David Goffin: "Parfois, je ne me voyais pas revenir"
Touché au ligament croisé et au cartilage du genou gauche, le Liégeois, qui a envisagé l'opération, a mis plus de trois mois pour revenir sur le circuit. Il jouera, ce mardi soir, à Lille.
- Publié le 17-02-2026 à 11h38
- Mis à jour le 17-02-2026 à 11h55
Absent des courts pendant plus de trois mois à cause d'une blessure au genou gauche, David Goffin (ATP 119) a lancé son opération retour au premier plan. Engagé la semaine dernière à Pau, le Liégeois de 35 ans se produira cette semaine à Lille sur un autre Challenger 125. Et dans les travées du complexe Marcel Bernard, la renommée de notre compatriote ne passe pas inaperçue. Une équipe multimédia de L'Équipe s'étant spécialement déplacée dans le Nord pour interviewer notre compatriote pour un numéro spécial de leur déclinaison "Explore" consacré à la gestion des émotions dans le tennis qui sortira avant Roland-Garros.
Mais avant de passer entre les mains des plumitifs d'un des plus grands quotidiens sportifs de la planète, David s'est installé, tranquille, sur un tabouret d'une tente VIP, pour évoquer avec nous la difficile période qu'il vient de traverser. Une période où la peur d'une fin de carrière a effleuré son esprit.
Là, je ressens des douleurs, mais de bonnes douleurs."
David, avec quelles sensations êtes-vous sorti de votre match de reprise à Pau la semaine dernière ?
C'était pas mal malgré la défaite, il y a eu du bon tennis, j'ai été satisfait de mon jeu. Physiquement, je n'ai pas su tenir trois sets. Il y a encore des petites douleurs qui arrivent, pas de la blessure mais surtout de la fatigue. Au troisième set, j'étais un peu fatigué avec des petites douleurs autour du genou et à la hanche. Mais ce sont des bonnes douleurs, des douleurs qui arrivent avec les premiers matchs de compétition. Ce n'est jamais la même chose que l'entraînement. Ça m'a permis de voir où j'en étais. Mais pour un premier match, depuis plusieurs mois, c'était pas mal. Cela m'a permis de voir où j'en étais physiquement. On continue de travailler et j'espère que match après match, cela va tenir de plus en plus longtemps.
Un morceau de cartilage se promenait et le ligament croisé était un peu touché."
Quel était le problème survenu à votre genou au Masters 1 000 de Paris ?
Il y a eu plusieurs choses. Il y a eu probablement une torsion, une entorse du genou. D'un coup, j'ai eu des douleurs. Et il y a un morceau de cartilage qui est parti, qui se baladait dans le genou. Et en même temps, de cette rotation, il y a eu le ligament croisé qui a aussi été un petit peu touché. Donc, tout ça l'un dans l'autre, mon genou a gonflé et était immobile. Cela a pris du temps pour se remettre. Et à chaque fois, il y avait un peu de douleurs. Dès que je rejouais deux jours, cela regonflait à nouveau. Il y a le petit morceau qui se baladait dans le genou. Donc, on a hésité à opérer pour l'enlever. Avec des injections, du repos, du travail, cela ne m'ennuie plus pour le moment. Je pense qu'on a pris la même décision.
On a pensé à l'opération, après deux entraînements, mon genou gonflait."
En décembre, vous avez joué la finale du tournoi UTS, était-ce un test ?
Oui. J'étais qualifié de par mes résultats au Mexique en début d'année. Et à ce moment-là, je me testais pour voir si je partais en Australie. Quelque part, ça allait être pour moi un repère pour voir si cela allait de mieux en mieux ou pas. Je n'avais clairement pas repris la raquette avant ce tournoi. J'avais un peu travaillé le physique. Après l'UTS, j'ai senti que cela n'irait pas. Donc, on a compris que cela prendrait plus de temps que prévu. On a voulu bien faire les choses.
Le choix de ne pas partir en Australie a donc été pris pour vous laisser du temps ?
Oui, je jouais deux fois et je devais m'arrêter une semaine parce que c'était gonflé. Je ne pouvais plus fléchir mon genou. Dans de telles conditions, cela ne servait à rien de partir. Se retrouver là-bas et jouer à moitié et être frustré, ce n'était pas le but.

Avez-vous eu des doutes par rapport à une reprise ?
Oui, bien sûr. Je ne savais pas si ça allait à nouveau aller. Il y a eu du repos et pas mal d'injections. Et à un moment, cela stagnait. Donc, c'est sûr qu'il y a eu des doutes sur la reprise à un haut niveau.
Et étiez-vous prêt à refaire les efforts pour revenir ?
J'étais prêt parce que je voulais retourner sur les courts. Mais je ne voulais pas revenir sur une jambe. Je me suis dit, tant pis, je prends le temps, que cela soit trois mois, six mois ou un an. Revenir sur une jambe, ça ne sert à rien, surtout à mon âge.
Quel serait maintenant le processus idéal ?
C'est d'abord physique. Essayer de retrouver toutes mes aptitudes. Je suis sur la bonne voie. Mon genou tient aux entraînements. Il n'y a plus jamais de gonflement. Donc je suis content. Au niveau du déplacement, de mon tennis, c'était pas mal la semaine dernière. Mais il faut, match après match, que cela tienne de plus en plus longtemps. Là, cela continue à évoluer dans le bon sens. Il n'y a pas d'attente de résultats pour le moment. Tant que le physique n'est pas à 110 %, c'est dur de prédire quelque chose. Mais en tout cas, j'ai l'impression que le tennis est là.
Comment acceptez-vous l'idée que malgré tous les efforts fournis, c'est compliqué de retrouver votre meilleur niveau ?
Le niveau, je sais qu'il revient toujours à un moment, en s'accrochant. Cela, c'est l'aspect mental et je le gère. Mais c'est plutôt l'aspect physique qui, parfois, comme je l'ai dit, pose des doutes. Parfois, je me disais que je n'allais jamais pouvoir revenir à cause de mon âge, les blessures et l'usure. Parce qu'il y en a de l'usure après X années de tennis au haut niveau. L'état de mon cartilage, on ne peut rien y faire. Mais c'est encore gérable et maintenant, ce doute-là, il est enlevé. Je pense qu'on va arriver à revenir petit à petit à 100 % physiquement.

Pendant votre revalidation, vous avez travaillé avec Eliott Crestan et d'autres sportifs belges, qu'est-ce que cela vous a apporté ?
On a le même préparateur physique donc on se retrouvait souvent en salle. On essayait de se booster avec chacun des qualités différentes. Et parfois, quand on a beaucoup de séances à faire de rééducation, cela passe bien mieux lorsqu'on est en train de se pousser l'un l'autre. Et c'est plus facile de se donner à fond.

Est-ce que cela cassait la solitude dont on parle souvent chez les joueurs de tennis ?
Je ne dois pas me plaindre dans ce domaine. Je suis bien entouré avec ma famille et mon équipe. Mais c'est juste que parfois se retrouver seul en salle et de faire les efforts tout seul avec son préparateur physique, c'est parfois dur. Surtout après X années, il y a parfois certaines lassitudes, il y a parfois d'autres envies. À 16 ans ou 35 ans, on voit sa carrière différemment. Et là, d'avoir eu un petit quelque chose de nouveau, de frais, cela a fait beaucoup de bien à ma préparation.
Pourquoi je continue ? Car l'envie est toujours présente."
Qu'est-ce qui vous pousse à ne pas arrêter ?
L'envie de jouer, l'envie d'encore faire de bonnes choses. Je pense que dans la raquette, il y a encore beaucoup de bonnes choses. Et qu'en retrouvant un petit peu de constance et mon tennis, il peut y avoir encore de chouettes émotions.
Les victoires en 2025 contre Carlos Alcaraz et Ben Shelton vous aident-elles à ne pas abdiquer ?
Je peux encore évoluer à un haut niveau. Ce sont des petites preuves qui montrent que le tennis est toujours là. Donc on verra bien, je ne sais pas ce que l'avenir va me donner. Je n'ai plus trop d'attente, si ce n'est essayer de prendre du plaisir sur le court, essayer de jouer mon tennis, imposer mon tennis, ce tennis que j'aime bien. J'essaie de jouer libéré et si tout se met bien et que mon physique se remet en place, je pense qu'il y a encore de belles choses qui peuvent arriver.
Ma retraite viendra naturellement."
Qu'est-ce que vous redoutez le plus, c'est d'arrêter trop tôt ou d'arrêter trop tard ?
Je ne me pose pas la question. Je pense que ça se fera naturellement. Quand je vais sentir que j'aurai tout donné, qu'il n'y aura plus de regrets, ce sera le bon moment d'arrêter. Mais je n'ai pas l'impression, du tout, que c'est maintenant, donc je ne me pose pas la question.
Qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de vous une fois les raquettes rangées ?
Au niveau des résultats, qu'on se souvienne de moi comme le meilleur joueur belge masculin. Dans une ère avec les meilleurs joueurs de tous les temps : Djokovic, Nadal et Federer. Et que je suis parvenu à les battre. Je voudrais qu'on retienne aussi mon style de jeu, je n'étais pas le plus costaud. Maintenant la plupart des joueurs sont physiques, frappent fort et jouent un peu moins au tennis. Chez moi, on retrouvait un jeu plus en timing, en souplesse et en prise de balle tôt. Ce qui faisait un peu mon identité. J'espère qu'on se souviendra de moi comme d'un beau joueur.
On débat beaucoup actuellement sur le fait de savoir si Alcaraz et Sinner sont plus forts que les Nadal, Federer et Djokovic. Où vous situez-vous dans ces discussions ?
C'est dur de déjà comparer, Alcaraz et Sinner sont encore très jeunes. Et puis le tennis a changé. C'est dur de ne comparer qu'eux, c'est plus la génération et le tennis qui ont changé. Avec un peu moins de constance dans les joueurs de tennis de maintenant, alors qu'avant, le top 20 était bien installé et ne faisait jamais d'erreurs. Il y avait plein de joueurs comme Ferrer, Nishikori, Cilic, Wawrinka, Del Potro. Ils étaient indéboulonnables, même en étant 15e ou 20e mondial. Ça paraissait dur d'aller chercher ce top 20. Maintenant, on dirait qu'on a plus accès à des joueurs qui ont des hauts et des bas. Il y a souvent des trous dans les tableaux ou des choses à faire pour aller chercher des gros résultats.
Mais tout cela, David Goffin n'y pensera pas ce mardi soir (dernier match) lors de son entrée en matière à Lille face à l'Autrichien Joel Schwaerzler (20 ans/ATP 246).