Avant le Covid et malgré le refinancement, les finances de la Région bruxelloise plongeaient déjà
Le Parlement bruxellois analyse les comptes de la Région. Ils sont dans le rouge.

- Publié le 21-11-2021 à 08h43

De récents avis de la Cour des comptes éclairent d'une lumière peu flatteuse les finances bruxelloises.
Dans un premier avis, la Cour s'abstient d'émettre une opinion sur le compte général 2020 de l'entité régionale bruxelloise "en raison d'incertitudes sur les recettes et les créances fiscales enregistrées dans les comptes". Des erreurs comptables aberrantes sont constatées comme une perte enregistrée à 777 000 euros au lieu de 777 millions. La Cour note que le montant de la dette brute consolidée a augmenté de 90 % entre 2016 et 2020 pour se fixer à 8,9 milliards d'euros, soit 179,3 % des recettes annuelles. Un autre rapport, cette fois sur l'ajustement budgétaire 2021 et le projet de budget 2022, offre des perspectives d'avenir à peine plus encourageantes.
Ces rapports ont fait l'objet de vives discussions lundi en commission au Parlement bruxellois, alors que l'analyse des comptes et budgets est toujours en cours. "Le modèle bruxellois de dépenser toujours plus, en empruntant plus, mène la Région vers la faillite", pointe Alexia Bertrand, chef de file du MR au Parlement bruxellois.
Le président du MR bruxellois prolonge. "Il y a eu un refinancement autour de 460 millions d'euros grâce à la sixième réforme de l'État. On peut y ajouter Beliris (125 millions) et une compensation des deux autres Régions pour les navetteurs. Où est cet argent ?, souligne David Leisterh. L'argent du refinancement a permis au gouvernement bruxellois de jouer les saint Nicolas pendant cinq ans. L'effondrement de la situation budgétaire est postérieur au refinancement. Il vient d'une stagnation des recettes et d'une augmentation drastique des dépenses."
L'Open VLD ciblé
"Ce solde est le résultat de plusieurs années de gestion des finances par les libéraux flamands", objecte un socialiste. Le solde de financement de la Région bruxelloise était encore en boni de 33 millions d'euros en 2016. La courbe plonge pour atteindre un déficit de 129 millions en 2017, 611 millions en 2019 et 1,278 milliard en 2020, selon le cabinet de Sven Gatz (Open VLD), ministre du Budget.
"Il apparaît que les principales augmentations viennent de programmes d'investissement à partir de 2018. Les dépenses de personnel et les transferts à d'autres pouvoirs (communes) sont en constante augmentation", analyse Henri Bogaert, qui a dirigé pour le Cerpe (UNamur) une étude sur les perspectives budgétaires de la Région. "L'augmentation des dépenses d'investissement est pour une part importante imputable au secteur de la mobilité, avec la dotation d'investissements à la Stib et les travaux dans les tunnels notamment", ajoute l'ancien président du Bureau fédéral du Plan.
"Les recettes liées à la sixième réforme de l'État se sont accompagnées de nouvelles compétences, donc de nouvelles dépenses. Depuis 2017, le gouvernement a investi dans la mobilité, le logement et la sécurité, synthétise le cabinet de Sven Gatz. À titre indicatif, nous avons investi 53 millions d'euros en 2017 pour la sécurité et la lutte contre le radicalisme ; en 2018, 166 millions ont été investis dans le métro et 129,5 millions pour les travaux des tunnels et viaducs."
Une dette viable
Le ministre bruxellois du Budget cite encore les 135,6 millions d'euros de 2019 dans les tunnels et viaducs ou les 200 millions dans la rénovation et l'extension du métro. "L'impact négatif sur les exercices 2020 et 2021 s'explique par le Covid. Pour 2020, cela représente une perte de 320 millions de recettes et une hausse de 600 millions de dépenses, ajoute le cabinet Gatz. La hausse des dépenses est aussi la conséquence de la pandémie. Mais les déficits budgétaires seront réduits avec un solde budgétaire structurel en 2024."
L'Agence de la dette, qui a présenté son rapport au Parlement bruxellois lundi, est à ce titre plutôt rassurante. Elle assure que le coût de la dette diminuera au cours des quatre prochaines années grâce à la croissance économique attendue. Et juge la dette bruxelloise viable, pour autant que la trajectoire budgétaire soit suivie. À l'instar du fédéral ou de la Wallonie, l a capitale vit pour l'instant au-dessus de ses moyens. Mais son gouvernement l'assure : la dette est sous contrôle.