Une découverte qui pourrait déboucher sur un spray nasal protégeant des infections respiratoires, dont le Covid long ? "Ce n'est pas une utopie"
Des scientifiques de l'UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc ont mis au jour le rôle central d'une bactérie protectrice contre le Covid long.

- Publié le 17-03-2026 à 18h01
- Mis à jour le 18-03-2026 à 10h54

Dolosigranulum pigrum, tel est le drôle de nom d'une bactérie dont on devrait encore entendre parler grâce à la découverte des scientifiques de l'UCLouvain et des Cliniques universitaires Saint-Luc. Au terme de cinq années de recherches, ils ont en effet mis au jour le rôle central de cette bactérie naturellement présente dans le microbiome respiratoire qui, lorsqu'elle s'avère couplée à d'autres bactéries, est associée à une diminution de la persistance de symptômes définissant le Covid long.
Pour en arriver là, les auteurs de l'article, publié aujourd'hui dans la revue scientifique Microbiology Spectrum, avaient lancé dès 2021, soit en pleine pandémie, une étude visant à déterminer s'il est possible de prédire, durant l'épisode aigu de l'infection respiratoire, le développement des symptômes persistants dans le temps. Cela, dans l'idée de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et, idéalement, pouvoir apporter une solution thérapeutique préventive.
Des frottis nasopharyngés
Pour mener leurs travaux (*), Jean Cyr Yombi, Leïla Belkhir et Julien De Greef, infectiologues aux Cliniques universitaires Saint-Luc et Professeur(e) s à l'UCLouvain, ont analysé la sévérité des symptômes du Covid long auprès de 156 patient(e) s, à savoir principalement une fatigue intense, des troubles cognitifs et des atteintes respiratoires (essoufflement).
Ensuite, Laure Elens et Patrice Cani, professeur(e) s à l'UCLouvain et Bradley Ward, post-doctorant au Louvain Drug Research Institute de l'UCLouvain, ont analysé, grâce à des prélèvements sanguins et des frottis nasopharyngés, les signatures moléculaires associées à cette forme sévère de la maladie, une conjonction d'éléments invisibles qui permettent de comprendre pourquoi ces symptômes persistent chez certain(e) s patient(e) s et pas chez d'autres.

Des mécanismes à élucider
Qu'en est-il ressorti ? "Cette étude suggère que certaines bactéries, dites protectrices, du microbiome respiratoire pourraient être liées à une meilleure récupération après des infections virales respiratoires (comme le Covid long ou la grippe), et que leur altération (notamment dans le contexte d'infection sévère ou de traitements antibiotiques non ciblés) pourrait influencer l'évolution clinique à plus long terme", expliquent les scientifiques.
En d'autres mots, quand Dolosigranulum pigrum est abondante, elle semble protéger du Covid long ou d'une forme sévère de la grippe et, a contrario, lorsqu'elle est peu présente dans la sphère nasale, les scientifiques observent une prédisposition à développer une forme persistante de la maladie, le Covid long en l'occurrence. Quant à savoir pour quelles raisons ? Le mécanisme n'est toujours pas élucidé.
"Le nez est la porte d'entrée des virus respiratoires, nous rappelle Laure Elens, professeure au Louvain Drug Research Institute et à l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain, et certaines bactéries sont présentes pour agir comme une véritable barrière à ces agressions. Dans nos recherches, nous avons observé chez ces patients une réduction de ces bactéries protectrices et non pas, comme on le pensait dans notre hypothèse de base, une augmentation des bactéries pathogènes. En outre, il est apparu que, quand elles étaient associées à d'autres bactéries, Dolosigranulum pigrum semblent protéger contre les formes sévères et contre les symptômes persistants du Covid-19".
Les perspectives
Alors, en quoi cette découverte pourrait-elle à terme aider les quelque 400 000 patients belges qui souffrent encore aujourd'hui de Covid long ? "À court terme, il est certain que cela ne va pas changer grand-chose pour ces patients, nous répond la scientifique. À ce stade, on peut seulement dire qu'il s'agit d'un résultat plutôt prometteur. Notre hypothèse est que ce microbiome moins diversifié ou déséquilibré amènerait une susceptibilité du patient à présenter cette forme persistante du Covid. L'idée est donc, dans un premier temps, de faire très attention à l'usage des antibiotiques car on a aussi remarqué que ces médicaments agressaient le microbiome respiratoire. Paradoxalement, ils peuvent donc potentiellement fragiliser les patients par rapport à un microbiome moins protecteur à plus long terme."

L'équipe souhaite à présent étudier quel est plus précisément le rôle bénéfique de cet ensemble de bactéries sur la physiologie du patient. "Avec le Pr Cani, nous avons isolé cette bactérie, poursuit la Pre Laure Elens. Et maintenant, on va essayer de voir en laboratoire comment réagissent ces bactéries afin d'expliquer cette association. Ensuite, on pourra éventuellement penser à développer des stratégies de type probiotique, comme un spray nasal contenant cette bactérie et capable de recoloniser le microbiome nasopharyngé. De tels essais ont déjà eu lieu chez des animaux."
Un spray à prendre avant la saison hivernale pour se protéger des infections virales respiratoires sévères : utopie ou future réalité ? "Je ne dirais pas que c'est une utopie dans la mesure où certaines pistes sont déjà explorées dans ce sens, mais c'est en tout cas quelque chose d'assez ambitieux, nous dit la chercheuse. Ce ne sera pas pour demain, certes, mais si on arrive à démontrer le mécanisme par lequel ces bactéries nous protègent et qu'ensuite, on fait des études cliniques pour voir si effectivement le fait d'utiliser ce spray nasal peut protéger contre des formes sévères d'infections virales respiratoires, alors il y a un intérêt certain à développer ce type de solution thérapeutique. Ce serait en tout cas très bénéfique pour toute la population, et en l'occurrence pour le Covid-19 long qui est un vrai problème de santé publique".
(*) Ces travaux ont été soutenus par le FNRS et la Fondation Saint-Luc au travers du Covid-solidarity Fund de la Sofina.