Voile: Place au bilan tous azimuts

Mady Fobert revient sur le Tour de France de l'équipage du Be. Brussels - Bienne Voile.

Vinel Thibault
Voile: Place au bilan tous azimuts

C'est fait, l'ASBL Bel-Yachting, qui promeut les sports nautiques principalement auprès des jeunes, a bouclé son 22e Tour de France à la voile. Cette 22e participation ne s'est pourtant pas faite sans mal. Faute d'un budget suffisant, les Belges ont pensé devoir renoncer à cette édition. Le salut est finalement venu d'une association avec l'équipage Suisse de 'Bienne Voile'qui en était lui à sa 15e participation et qui se trouvait dans la même situation périlleuse. Le résultat de cette association inattendue : 18 équipiers avec une moyenne d'âge de 29 ans qui ont navigué ensemble pour la première fois lors du prologue à Dunkerque "Contre toute attente, la mayonnaise a directement pris" explique avec franchise la team-manager Mady Fobert.

Quel bilan sportif tirez-vous de cette 22e participation ?

Il y avait en tout neuf bateaux au cours de cette édition. Parmi eux, cinq étaient professionnels et 4 amateurs. La compétition s'est bien vite résumée à un match race entre les deux leaders, Groupama 34 et Courrier Dunkerke 3. Même parmi les équipages amateurs, il y avait de grosses disparités puisque les trois autres équipages naviguaient depuis plus d'un an ensemble. Compte tenu de ce facteur, on ne peut qu'être raisonnablement ravi des performances de notre équipage. On n'a pas fait que de la figuration. On n'a rien lâché et on est toujours resté dans la compétition. Au fil des parcours techniques, nos résultats ont suivi une courbe ascendante. On est passé d'une éternelle neuvième place à une huitième, une septième, une sixième place. Cela prouve bien qu'il y avait un réel potentiel dans cet équipage. D'ailleurs, au niveau des professionnels, tous s'accordaient pour dire que nous étions en progression constante. On a, malgré tout, au décompte final, terminé en queue de peloton. Ce n'était cependant ni une surprise, compte tenu de l'opposition professionnelle, ni l'essentiel tant notre objectif figure ailleurs.

Quel est cet objectif ?

Notre but, c'est avant tout de mettre le pied à l'étrier à des jeunes et de les former à la course au large. Lorsque je vois Jonas Gerckens qui remporte la première manche des Sables-Les Açores alors qu'il a navigué avec Bel-Yachting, ça me conforte dans ma volonté de former les générations futures. Lorsque je vois le niveau qu'a déjà atteint notre skipper Delphine Wolters, qui n'a que 22 ans, je me dis qu'on doit absolument aider des gens comme ça. Il faut continuer à les pousser dans la voie qu'ils se sont fixée.

Comme jugez-vous l'évolution du tour au cours des années ?

Je regrette la baisse toujours plus importante du nombre de bateaux. Nous avons connu des éditions avec trente voiliers et nous n'étions, cette année, plus que neuf. Pour moi, le tournant a été la décision de la direction du Tour de passer sur les M34, un bateau qui n'existait alors que sur plans et qui n'avait pas encore fait sa maladie de jeunesse. On a constaté, à partir de ce moment, une nette érosion du nombre de participants. Il y avait 2 solutions pour relancer le Tour, soit passer sur des monocoques un peu moins chers, soit passer sur des trimarans de sport. C'est la deuxième solution qui a été choisie.

La Fédération Française de Voile vient en effet d'annoncer, pour la prochaine édition, l'abandon du M34 au profit d'un trimaran de sport : le DIAM 24. Concrètement, qu'est-ce que ça va changer ?

Il y a différents aspects, le premier est financier. Pour acheter un M34, il faut compter 200 000 euros. Pour un Diam24, l'investissement est de plus ou moins 55 000 euros. C'est donc nettement plus abordable et positif. Il y a cependant un autre aspect à prendre en compte. Le Tour de France à la Voile devrait avant tout avoir des visées pédagogiques. Lorsque l'on regarde le palmarès des grandes courses au large comme le Vendée Globe ou la Transat Jacques Vabre, on constate qu'ils sont pratiquement tous passés par le Tour. Le problème, c'est que la configuration des courses avec les Diam 24 sera complètement différente. Il n'y aura plus d'étapes de ralliement d'un port à l'autre. Les Diam 24 arriveront au port par la route, ils s'affronteront ensuite dans une course offshore de 30 à 50 miles. Le lendemain se déroulera un parcours devant le public avec des commentaires. Les voiliers seront ensuite sortis de l'eau pour être à nouveau acheminés par la route jusqu'au prochain port. On se dirige donc vers de la voile spectacle. Par cette décision, la Fédération Française de Voile se coupe donc totalement de la navigation au large en équipage.

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