Wilmots: "J'aurais pu gagner quatre fois plus ailleurs"
Une semaine avant de retrouver les Diables, Marc Wilmots met les points sur les "i".
- Publié le 26-08-2014 à 19h16
- Mis à jour le 27-08-2014 à 06h55

Il porte sa chemise blanche, celle dont on en a tant parlé pendant le Mondial. Lui non plus n'a pas changé. Marc Wilmots, que nous avons rencontré pour un long entretien, a gardé le même discours. Celui d'un homme balancé entre les hautes ambitions de son groupe et son éducation terre à terre.
"Un petit café ?" nous propose le sélectionneur alors que la pluie tombe sans discontinuer dehors. L'entretien a lieu dans un petit local au rez-de-chaussée de la Fédération. "Notre bureau n'est pas beaucoup plus grand et on est quatre à l'occuper" , sourit Wilmots, en guise de réponse aux nombreuses critiques qui s'abattent en ce moment sur les dépenses de ses Diables.
A quelques heures de l'annonce de sa sélection et à quelques jours de ses retrouvailles avec ses joueurs, Marc Wilmots a accepté de faire le point sur divers dossiers chauds. Dont un intéresse particulièrement les supporters : son avenir. Un sujet qu'il évoque avec un franc-parler bien à lui. On vous le disait : depuis le Brésil, le sélectionneur n'a pas changé.
Marc Wilmots, nous avons demandé à nos lecteurs et internautes de nous envoyer leurs questions pour vous et l'une d'entre elles est revenue très souvent sur le tapis : est-ce que vous allez rester jusqu'à la fin de votre contrat, qui expire à l'issue du Mondial 2018 ?
C'est drôle : maintenant, on me reproche maintenant ma transparence. Certaines personnes ont essayé de manipuler mes propos pour conclure que j'allais partir. Je n'ai jamais dit ça ! Quand j'ai repris l'équipe nationale en 2012, j'ai dit que j'irais jusqu'au Brésil, même en cas d'offre, et je l'ai fait. Dans mon nouveau contrat, il y a une clause de départ, c'est tout. (Il hausse le ton.) Je n'ai jamais dit que j'allais quitter les Diables. Je suis très occupé avec mon équipe nationale, j'adore mon pays et j'adore mon boulot. Malheureusement, ça, on oublie vi te de le mentionner. Ils préfèrent dire : peut-être qu'en décembre, Wilmots sera parti . Mais je peux très bien rester en place pour dix ans ! Oui, il existe une possibilité, si j'ai une offre qui arrive, de l'accepter. Mais je ne vais pas partir à la première offre venue. En fait, cette clause me donne simplement la liberté de choisir. Une liberté à laquelle chacun a droit !
Vous avez eu des offres récemment ?
Oui, dont une très, très concrète. Financièrement, je quadruplais mon salaire et je pouvais signer pour trois ans dans un grand championnat. Mais, pour moi, il n'y a pas que ça qui compte. Il y a aussi toutes les valeurs véhiculées par notre équipe nationale. Au Brésil, on était dans notre bulle et on n'a pas eu conscience de l'ampleur du phénomène. Mais on m'a dit qu'on voyait énormément de drapeaux aux fenêtres. On a réveillé ce sentiment de patriotisme. C'est une vraie fierté. Bravo aux joueurs d'avoir montré tant de choses exceptionnelles et d'avoir transmis tant de choses au public. Après, on cherche la petite bête, mais n'oublions pas que nous n'avons jamais fait de si bons résultats.
Il arrivera bien un jour où vous partirez. Dans le documentaire "Les Diables au cœur", vous aviez déclaré que ce jour-là, Vital Borkelmans aurait le profil pour vous succéder…
Ce n'est pas exact : j'ai dit que Vital viendrait travailler dans mon staff. Il veut rester avec moi. On forme un beau couple, il y a une vraie harmonie. Vital est plus qu'un adjoint : c'est un homme de confiance, honnête à en crever et il a une grande expérience du football. J'adore aussi bosser avec Mario Innaurato, le préparateur physique, et Erwin Lemmens, l'entraîneur des gardiens. Mon staff technique, c'est celui-là et il est de grande qualité. J'aimerais continuer à travailler avec eux. Pour longtemps.
"On avait notre place dans le top 8 au Brésil"
Le sélectionneur l'a dit : il veut aller de l'avant. Mais il a accepté d'ouvrir une dernière fois le chapitre du Mondial brésilien. "Le bilan de la Coupe du monde avait assez vite été fait avec le staff. Quand on voit d'où on vient, on peut être contents. En deux ans, sur 15 matches officiels, on a eu 12 victoires, deux partages et une seule défaite, contre l'Argentine. On a aussi eu de l'enthousiasme et on a progressé dans beaucoup de domaines : le médical, les infrastructures, la communication… On s'est aussi rendu compte qu'on avait fait les bons choix en termes d'organisation et de préparation. Physiquement, les joueurs n'étaient pas du tout cuits, grâce au travail de Mario Innaurato. Mentalement, on est aussi restés frais. Mais voilà, chapeau à l'Argentine qui a très bien réussi à casser le jeu."
Quelle a été votre plus belle émotion ?
J'en ai eu beaucoup. La victoire contre la Russie, c'était quelque chose, car elle assurait notre qualification. Il y a aussi eu ce match très fort en émotions contre les Etats-Unis… Notre discussion avec Jürgen Klinsmann a peut-être été l'une des images de cette Coupe du monde et ce souvenir, je le garderai. A la 78e minute, on est allés l'un vers l'autre et, comme deux anciens pros, et on s'est dit : "Ce match est incroyable, ça va d'un côté à l'autre." C'est ça, le football. On a donné du plaisir, avec deux équipes qui ont tout donné et qui ont joué de manière ouverte. En prolongations, on marque ces deux buts très vite puis on prend 2-1 et le scénario catastrophe pointe le bout de son nez.
Votre plus grand regret ?
Je n'ai pas de regrets. J'ai eu quatre victoires sur les quatre premiers matches, pourquoi veux-tu en avoir ? On parle de la beauté du jeu mais moi, je suis là pour gagner des matches. Ma seule déception, c'est d'avoir été éliminé, oui. Ce match s'est joué sur pas grand-chose. Je retiens ce que Vincent (Kompany) disait : "Si on avait pris une claque 3-0, personne n'aurait discuté." Mais on a gardé le sentiment qu'on pouvait aller encore plus loin. L'Argentine ne nous a pas dominés, balayés ou marché dessus. C'est la preuve qu'on avait notre place là, dans le top 8.
Votre plus grand moment de stress ?
Quel stress ? C'était mon cinquième Mondial. Je ne suis pas un gamin. On n'a pas trop le temps pour le stress ! La Coupe du monde, je n'en ai pas profité. J'étais tout le temps occupé, avec l'analyse des adversaires, les entraînements, la stratégie et la gestion du groupe. J'avais aussi 55 personnes avec moi et dans mon rôle de manager, je devais veiller au bien-être de tout le monde et régler les problèmes des uns et des autres.
"Aider Eden à avoir plus de liberté"
Le Brésil est vite devenu un souvenir, maintenant place à l'Euro 2016.
Qu'est-ce que les Diables doivent améliorer pour encore passer un cap ?
Il y a deux ans et demi, on ne dominait pas nos adversaires. Maintenant, on les domine. Ils ont peur de nous. Même l'Argentine ! Du coup, l'équipe en face recule et on n'a plus d'espace. La question est alors : comment contourner ce bloc ?
Des individualités et du talent, vous n'en manquez pas…
Offensivement, j'en ai beaucoup. Je voudrais par exemple aider Eden à avoir plus de liberté, pour qu'il puisse déclencher ses actions face au but, pour qu'il puisse mettre ses qualités en valeur. La Coupe du mmonde a servi à accélérer leur progression d'Origi, de Januzaj. Christian va aussi revenir au mois d'octobre. En fait, mon plus gros chantier, c'est derrière. Vermaelen et Pocognoli sont forfaits pour Belgique-Australie, Daniel (Van Buyten) a arrêté.
Y aura-t-il beaucoup de changements ?
Si j'ai pris un noyau qui était le plus jeune du Mondial, je serais fou d'en changer maintenant ! La base est là. Je laisse quand même la porte ouverte à différents joueurs. On regarde Thorgan Hazard, Junior Malanda, Michy. Pour le moment, certains ces joueurs sont sur le banc, ils ont des difficultés. Ce n'est pas facile de faire ce pas vers l'étranger car le niveau physique et l'intensité sont plus élevés. Jason Denayer ? Il a passé un cap, mais je le connais déjà depuis un petit temps.
Ces jeunes joueurs-là, faut-il les prendre dans le noyau dès le début ou bien leur laisser le temps de s'acclimater en club ?
Tout dépend des absences dans mon noyau. Devant, j'ai du monde. Au milieu, je n'ai pas de problème. Mais derrière, il faut des solutions.
Il y a eu beaucoup de critiques sur le jeu des Diables pendant le Mondial.
Il faut être critique. Cela fait avancer. Mais la marge de progression devient de plus en plus petite. Rester cinquième mondial sera déjà une performance. Quand j'entends certaines personne dire qu'il faut arriver en finale à l'Euro, je réponds : mais vous êtes fous ? Ça ne se passe pas comme ça. L'Allemagne, l'Espagne, les Pays-Bas, l'Italie, vous en faites quoi ? Comparons-nous à ces équipes et regardez les différences. Il ne faut pas non plus être débile ! D'abord, qualifions-nous…
Ils sont eux-mêmes très ambitieux…
Nous aussi, on vise haut. Le plus haut possible. Mais on ne doit pas jamais oublier qu'un match de haut niveau, ça se joue sur pas grand-chose.