Le hockey, premier sport vert
Le président de l'ARBH veut lancer un plan en trois points autour d'un tax shelter sportif.
- Publié le 11-02-2016 à 11h22
- Mis à jour le 11-02-2016 à 11h23

Le président de l'ARBH veut lancer un plan en trois points autour d'un tax shelter sportif. Le hockey n'a pas la réputation d'être un sport particulièrement écologique. Dame, avec un terrain à remplacer tous les quinze ans au grand maximum, de nombreux déplacements de joueurs à travers toute la Belgique et une consommation d'eau impressionnante pour les terrains mouillés, l'empreinte écologique du sport de la crosse est assez profonde.
Mais jamais à court d'idées, le président Marc Coudron a développé un programme qui s'articule en trois points : un tax shelter sur les infrastructures sportives, une augmentation de cotisation d'un euro pour pouvoir planter des centaines de milliers d'arbres, et un programme "get and give", distribuant les surplus et les maillots de fin de série à des pays du hockey défavorisés (voir plus bas).
Zéro déchet, zéro émission
L'idée principale est donc un "tax shelter" sur les infrastructures sportives, comme il en existe un pour l'audiovisuel, par exemple. "Il en résulterait des incitants fiscaux et financiers pour les entreprises", explique Marc Coudron. "L'opération devrait être la plus neutre possible pour les finances publiques et il y aurait un audit obligatoire à tous les stades de la construction et de l'utilisation, pour garantir que les conditions sont bien respectées et ainsi engendrer de la confiance vis-à-vis du système. Il faudrait aussi permettre à d'autres groupes d'utiliser les infrastructures sportives pendant les heures creuses : personnes âgées, handicapés, écoliers…
Et lors de la construction de ces nouvelles infrastructures sportives, on penserait exclusivement en termes de zéro déchet et zéro émission de CO2. Les exemples foisonnent : toits des salles de sport réaménagés en ferme urbaine, panneaux solaires ou photovoltaïques, isolation végétale, récupération des eaux de pluie, électricité verte…"
Quelques chiffres
Et le président de l'ARBH de se lancer dans une démonstration chiffrée. "Du côté francophone, les infrastructures sont souvent subsidiées à 75 %. Pour simplifier, disons 375 000 euros sur un total de 500 000. Du côté flamand on est plus chiche : 125 000. Cela représente un effort du gouvernement francophone (wallon ou bruxellois) de 375 000 et du gouvernement flamand de 125 000. Si on applique le même système que pour l'audiovisuel, à savoir un avantage fiscal pour les sociétés qui participent au tax shelter des infrastructures sportives, côté francophone 300 000 seraient subsidiés au lieu de 375 000, soit 75 000 de moins, en partie compensés par l'avantage fiscal sur 200 000, soit un peu plus de 20 000 euros, ce qui ferait environ 55 000 euros de dépenses en moins. Sans compter l'impact sur la TVA et l'emploi de la rénovation du parc sportif belge…"
L'écueil européen
Mais comme en Belgique rien n'est simple, il faudra évidemment trouver des accords à ce sujet entre fédéral et entités fédérées. "Pour l'instant on n'en est encore qu'au stade des conversations préliminaires, mais toutes les réactions sont positives, notamment celle de Sophie Wilmès, la ministre des Finances. Il faudra cependant voir ce que l'Europe en pense : elle pourrait refuser, comme le tram à Liège, mais le sport est de plus en plus assimilé à l'art. Pour ce qui est du monde économique, il s'y retrouve : 10 % sur 18 mois, il n'y a pas photo !"
Pour le président, cette réforme serait facilitée par le fait que le sport, comme l'art, est une matière communautaire. "L'exception culturelle peut devenir une exception sportive", affirme-t-il. "Nous avons pas mal de contacts dans tous les partis, y compris du côté flamand. Cela peut aller très vite. Idéalement, nous visons le 1er janvier 2017, mais si cela prend un peu plus de temps, c'est toujours OK !"
Quant à l'éternel problème de la place des infrastructures sportives à Bruxelles, le président appelle à faire preuve d'imagination. "Il existe de grands espaces inoccupés et où le parking serait facile, comme l'hippodrome de Boitsfort par exemple. Mais il faudra trouver un compromis entre les sports, car il est évident que le foot, le hockey et le rugby ne peuvent pas se jouer sur la même surface. Mon rêve, c'est que tous les sports embrayent sur ce système."
Recycler les surplus
Nouveau sponsor, nouveau maillot : cela arrive plus d'une fois dans un club de hockey, contraignant d'ailleurs les photographes à jeter périodiquement, à regret, une partie de leur stock d'anciennes photos devenues inutilisables, et aux journalistes à se tenir au courant des changements pour éviter de froisser des susceptibilités.
Le matériel des hockeyeurs est plutôt sujet à l'obsolescence rapide : tout le monde veut profiter au plus vite des innovations technologiques, notamment dans la fabrication des sticks.
Des tas de pays en sont à leurs premiers balbutiements de hockey, alors que la Belgique fait figure de pays de cocagne à ce niveau. "Si l'on sort du Top 30 ou 40 mondial, on tombe très vite dans des pays où le hockey reste marginal" ,observe Marc Coudron.
Au niveau du hockey belge, cela pourrait donner ceci : nos 83 clubs s'engagent à collaborer avec les 83 pays de hockey les moins favorisés (sur environ 130 fédérations de hockey mondiales). Un beau challenge !
Un euro pour reboiser la planète
Les déplacements motorisés des hockeyeurs sont nombreux le week-end (et même en semaine pour aller aux entraînements). L'idée présidentielle est d'augmenter la cotisation fédérale… d'un euro pendant quelques années, afin de pouvoir planter des centaines de milliers d'arbres.
En chiffres, les hockeyeurs couvrent 38 millions de km par an (en comptant 1 000 km par personne). Avec un euro par an (soit 38 000 euros) on pourrait planter 800 000 arbres pour compenser les émissions de CO2. Mais il faut aller plus loin et ne pas se contenter d'une compensation CO2 : utilisation responsable de l'eau et de l'électricité, diminution drastique des déchets…
L'association Graine de vie gère un programme de reforestation à Madagascar (5e pays le plus pauvre de la planète selon le FMI et pourtant un des plus fertiles), victime d'une déforestation galopante qui en fait l'un des plus exposés au réchauffement climatique (3e sur la liste actuelle du Giec), mais dont le taux de pluviosité permet encore une reforestation à grande échelle. Comptant le président d'Uccle Sport dans ses administrateurs, elle pourrait devenir partenaire de l'ARBH.