La Super Ligue a déjà explosé : les raisons de l'échec
Manchester City, Manchester United, Tottenham, Arsenal, Liverpool, Chelsea et l'Inter Milan ont déjà annoncé leur volonté de quitter le projet. Retour sur les raisons de cet énorme échec.

- Publié le 21-04-2021 à 13h39
- Mis à jour le 23-04-2021 à 11h29

La prochaine fois, les dirigeants des clubs tourneront sept fois leur langue dans leur bouche avant de se lancer les yeux fermés dans une révolution . Les douze fondateurs de la Super Ligue voulaient "une vision stratégique et une approche commerciale pour accroître la valeur et les bénéfices de la pyramide du football dans son intégralité." En bref, générer des revenus supplémentaires : un versement de 3,5 milliards d'euros était promis au club.
Difficile de refuser à l'appât du gain en cette période de crise économique. Manchester City, Manchester United, Liverpool, Chelsea, Tottenham, Arsenal, le Milan AC, l'Inter, l'Atlético Madrid et le FC Barcelone sont tombés dans les filets de Florentino Perez et Andrea Agnelli, les présidents du Real Madrid et de la Juventus Turin qui ont tiré les ficelles du projet. Ils ont toutefois rapidement déchanté.
Les supporters n'ont pas adhéré
En plus des premières réactions officielles dès dimanche soir de la part des fédérations et ligues européennes, l'annonce du projet a créé un véritable tollé dans tous les clubs concernés. En Angleterre, les supporters ont immédiatement fait part de leur désaccord en menaçant de rompre avec leur club de cœur.
"Cette nouvelle compétition proposée n'a aucun mérite sportif et semble motivée par la cupidité. De plus, il a été créé sans la connaissance ou l'apport d'aucun groupe de supporters et montre une fois de plus que les personnes impliquées n'ont aucun respect pour les traditions du jeu", disait par exemple un communiqué des fans de Manchester City.

Les potentiels recrues ont refusé
Autre problème : les douze fondateurs avaient besoin de s'allier à trois autres clubs pour former un groupe fixe de quinze membres. Mais beaucoup de grandes écuries européennes potentiellement visées ont rapidement fait opposition : le PSG, Leicester City, le FC Porto, le FC Séville, la Roma, le Borussia Dortmund ou encore le Bayern Munich.
"Je ne pense pas que la Super Ligue résoudra les problèmes" , a réagi le patron du Bayern Munich Karl-Heinz Rummenigge. " Au contraire, tous les clubs européens devraient travailler de manière solidaire pour faire en sorte que la structure des coûts, en particulier les salaires des joueurs et les honoraires des consultants, soit ajustée aux revenus afin de rendre le football européen plus rationnel."
En plus de ne pas suivre le projet, tous ces clubs ont réaffirmé leur engagement auprès de l'UEFA. " Nous pensons que toute proposition sans le soutien de l'UEFA - une organisation qui s'efforce de faire progresser les intérêts du football européen depuis près de 70 ans - ne résout pas les problèmes auxquels la communauté du football est actuellement confrontée, mais est au contraire motivée par des intérêts personnels" , a asséné Nasser Al-Khelaifi, Président-Directeur général du Paris Saint-Germain.
Les diffuseurs n'ont pas suivi
Le plan de la Super Ligue se basait évidemment sur l'adhésion de grands diffuseurs et l'explosion des revenus liés aux droits TV via une bataille concurrentielle entre eux. Mais la plupart ont immédiatement balayé le projet. DAZN, Amazon Prime, Sky Sports ou encore BT Sport out tous réaffirmé leur soutien à l'UEFA.
"Nous sommes complètement concentrés et nous soutenons nos partenaires de longue date au Royaume-Uni et en Europe, en offrant déjà aux fans les meilleures compétitions de football du monde" , a réagi Sky Sports. "BT croit que la formation d'une Super League pourrait nuire à la santé du football dans ce pays sur le long terme, a indiqué la chaîne britannique" , a ajouté BT Sport.
Le poids des joueurs et entraîneurs

Eric Cantona, Luis Figo, Gary Neville, Sir Alex Ferguson, Marcelo Bielsa, Hansi Flick, Bruno Fernandes, James Milner, Kevin De Bruyne, Jordan Henderson, Ander Herrera, Jürgen Klopp, Pep Guardiola, Niko Kovac, Luke Shaw… et de nombreux autres grands noms du ballon rond ont créé un soulèvement inédit.
"Le problème fondamental, c'est que les riches aspirent toujours à être plus riches, sans tenir compte des conséquences pour les autres » , a résumé Marcelo Bielsa. "Le sport n'est pas un sport quand le succès est garanti. Ce n'est pas un sport quand il n'y a pas d'importance si vous perdez. Ce n'est pas juste si les équipes se battent au sommet et ne peuvent pas se qualifier" , a lancé Pep Guardiola.
La menace des fédérations
L'UEFA a été claire dès dimanche : "les clubs concernés seront bannis des autres compétitions domestiques, européennes ou mondiales, et les joueurs pourraient se voir interdire de représenter leur équipe nationale" . Même si Florentino Perez s'est ensuite défendu en affirmant que les joueurs n'avaient rien à craindre, ces menaces ont été prises très au sérieux par les clubs.

D'autant que les ligues, les fédérations et mêmes les autorités politiques ont suivi le mouvement. Encore ce mardi, la fédération anglaise avait menacé d'exclure les clubs participants à la Super Ligue de toutes les compétitions nationales, alors que gouvernement britannique a pris position pour défendre les intérêts du championnat anglais.
Alors, quand le président de l'UEFA Aleksander Ceferin a tendu sa main, les frondeurs ont rapidement changé leur position. "Il est encore temps de changer d'avis. Vous avez fait une énorme erreur mais tout le monde fait des erreurs" , a-t-il déclaré.
Le dernier mot aux fans
Ils étaient encore des milliers devant les stades ce mardi. Notamment à Stamford Bridge où Chelsea accueillait Brigthon dans une atmosphère tendue malgré les tribunes vides. Finalement, le football populaire l'a emporté face aux grands patrons et actionnaires. Manchester City, Liverpool, Tottenham, Arsenal, Manchester United et Chelsea ont tous officialisé leur retrait du projet.
"Nous vous avons écouté, vous et la communauté du football au sens large ces derniers jours et en conséquence. Nous avons fait une erreur et nous nous excusons", explique le club d'Arsenal. "Nous avons décidé que notre participations à ces plans ne serait pas dans le meilleur intérêt du club, de nos supporters ou de la communauté du football au sens large", ajoute Manchester City.
"Je veux m'excuser auprès de tous les supporters de Liverpool pour la dispute créée au cours des 48 dernières heures", confie de son côté John W. Henry, le patron de Liverpool. "Comme nous l'avons vu, le projet proposé n'a pas reçu le soutien des fans (...). Nous vous avons entendu. Je veux m'excuser auprès de Jürgen, les joueurs et tous ceux qui travaillent énormément pour rendre fier nos fans. Ils n'ont eu absoluement aucune responsabilité dans cette dispute."

Et maintenant ?
Totalement esseulés, la Super Ligue n'a eu d'autre choix que de suspendre son projet. "Nous allons reconsidérer les étapes les plus appropriées pour remodeler le projet, en gardant toujours à l'esprit d'offrir aux supporters la meilleure expérience possible" , a-t-elle communiqué même si elle se dit toujours "convaincue" que sa proposition "est entièrement alignée avec le droit européen ", et que "le statu quo actuel du football européen doit changer" .
L'UEFA promet quant à elle de "rebâtir l'unité" du football européen et "d'avancer ensemble" . "L'important maintenant est d'aller de l'avant, de rebâtir l'unité dont ce sport jouissait auparavant, et d'avancer ensemble" , a déclaré le président Ceferin dans un communiqué.
Reste aussi à voir si les dissidents seront punis pour avoir envisagé une telle révolution et si la réforme de la Ligue des champions à l'horizon 2024, adoptée lundi, sera maintenue. Autant de questions dont l'UEFA devra se saisir, elle qui a pourtant lâché du lest ces dernières années face aux plus gros.