Qui comme capitale du Brabant wallon ?
Ottignies-LLN, Nivelles, Wavre ou même Chastre... Les candidatures se sont multipliées au moment du choix du chef-lieu, en prévision de la création du Brabant wallon. "Ce fut une saga, se rappelle ainsi le gouverneur Valmy Féaux, qui fut chargé de préparer la création de la province. Du côté du Brabant flamand, cela a été tout de suite Louvain.
- Publié le 26-08-2010 à 07h46
- Mis à jour le 26-08-2010 à 09h05

Ottignies-LLN, Nivelles, Wavre ou même Chastre... Les candidatures se sont multipliées au moment du choix du chef-lieu, en prévision de la création du Brabant wallon. "Ce fut une saga, se rappelle ainsi le gouverneur Valmy Féaux, qui fut chargé de préparer la création de la province. Du côté du Brabant flamand, cela a été tout de suite Louvain. En BW, il y a eu trois grands candidats : Nivelles, qui était déjà chef-lieu de l'arrondissement judiciaire, Wavre qui se considérait comme beaucoup plus centrale, en plein développement. Et Ottignies-LLN, vu la présence de l'Université, afin de faire poids avec le Brabant flamand où Louvain avait son unif... Dans la loi (NdlR sur la création des deux Provinces, en 1993 ), il fallait indiquer le nom du chef-lieu. Comme on ne savait pas, on a ajouté une disposition pour le BW : c'est le conseil provincial, le 2 janvier 1995, à Nivelles, qui désignerait le chef-lieu". Selon Valmy Féaux, un premier accord est d'abord conclu. "Selon cet accord, on allait abandonner Nivelles, et faire une répartition entre les deux autres, Ottignies était le chef-lieu provincial avec le conseil et Wavre ayant la députation. Les principaux partis avaient plus ou moins ratifié cet accord. Mais avec le fait que je sois appelé à être gouverneur, les gens se sont dits : notre engagement tombe vis-à-vis d'Ottignies et Féaux (NdlR : alors maïeur d'Ottignies, il défendait cette candidature). Il est déjà servi en étant gouverneur. Il n'a plus à être servi pour sa ville. Un manière de voir que je ne partage pas." Il y a ensuite eu un accord entre les deux formations PS et MR, pour Wavre et le vote n'était plus qu'une formalité, dit M. Féaux.
"Cette affaire, ce n'était pas simplement symbolique, souligne-t-il . Car la ville chef-lieu reçoit des subventions de la Région, assez importantes, de plusieurs millions de FB à l'époque. Et le bourgmestre de Wavre Charles Aubecq était soucieux que la fiscalité ne soit pas très lourde. Il voyait d'un très bon oeil ces subventions régionales octroyées pour les charges que représente pour la ville le fait d'être chef-lieu. Pour moi, cela a été un petit peu dérivé à Wavre au bénéfice de l'ensemble des habitants de Wavre et pas nécessairement au bénéfice des habitants du BW." Pierre Boucher, actuel président du collège provincial, se rappelle que, "pendant que les autres s'installaient à Louvain, nous, on avait des pressions de Wavre, d'Ottignies, et de Nivelles pour y installer le chef-lieu. Pendant qu'on faisait cela, on ne faisait pas autre chose. On a dit : puisque le conseil provincial devait se prononcer, faites un dossier, on jugera et on verra les avantages et les inconvénients." Il reconnaît que Louis Michel et André Flahaut, dits "les belles-mères", devaient être d'accord sur le choix, "car ils étaient les deux chefs de file. Mais il n'y avait pas que Flahaut et Michel, il y avait aussi Charles Aubecq. Et quand il veut quelque chose... C'est un rouleau-compresseur. Il voulait le chef-lieu pour sa ville. Dans sa balance, il a mis tout de suite le château Naveau, en disant "je vous le donne pour un franc symbolique pour construire l'hôtel du gouverneur". Pour la députation, il a dit "j'achète huit appartements". Il a été un peu plus malin que les autres ! Un 3e élement pour Wavre, c'était l'athénée Folon, vide, qui devait aller à la Province, pour l'administration, qui aurait été à côté de l'hôtel du gouverneur. C'était l'idéal. (NdlR : le projet a avorté. En 1999, suite à l'épuisement du budget, l'inspection des Finances émet un avis négatif sur l'achèvement du bâtiment) . Mais pour le député, il ne faut pas croire que "c'est Louis Michel et André Flahaut qui ont dit "ce sera Wavre", ça s'est fait par dossier. Pour Nivelles, le dossier n'était pas étoffé. Pour Rixensart, il indiquait qu'aux USA, on met les administrations dans les petites villes...".
En face, il y avait aussi LLN, défendu par Gérard Deprez, rappelle André Flahaut, qui a négocié la création de la Province avec les libéraux de Louis Michel. "Deprez était aussi au pouvoir avec le PS et il était président du PSC, en conflit avec Louis Michel. Deprez disait à Spitaels, président du PS, "il faut que ce soit LLN." Spitaels m'a dit un jour "qu'est-ce que tu va faire pour le chef-lieu ?" Je dis : "pour le chef-lieu, l'accord porte sur Wavre". Il me répond : "c'est ton problème..." Et c'est comme ça, qu'on a trouvé la formule du premier conseil provincial qui décidera. On ne voulait pas snober les autres candidatures, on a ouvert les candidatures."
Braine-l'Alleud s'est proposée, en tant que commune la plus peuplée, ou encore Chastre. "On aurait pu faire la capitale sociale, puisqu'il y avait déjà là l'Intercommunale sociale". Quant à Nivelles, "elle n'a jamais présenté réellement un dossier. Elle est partie du principe que cela avait toujours été comme cela, et que cela n'avait pas de raison de changer. Mais quand, en face, certains développaient une politique de concurrence agressive, avec des arguments sonnants et trébuchants, face à une démarche sentimentale et romantique... Pour le chef-lieu, il y avait la contrainte de rapidité de mise à disposition de locaux. Et il y avait sur Wavre un potentiel d'occupation immédiate. Et puis sa candidature était soutenue par les libéraux. Charles Aubecq était le grand argentier du MR. Wavre était un objectif majeur pour le parti libéral: il fallait conserver Wavre, avec une phase transitoire pour P. Boucher et une définitive pour Charles Michel." Pour André Flahaut, il faut aussi se remettre dans le contexte d'une discussion qui avait lieu en même temps à la Région. Namur était capitale de la Région, et d'autre villes voulaient elles aussi un rôle... Ce qu'elles ont obtenu . "En BW, c'est un peu cela qui était en train de voir le jour. Et c'est comme cela qu'on en est un peu sorti..." Le vote du 2 janvier a acté les choses en quelque sorte, convient le socialiste. La majorité PS-MR "avait affiné l'accord après les élections de 1994. Il n'y avait pas d'accord sur le chef-lieu avant les élections, on n'a pu affiner qu'après, en connaissance de la composition du conseil provincial. On a mis des garants pour Nivelles, pour garder la justice. Normalement le tribunal de 1re instance est dans le chef-lieu. On a garanti Nivelles pour l'économique, avec l'IBW et Nivelinvest. A Chastre, l'intercommunale sociale est restée. Et Jacques Otlet voulait qu'Ottignies soit consacrée pôle culturel. On revient donc à cette histoire du partage des fonctions de pouvoir", conclut M. Flahaut.
