Lucas Biglia est de retour chez les Mauves
L'Argentin ne peut pas devenir un Par Zetterberg. Son rôle est clair.
- Publié le 11-06-2025 à 08h47

Le plus grand nom qu'Anderlecht a attiré pendant ce mercato n'est pas Cédric Hatenboer, Mihajlo Cvetkovic ou Zoumana Keita, mais Lucas Biglia. Hélas ! l'Argentin a déjà 39 ans et il ne sera plus sélectionnable pour les matchs. Il sera – comme Pär Zetterberg pendant 14 mois sous Hein Vanhaezebrouck et Vincent Kompany – le nouvel adjoint de Besnik Hasi à Anderlecht. Le retour de Biglia va apaiser les supporters, mais il ne vient pas que pour ça. Loin de là.

Un des nombreux reproches qui ont été faits à l'ancien CEO Jesper Fredberg repose sur la constitution du staff d'entraîneurs autour de Brian Riemer. À côté du clubman Roel Clement, il avait mis le Danois inconnu Jan Michaelsen, ensuite remplacé par Jonathan Alves quand David Hubert a repris le poste de T1. Le directeur technique Olivier Renard était choqué par l'absence d'un ou même deux ex-joueur(s) – de préférence d'Anderlecht – sur le banc. Mais il a donc attendu la fin de la saison pour imposer son idée.
Jamais de coup d'envoi
Ces quinze dernières années, Anderlecht a invité tous ses anciens joueurs pour venir donner le coup d'envoi d'un match. De Marcin Wasilewski à Jan Koller en passant par Nicolas Frutos et Tomasz Radzinski : ils sont tous venus. Sauf Biglia. Son absence s'explique en partie par son départ par la petite porte. En 2013, Biglia avait dû faire la guerre pour forcer un départ à la Lazio. Même s'il avait offert le titre à Anderlecht dans son tout dernier match – rappelez-vous de son coup franc dévié contre Zulte Waregem, 1-1 - il n'avait pas reçu les adieux qu'il méritait après sept saisons, dont la plupart étaient merveilleuses.
Mais l'Argentin avait une autre explication qui justifiait son absence. Il a poursuivi sa carrière jusqu'à ses 37 ans avant de raccrocher en Turquie. Son dernier match – le 6 juin 2023, il a battu Trabzonspor 3-1 avec Basaksehir –, il l'a joué avec un produit d'Anderlecht à ses côtés : Adnan Januzaj, qui avait été prêté par Séville. Dans son club précédent – Fatih Karagümrük –, il avait aussi évolué aux côtés d'un Belge : l'ancien Diablotin d'OHL et Genk Adnan Ugur. Le coaching de Biglia avait tellement impressionné notre compatriote, qu'il en était convaincu que l'ancien milieu deviendrait un grand entraîneur.
Non à Karagümrük comme T1
Après avoir pris sa pension comme joueur, Biglia a aussitôt suivi des cours d'entraîneur. Après à peine une année, il a déjà obtenu le diplôme UEFA A. Son talent de coach et sa motivation ne sont pas passés inaperçus en Turquie. Après être remonté de D2 en D1, Karagümrük lui a carrément proposé un poste de T1. Mais Biglia a estimé que c'était trop risqué dans une compétition où les dirigeants changent d'entraîneurs comme de chemises. Surtout, il trouvait que c'était trop tôt. Parce qu'il veut grandir dans l'ombre d'un T1.
L'homme qui va lui apprendre le métier est une ancienne connaissance. Hasi a été son T2 pendant cinq de ses sept saisons à Anderlecht. Il a été très important pour lui. Non seulement parce qu'il évoluait au même poste que l'Argentin, mais aussi parce que Biglia avait tenté de gagner un bras de fer avec Anderlecht pour forcer son transfert. La direction était furieuse sur son capitaine, Hasi avait joué le rôle de médiateur pour recoller les morceaux et convaincre Biglia de recharger ses batteries après son retour d'Argentine pour cause de migraine.
Kompany – Zetterberg, ce n'était pas clair
Comme Frankie Vercauteren, Biglia était pour les supporters "Le Petit Prince." Sauf que l'ancien Diable garde un mauvais souvenir de son dernier passage au RSCA version moderne. Et la même chose vaut pour un autre chouchou du Parc Astrid, Pär Zetterberg. Le Suédois a été accueilli par Marc Coucke comme grand sauveur du Sporting quand son club était en train de prendre l'eau. Il devait devenir "le Jean Dockx de 2019", mais il n'a jamais su quel était son rôle. Le tandem Kompany-Zetterberg n'a jamais fonctionné. Et l'ancien milieu n'était pas prêt pour ce défi. Coucke voulait surtout se rendre populaire auprès des supporters. Le passage de Zetterberg lui a d'ailleurs coûté un bras.
Même s'il a gagné beaucoup plus d'argent que Zetterberg, Biglia a plus la rage de réussir comme coach que Zetterberg. En ce sens, il se rapproche d'un autre Argentin passé par le Sporting : Nicolas Frutos. Comme l'actuel dirigeant de la RAAL, il met la barre très haut. Qui aurait cru, quand il est arrivé à Anderlecht et quand tout le monde disait que son jeu était trop latéral et trop lent, qu'il jouerait une finale de Coupe du monde aux côtés de Lionel Messi ? Biglia a disputé 58 matchs en équipe nationale et a été la plaque tournante au Milan AC, où il a joué avec Zlatan. Peu d'anciens Anderlechtois ont fait une carrière comme la sienne. Et peu d'anciens Mauves ont une intelligence de jeu comme lui.
Dans l'ombre d'Hasi
Biglia a gagné quatre titres, quatre Supercoupes et une Coupe de Belgique avec le Sporting. Il a joué 12 matchs de Ligue des champions avec le RSCA. Il est l'incarnation du fameux ADN du club. Pour tous les jeunes qui intégreront le noyau A et ceux qui recevront du temps de jeu – on pense surtout à Nathan De Cat, qui évolue à la position de Biglia –, son retour au Parc Astrid est un cadeau du ciel.
Il devra évidemment s'adapter à la nouvelle réalité du Sporting. Il a quitté Anderlecht en tant que champion de 2013, il va retrouver le club de son cœur plongé dans une crise et à plusieurs longueurs du Club Bruges. Mais s'il a dit oui à Renard et Hasi, c'est qu'il est prêt à relever le défi. Dans l'ombre – il sait qu'il ne peut pas trop se mettre en avant pour ne pas discréditer Hasi auprès des supporters –, il est déterminé à faire de longues journées à Neerpede pour aider les Mauves à guérir.
3h48 sur le marathon
Depuis que nous avons cité le nom de Lucas Biglia comme nouvel assistant de Besnik Hasi, beaucoup de supporters ont eu la même réaction. "Qu'il rechausse ses crampons. Même à 39 ans, il sera encore meilleur que nos joueurs actuels. Il sera plus utile sur le terrain que sur le banc."
Hélas pour eux, Biglia a pris sa pension comme footballeur. Jan Vertonghen a montré qu'il ne faut pas faire la saison de trop. Mais il nous revient qu'il n'a jamais été aussi affûté. Non seulement il est très fort au padel, un sport très populaire en Argentine, mais il s'est aussi mis à la course à pied et a bouclé le marathon de Rotterdam en 3 heures 48 minutes et 34 secondes. Dommage que tous les entraînements soient à huis clos à Neerpede. On aurait payé un ticket d'entrée pour le voir participer à l'un ou l'autre petit match à l'entraînement quand il manque un joueur dans une des équipes.