Les confidences du papa de Remco Evenepoel: "Tout le monde a le droit de donner son avis mais, parfois, ça va trop loin"
Patrick Evenepoel, le papa de Remco, ouvre son cœur et crie tout le bien qu'il pense de son champion de fils.
- Publié le 25-07-2026 à 10h24

Comme toujours avec Patrick Evenepoel, l'émotion est au rendez-vous. Dès qu'il s'agit de mettre l'humain et l'affectif en avant, il répond présent. Cette fois encore, lorsqu'on lui a demandé de nous parler de son champion de fils, il a tout de suite précisé que son rôle de père primait sur tout le reste.
"Bien sûr, je suis heureux lorsqu'il remporte une course parce que c'est ce qu'il aime. Mais je suis avant tout son papa et l'essentiel, pour moi, c'est son bonheur", nous a-t-il confié. Avant de nous accorder un long entretien, où la sincérité se mêle à la fierté.
Patrick, vous vous êtes fait assez discret depuis le début du Tour…
Cela ne veut pas dire que nous ne suivons pas Remco de près. Il a des contacts quotidiens avec sa maman. Ils échangent beaucoup. Pour le reste, nous étions à Barcelone avec des amis pour assister au Grand Départ et nous sommes revenus pour le contre-la-montre. C'était un moment fort parce que les parents d'Oumi étaient là aussi.
Une fois de plus, Remco a survolé l'exercice.
Oui, il a été excellent du début à la fin. Même Pogacar a dit avoir été impressionné. Je savais que Remco avait bien fait les choses en amont. Je me demande même s'il avait déjà été aussi fort au contre-la-montre.
Remco restera lié moralement à Soudal Quick-Step, qui est une famille, et à Patrick Lefevere.
Il y a un an, son transfert chez Red Bull-BORA-hansgrohe avait fait beaucoup de bruit. Quel souvenir en gardez-vous ?
À l'époque, beaucoup de choses ont été dites ou écrites. La réalité, la seule, c'est que même s'il restera lié moralement à l'équipe Soudal Quick-Step, qui est une famille, et à Patrick (Lefevere) à qui il sait ce qu'il doit, Remco voulait aller dans une plus grande structure. Deux grosses cylindrées étaient en lice : INEOS et Red Bull-BORA-hansgrohe. Quand on s'est mis à table, on a tout de suite compris qu'avec Red Bull, on parlait d'un géant où il y avait des spécialistes pour tout. Remco a considéré que c'était le meilleur choix pour poursuivre sa progression. Je pense qu'il en récolte les premiers fruits aujourd'hui. Il a dû s'habituer à un nouveau mode de fonctionnement, mais on a tout de suite vu qu'il était dans son élément.

Certains vous ont reproché d'être intervenu personnellement dans le dossier. Dans un podcast, Yvan Van Mol, le médecin en chef de Soudal Quick-Step, a même dit que sans vous, Remco roulerait toujours pour l'équipe belge aujourd'hui.
C'est complètement faux. C'est Remco qui fait ses choix. Pour tout. Il n'a pas besoin de moi pour ça.
Comment a-t-il géré les premiers mois au sein de sa nouvelle structure ?
Avec énormément d'enthousiasme tout en gardant bien la tête sur les épaules. Il est passé d'une équipe familiale où tout le monde, ou presque, s'exprime en flamand, à un géant international. Mais ça ne l'a pas impressionné. Il a adoré le fait qu'il y ait énormément d'échanges entre les différentes parties.
En revanche, fin avril, il a dû acter du jour au lendemain le départ chez Lidl-Trek de son coach, Dan Lorang.
Oui, mais il n'a pas eu le temps de gamberger. Ralph Denk et son équipe se sont tout de suite tournés vers Tim Heemskerk, qui venait de quitter Visma | Lease a Bike. Bien sûr, c'était un énorme changement parce que chaque technicien a ses méthodes, sa propre philosophie, sa personnalité, mais Remco lui a tout de suite fait confiance. Et, jusqu'à présent, cela semble très bien fonctionner.
Remco se sent vraiment très bien dans sa peau, peut-être mieux que jamais.
On a l'impression que votre fils n'a peut-être jamais été un coureur aussi complet qu'aujourd'hui. Il roule toujours aussi fort, sprinte bien et se montre redoutable en montagne.
Devancer Tadej Pogacar et Isaac Del Toro au Plateau de Solaison est une énorme performance. Elle a généré beaucoup d'émotions parmi tous ses proches. Remco était aussi ému parce qu'il a le sentiment d'avoir franchi un palier important dans l'optique de l'objectif qu'il vise toujours : essayer de remporter, un jour, le Tour de France. Ce qui nous frappe, Agna et moi, c'est le calme dont il fait preuve depuis plusieurs mois. Après le chrono, il a tenu à remercier ses équipiers, le staff, tout le monde… Mais il n'a surtout pas oublié de mettre en avant tous ces spécialistes qui travaillent très dur pour lui au quotidien. Savoir qu'il peut compter sur des gens à la pointe dans leurs domaines respectifs lui fait un bien fou. Ça l'apaise. Et toutes ces personnes sont contentes de pouvoir travailler avec Remco, parce qu'il s'investit en leur donnant son ressenti. Bref, c'est une relation dont tout le monde sort gagnant. Franchement, j'ai l'impression que Remco se sent vraiment très bien dans sa peau, peut-être mieux que jamais.

Et vous, ses parents, comment avez-vous vécu ces premiers mois au sein de cette nouvelle structure ?
Très bien. Chez Soudal Quick-Step, nous connaissions tout le monde, puisque Remco était là depuis le début de sa carrière. Ici, ce n'est plus le cas. Inévitablement, nous avons fait un pas de côté. C'est tout naturel et ce n'est pas plus mal. J'ai été frappé par le gigantisme de Red Bull. Ils sont actionnaires majoritaires (NdlR : à hauteur de 51 %) de l'équipe cycliste et, donc, leur champ d'action est immense. Comme parents, nous sommes pleinement heureux que Remco s'épanouisse où il est, quelle que soit la structure où il évolue.
Quelques jours après sa 3e place à Liège-Bastogne-Liège, votre fils a déclaré forfait pour le Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Cette décision a surpris tout le monde…
On voyait bien qu'il n'était plus à 100 % de ses capacités. Son staff et lui ont, donc, estimé que couper, avant de s'entraîner, était la meilleure manière de se préparer pour le Tour de France. Durant ce Tour, il a montré que c'était la meilleure décision. Il a retrouvé de l'énergie.
Comment évolue votre relation avec lui ?
Très, très bien. Remco est très calme. Et il se montre très respectueux à notre égard. Il a des contacts très fréquents avec nous, surtout avec sa maman. Nous le sentons très serein. Il a gagné en maturité. Il garde les pieds sur terre et, pour nous, c'est l'une des choses les plus importantes. On est fier de l'homme qu'il est, pas seulement du coureur cycliste qui gagne des courses.
Pourquoi s'en prendre de la sorte à des champions qui portent si haut les couleurs du pays ?
Malgré tous ses succès, Remco continue d'être clivant. On a l'impression qu'il peut vite passer du statut de demi-Dieu lorsqu'il gagne à celui de gamin capricieux quand ça ne va pas comme il veut.
Je pense que Remco est, heureusement, la plupart du temps au-dessus de tout ça. Il sait si les résultats qu'il obtient sont bons ou pas. Il y a de plus en plus de podcasts, c'est à la mode. Donc, ça multiplie aussi le nombre de personnes qui donnent leur avis. Tout le monde a le droit de donner son avis mais, parfois, ça va trop loin. Je ne mets évidemment pas tout le monde dans le même sac, mais, un jour, un journaliste a écrit que Remco roulait mieux en arrière qu'en avant. Ça nous a touchés tous, très forts, parce que ce n'est pas admissible. Ce sont des propos blessants venant de quelqu'un qui n'a peut-être jamais fait de vélo lui-même. De manière générale, les médias flamands sont beaucoup plus critiques envers mon fils que la presse francophone. Mais je pense que c'est une façon de travailler dont d'autres sportifs souffrent aussi. Prenez Nafi Thiam. C'est la plus grande athlète belge de tous les temps et certains n'ont pas hésité à la critiquer dans la foulée des championnats du monde qu'elle a dû abandonner pour des raisons extra-sportives. Pourquoi s'en prendre de la sorte à des champions qui portent si haut les couleurs du pays ? Ces personnes qui les critiquent si durement oublient qu'ils ont aussi des proches, une famille et que ça peut énormément faire souffrir. Franchement, ça me dépasse.
De quoi êtes-vous le plus fier en voyant votre fils ?
Qu'il reste lui-même et garde les pieds sur terre ! Remco sait d'où il vient et il ne l'oublie pas. Il est conscient, aussi, que sans travail, il n'a aucune chance d'atteindre ses objectifs. Pour sa maman et moi, Remco est avant tout et, surtout, notre fils. Et nous voulons juste son bonheur. Or on sent bien qu'il est pleinement heureux aujourd'hui.
Sa détermination nous épate, Agna et moi.
Votre fils parvient-il encore à vous surprendre ?
Oui. Sa détermination nous épate, Agna et moi. Il se donne tous les moyens pour essayer d'atteindre ses objectifs et ne pas avoir de regrets. Il fait des sacrifices considérables et il peut être fier de lui. Avoir perdu 4 kg depuis Liège-Bastogne-Liège lui a demandé de s'astreindre à un régime strict. Et il a passé des heures et des heures à s'entraîner en montagne. Peu importe son classement final à Paris, nous sommes très fiers de lui. Mais il a raison de s'obstiner à vouloir gagner le Tour, même si Tadej Pogacar est là. C'est un peu comme si Jasper Philipsen arrêtait de sprinter sous prétexte que Tim Merlier est au départ de la course.