Le président de la fédé belge de golf: "Le golf doit aussi se remettre en question"
Rencontre avec Emmanuel Rombouts, président de la fédération d'un sport qui bouge.

- Publié le 03-01-2020 à 15h57
- Mis à jour le 03-08-2020 à 10h14

Rencontre avec Emmanuel Rombouts, président de la fédération d'un sport qui bouge.
Président de la Fédération royale belge de golf (FRBG), Emmanuel Rombouts est satisfait de l'évolution du sport de St. Andrews dans notre pays. Mais il espère néanmoins que le golf se débarrassera rapidement de son étiquette élitiste et, porté par les exploits de Pieters, Colsaerts ou Detry, partira à la conquête de nouveaux adeptes.
Comment se porte, à l'horizon 2020, le golf en Belgique ?
"Plutôt bien ! Le nombre de licenciés est en hausse modérée mais constante depuis plusieurs années. Nous comptons aujourd'hui 67 000 affiliés dans les 91 clubs du pays, sans parler des joueurs recensés auprès de fédérations étrangères."
Il reste que la majorité des joueurs sont des seniors, âgés de plus de 50 ans…
"C'est exact. Notre base de juniors est très bonne. Mais, lorsqu'ils entrent dans la vie active, les jeunes adultes n'ont plus toujours le temps de jouer et ont tendance à mettre le golf entre parenthèses. Heureusement, on remarque qu'ils reprennent ensuite le chemin des greens, souvent avec leurs propres enfants. Par ailleurs, de nombreux clubs proposent des journées d'initiation et des packages start to golf qui répondent aux attentes d'un nouveau public. Tout cela porte, peu à peu, ses fruits."
Comment faire pour que ces jeunes adultes n'arrêtent pas la pratique du golf ?
"Nous avons lancé des pistes en créant, par exemple, plusieurs types d'affiliations fédérales avec des cartes A (full member), B (pour des parcours 9 trous) ou C (accès aux driving ranges). Via des plateformes comme @golf, il est également possible de devenir membre d'un club sans terrain et de jouer en ne payant que le greenfee. Mais il y a sûrement moyen de faire preuve de plus d'inventivité encore."
À quoi pensez-vous ?
"Je crois, par exemple, que les compétitions sur 9 trous ont de l'avenir. En été, des tournois afterworks sont de plus en plus organisés. Ils permettent de combiner golf et networking dans une ambiance conviviale. En Belgique, notre sport souffre souvent d'une image élitiste. Il y a des clichés qui ont la vie dure. Mais, sur le terrain, la réalité est différente. Il y a certes des clubs traditionnels et privés, mais il y a aussi des clubs très démocratiques et ouverts à tous. J'étais l'autre jour au GC Beveren, qui propose un parcours de 9 trous construit sur une ancienne décharge. C'est une vraie réussite, avec 800 membres et une ambiance fantastique au Club House. Et des exemples comme cela, il y en a d'autres."
Il y a plus de 300 000 golfeurs aux Pays-Bas. Peut-on imaginer de passer un jour le cap des 100 000 en Belgique ?
"À long terme, peut-être. On ne peut pas comparer la situation avec celle de nos amis hollandais. Là-bas, il y a des parcours publics et il n'est pas obligatoire d'être membre d'un club pour être licencié. En Belgique, nous aimerions, bien sûr, que de nouveaux clubs voient le jour. Mais le défi n'est pas simple. Pour obtenir tous les permis, il faut une moyenne de 14 ans. Voilà qui décourage de nombreux investisseurs !"
En outre, le décret interdisant drastiquement le recours à des produits phytopharmaceutiques pour l'entretien des greens ne facilite pas la situation…
"C'est un gros souci pour certains parcours car l'interdiction a été radicale. Dans la partie francophone du pays, il n'y a même pas eu de moratoire. J'espère que des compromis politiques seront trouvés et que la transition se fera dans le dialogue. Il y a beaucoup d'emplois à la clé. À terme, il va falloir aux clubs évoluer et se remettre en question."
Seul tournoi de l'European Tour se déroulant en Belgique, le Belgian Knockout n'aura plus lieu en 2020. Comment interprétez-vous cet arrêt ?
"Il est très difficile d'organiser une compétition internationale dans un petit pays comme la Belgique. C'est vrai dans tous les sports, mais surtout en golf, où les budgets nécessaires sont très élevés. Thomas Pieters a tenté un beau pari en créant ce tournoi. C'était une idée courageuse. Malheureusement, l'épreuve n'a pas trouvé ses marques. Le format hybride n'était pas idéal. Et le public n'a pas vraiment répondu. Les golfeurs belges préfèrent souvent jouer dans leur club plutôt que de se déplacer pour suivre un événement."
Quid de la manche belge sur l'European Challenge Tour ?
"Là aussi, il y a du changement. Le tournoi se disputera désormais alternativement aux Pays-Bas et en Belgique. On réfléchit à une formule avec un mélange de Pro-Am et de stroke play. L'édition 2020 aura lieu en Hollande et celle de 2021, en Belgique. Nous discutons notamment avec notre fidèle partenaire KPMG, qui a parrainé les dernières éditions. Ceci dit, la Belgique sera néanmoins présente sur la scène internationale en 2020 grâce à un tournoi du Ladies European Tour au Golf de Naxhelet. C'est une très bonne nouvelle pour l'essor du swing féminin."
Et puis, comme en 2016, le golf belge sera présent aux Jeux olympiques de Tokyo !
"Oui, nous aurons sans doute droit à deux athlètes dans le tournoi masculin. Thomas Pieters, Thomas Detry et Nicolas Colsaerts sont en pole position. Et, chez les filles, Manon De Roey a également de grandes chances d'être de la fête."
Le golf belge brille au plus haut niveau. Qu'en est-il de la relève ?
"Elle est là et bien là. Nos deux Ligues (AFGolf et GolfVlanderen) réalisent de l'excellent travail dans la détection des jeunes talents. Adrien Dumont de Chassart, Giovanni Tadiotto, Jean de Wouters, Clarisse Louis et Savannah De Bock ont, parmi d'autres, un grand potentiel. La fédé a d'ailleurs mis en place une collaboration avec nos deux coachs emblématiques, Michel Vanmeerbeek et Jérôme Theunis, pour favoriser la transmission.
