Arthur De Greef stoppe sa carrière à seulement 28 ans : "J'en avais marre de la vie de joueur"
À 28 ans, Arthur De Greef est un jeune retraité de l'ATP qui est prêt à se lancer de multiples autres défis.

- Publié le 21-01-2021 à 09h52

La Belgique vient de perdre son quatrième meilleur joueur à l'ATP. Arthur De Greef, ancien 113e mondial, a décidé de ranger ses raquettes. À seulement 28 ans. La vie sur le circuit a usé son envie.
"J'y réfléchis depuis 2 ans, nous explique le Bruxellois. J'en ai un peu marre de la vie de joueur de tennis. Les voyages, le stress, la distance avec les proches, autant de facteurs qui me pèsent de plus en plus. Mes bons amis Steve Darcis et Yannik Reuter ont aussi arrêté. Je ne ressens plus de plaisir à partir en tournoi. J'ai le sentiment de faire mes valises en permanence. En plus, je viens de racheter le club de Géronsart, qui est mon nouvel objectif."
Vu de l'extérieur, la vie de joueurs pros ressemble à un rêve où se mêlent stars, argent, hôtels de luxe, restaurants… "Mais vous ratez la plupart des événements familiaux. Votre vie est instable. Souvent, vous mangez seul le soir au restaurant. Après une défaite, la journée est souvent très longue. Tu ne prends jamais le temps de visiter les villes, sans parler du décalage horaire."
Durant les 14 dernières années, "Moody", comme on le surnomme, a répété inlassablement les mêmes gestes tout au long de ses tournées. "Et je ne regrette rien ! Si c'était à refaire, je referais tout de la même manière. Je suis heureux et même ravi d'avoir vécu cette longue expérience."
2017, son année en or
Il en profite pour replonger dans ses années d'insouciance. "Quand j'étais adolescent, j'avais beaucoup de talent. J'en ai profité pour sortir avec mes copains. Je suis peut-être trop sorti. J'en suis très content car j'ai gardé mon équilibre."
Sa carrière a pris une tournure plus sérieuse il y a quelques années. La saison 2017 restera sa plus belle. Il était sorti des qualifications de Roland-Garros sous le regard des membres de sa famille et de sa petite amie Chloé. Il avait joué le premier tour sur le Lenglen face à Gasquet. "J'ai des regrets sur ce match car il y avait de la place. Il me manquait un set pour forcer une manche décisive alors qu'il était cuit physiquement."
Il a aussi atteint son meilleur classement. "Cette 113e place est la preuve que j'ai réussi à percer sur le circuit. Ce chiffre ne m'intéresse pas. Je suis surtout content du processus. Je me suis entraîné si dur durant tant d'années."
Sur le circuit ATP, son fait de gloire s'est joué dans l'arène brésilienne lors de l'ATP 500 de Rio. En février… 2017, il avait battu Pablo Cuevas qui défendait son titre 6-3, 3-6, 7-5. "C'est ma plus belle victoire. Sur la terre battue du central, l'ambiance était énorme. À 6-3, 3-6, 6-5, je sors un hot shot qui me remet dans mon jeu."
Le bras droit de Darcis en Allemagne

Ses souvenirs restent calés à cette année 2017. Lors du premier tour de Coupe Davis, il secondait un certain Steve Darcis qui partait à la conquête de l'Allemagne des Zverev. "Petit, j'avais toujours rêvé de représenter mon pays. Steve avait sorti un week-end de feu. Moi, j'avais perdu contre Alexander Zverev. J'avais encore joué en demi-finale contre l'Australie."
Ces deux dernières années, il aurait dû vivre ses plus belles saisons. Tantôt des blessures, tantôt la Covid ont gâché ces moments. Il en a profité pour passer plus de temps avec sa famille.
"Je suis resté beaucoup à ma maison. J'ai été heureux de revoir plus souvent les membres de ma famille. Les 24 derniers mois m'ont conforté dans mon choix de tout stopper. Je suis sûr et certain de prendre la bonne décision. Sur la fin, même les entraînements devenaient pénibles. Mon sentiment dominant ? Le soulagement ! Je suis vraiment content de passer à autre chose."
Quant à savoir l'image qu'il aimerait que les fans du tennis gardent de lui, il n'hésite pas une seule seconde.
"J'aimerais qu'on se souvienne de moi comme d'un mec vrai qui a toujours dit ce qu'il pensait. Parfois, mon discours s'est retourné contre moi. Je resterai toujours franc. Je ne sais pas faire autrement, de toute façon."
"Enfin, je peux aller au ski"
Il rit lui-même de ce paradoxe. Il vient de ranger ses raquettes car il était lassé par tous les voyages. Pourtant, il vit son plus long périple sur le circuit en ce moment.
Le 2 janvier, Arthur De Greef a quitté la Belgique dans la peau de joueur et entraîneur afin de s'entraîner à Dubaï avec Ysaline Bonaventure puis de jouer les qualifs de l'Open d'Australie à Doha avant de revenir à Dubaï pour s'envoler avec sa protégée à Melbourne.
"C'est différent, se marre-t-il. Avec Ysa, c'est différent. Je me suis lancé dans un nouveau projet qui me motive à fond. Nous nous sommes rencontrés au bon moment. Ce n'était pas un hasard. J'aurais eu du mal à me retrouver tout d'un coup en Belgique 365 jours par an. Ici, je serai avec Ysa durant 15 semaines."
Sa vie s'articulera autour de sa petite amie Chloé, sa famille, sa protégée Ysaline et… le sport.
"Je rêve surtout d'une vie simple avec des repas à la maison et des valises qu'on ne sort pas tout le temps du placard. J'aimerais planifier des projets à plus de deux mois. Le sport fera toujours partie de moi. J'en ai besoin. Je suis obligé de suer sur un terrain. Je fais deux heures de physique par jour. Je jouerai un peu au padel, mais pas trop car je me lasserai. Je reprendrai ma raquette de tennis. Mais, surtout, ma priorité sera de retourner skier. À cause de ma carrière, je n'ai plus skié depuis seize ans alors que j'adore ça !"
Il envisage aussi de participer à un marathon à l'étranger, aux 20 km de Bruxelles. "J'aimerais tenter une initiation au kitesurf."
Son cœur le mènera aussi à son club de Géronsart qu'il veut dynamiser malgré la pandémie. Dans 10-15 ans, il se voit vivre dans un pays où le soleil brille. "J'adore la lumière. Je me vois habiter en Espagne ou beaucoup plus loin comme l'Uruguay."
Chloé, sa fidèle alliée : "Elle m'a apporté mon équilibre"

L'entourage d'Arthur De Greef a toujours été en retrait dans les médias. De ses parents à sa petite amie, Arthur De Greef a pu compter sur un soutien indéfectible. "Mes parents m'ont laissé la liberté de faire ce que je voulais, expliquait la Griff. Ils ne m'ont jamais mis sous pression. Ils ne se souciaient que de mon épanouissement. À table, nous passions des heures à refaire le monde autour d'un bon verre de vin. Ils préféraient rester discrets dans les journaux."
Sa petite amie, Chloé, a été le déclic dans sa carrière. Les deux tourtereaux vivent un bonheur sans nuage depuis presque neuf ans. Récemment, le jeune retraité nous confiait qu'il voulait découvrir dans quelques années les joies de la paternité avec elle. "Elle m'a apporté mon équilibre. Je lui dois ma 113e place ATP. Quand nous nous sommes rencontrés, nous avions tous les deux un côté foufou. Il y a huit ans, j'étais instable. J'avais du talent et je comptais trop dessus. À deux, on a appris à se calmer. Elle est sortie avec une grande distinction en Droit. Elle a intégré un grand cabinet. Moi, j'ai livré une belle carrière dont je suis fier. Nous avons réussi à vivre nos rêves. Ce n'est pas fini."
"J'ai tapé la balle avec Nadal, mais je n'ai jamais parlé à Federer"
Sur le circuit, Arthur De Greef a croisé les Rafael Nadal, Roger Federer et autres Novak Djokovic. "Je me suis fait masser à côté de Roger Federer. Il ne m'a jamais parlé. Nous ne nous sommes jamais dit bonjour. Avec Rafael Nadal, j'avais tapé la balle lorsque j'étais à l'US Open en juniors. J'en garde un superbe souvenir. Il était vraiment sympa. Quant à Novak Djokovic, mes amis serbes sur le circuit me disent qu'il est le mec le plus abordable."
Tennis et amitié ne sont pas incompatibles. En quatorze ans, Moody a noué de réels liens. "Je garderai le contact avec une dizaine de joueurs. Je suis proche des Français comme Mathias Bourgue et Quentin Halys ou encore le Néerlandais Tallon Griekspoor sans oublier les Italiens. Franchement, les joueurs sont calmes. C'est surtout les gens qui gravitent autour qui sont compliqués. Les coachs sont des mythos. Les agents des requins. Les autres des hypocrites."