense le dermatologue de cette étude ?

- Publié le 27-01-2026 à 16h22

Après les crèmes solaires et autres produits cosmétiques, voici que, cette fois, Testachats a passé au crible une quinzaine de vernis à ongles rouges achetés dans plusieurs magasins du pays. L'association les a fait analyser par des chercheurs en laboratoire afin de chercher la présence – ou non – de plusieurs substances. En l'occurrence :
- le formaldéhyde et les libérateurs de formaldéhyde, connus pour leurs effets irritants, allergènes et cancérigènes ;
- les métaux lourds tels que le plomb, le mercure et l'arsenic, susceptibles de provoquer des irritations cutanées, des réactions allergiques et des lésions organiques ;
- le benzophénone-1, un perturbateur endocrinien qu'on retrouve souvent dans les vernis à ongles ;
- les nitrosamines, des contaminants chimiques pouvant se former lors de la production et considérés comme potentiellement cancérigènes.
Seuils de référence
Par rapport aux valeurs de référence, en ce qui concerne les métaux lourds, "en l'absence de limites européennes, ce sont les seuils fixés par l'Office fédéral allemand de la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire (BVL) qui ont servi de base pour les analyses, précise Testachats. Les seuils du BVL s'appliquent également pour les nitrosamines, car la réglementation européenne indique uniquement que leur niveau doit être "aussi bas que possible". À ce jour, il n'existe aucun seuil maximal pour la benzophénone-1, pourtant considérée comme un perturbateur endocrinien par le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs, et donc fortement déconseillé".
Le verdict
Qu'ont révélé les résultats ? Preuve que l'on ne badine pas avec la réglementation dans ce secteur, aucune trace de formaldéhyde, de libérateurs de formaldéhyde ou de métaux lourds n'a été détectée dans aucun des 15 flacons de vernis testés.
En revanche, certaines marques seraient à éviter selon cette étude. Il s'agit des produits Bourjois, Essie et Maybelline qui contiennent de la benzophénone-1, un perturbateur endocrinien bien connu. Souvent présente dans les vernis à ongles, afin de protéger la couleur du vernis des UV, la benzophénone-1 est cependant soupçonnée d'interférer avec le système hormonal. "Il existe des indices sérieux selon lesquels la benzophénone-1 agit comme perturbateur endocrinien, explique à ce propos Julie Frère, porte-parole de Testachats, qui déconseille dès lors ces marques, "surtout pour les enfants de moins de 3 ans et les femmes enceintes".
Enfin, vendu en pharmacie, le vernis à ongles de la marque Mavala contenait quant à lui une concentration légèrement supérieure en nitrosamines à celle établie par le BVL. "Plusieurs organismes internationaux classent les nitrosamines comme probablement ou potentiellement cancérigènes, complète Julie Frère. Nous ne pouvons que regretter leur présence dans des produits destinés à être appliqués de manière répétée sur le corps".
Et d'ajouter : "Par ailleurs, le fait que 11 vernis sur 15 ne contiennent aucune substance nocive montre bien qu'il est possible de proposer des produits sûrs aux consommateurs et consommatrices, et que les produits problématiques pourraient donc être améliorés".
Le dermatologue relativise
Alors, que pense de cette étude le Pr Dominique Tennstedt, dermatologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc ? Pour lui, "c'est une polémique un peu comique". Pourquoi ? "Parce qu'il faut savoir que l'ongle est un appendice de l'homme qui ne se laisse pas pénétrer facilement, et même extrêmement difficilement en profondeur. Un ongle reste très imperméable. Ce qui explique d'ailleurs que les traitements locaux contre les mycoses, par exemple, ne fonctionnent pas bien du tout, faute de pouvoir pénétrer alors qu'ils sont en principe formulés pour. Il y a donc peu de chance que les vernis arrivent, eux, à pénétrer jusque dans les tissus vivants, soit sous l'ongle qui est un organe mort, à l'exception de la matrice."
Et donc, à condition de bien appliquer le vernis sur l'ongle et non le faire déborder sur la peau, a priori, le risque sanitaire demeure théoriquement très peu élevé. Là où il pourrait cependant y avoir un risque pour la santé, selon le dermatologue, c'est si des enfants posent du vernis et portent ensuite les doigts à la bouche. "Être en contact à ce niveau avec ces substances n'est certes pas idéal. En ce qui concerne la benzophénone-1, effectivement décrite comme perturbateur endocrinien, on pourrait avoir dans ce cas des réserves. Pour ce qui est de la nitrosamine, un cancérigène, je n'ai encore jamais vu dans les publications scientifiques en dermatologie que cette substance pouvait provoquer des cancers à partir d'un vernis à ongles."
En résumé, "si, en théorie, oui, la présence de telles substances n'est pas souhaitable dans les vernis à ongles, concède le Pr Tennstedt, en pratique, je doute fort qu'elles puissent avoir une action cancérigène ou de perturbation endocrinienne, d'autant que les concentrations sont infimes et que l'ongle est imperméable. Des produits comme le white spirit, du benzène ou certains détergents très puissants pourraient s'avérer plus nocifs. Si ce ne sont des allergies ou irritations au niveau de la peau à cause de produits bien spécifiques comme les acrylates, qui se trouvent dans certains vernis, je n'ai personnellement jamais vu de problèmes à ce sujet. Crier au loup me paraît ici un peu exagéré".