"Balais en colère": des bénévoles et des migrants nettoient la gare du Nord
Face aux soupçons - démentis - d'épidémie, des bénévoles ont débarqué à la gare du Nord munis de balais et de produits de nettoyage.
- Publié le 10-05-2019 à 19h24
- Mis à jour le 12-05-2019 à 11h50

Face aux soupçons - démentis - d'épidémie, des bénévoles ont débarqué à la gare du Nord munis de balais et de produits de nettoyage.
"Après le nettoyage, je peux encore dormir ici ?". Teklu (prénom d'emprunt), un Érythréen arrivé en Belgique il y a deux semaines, s'empare d'un balai amené par des bénévoles dans la gare du Nord, à Bruxelles. Autour de lui, une fourmilière s'éveille. Munis de serpillières, éponges, produits pour le sol et les vitres, sacs poubelles, etc. des bénévoles ont débarqué ce vendredi dans le local ouvert 24/24h aux migrants depuis le mois de février au niveau 0 de la station ferroviaire, où les bus de la Stib et De Lijn ne s'arrêtent désormais plus. Encore endormis quelques instants plus tôt, les voisins de Teklu regardent les bénévoles s'activer, l'air hébété. Puis se lèvent, lancent leurs affaires sur une étagère en hauteur, font une pile avec les cartons qui leur servent de matelas, ramassent les mégots de cigarette qui traînent. "On n'a pas le choix hein ! Personne ne veut venir nettoyer alors il n'y a plus que les citoyens pour le faire", lance Lamia en nouant un bandeau flanqué du slogan "Balais en colère" sur la tête.

"On veut poser un acte citoyen. Si le gouvernement ne bouge pas, nous, on est là", martèle Dolores Cerrato, bénévole pour "Récoltes solidaires" à Charleroi. Mardi matin, en sortant de sa garde de nuit à l'hôpital, cette aide-soignante attrape un journal et voit que Bruxelles-Propreté ne souhaite plus venir à la gare du Nord. "Un tas de stéréotypes circulent sur les migrants, comme le fait qu'ils sont porteurs de maladies. Mais n'importe qui vivrait dans ces conditions tomberait malade. Ce n'est pas eux qui sont porteurs de maladies, ce sont les conditions dans lesquelles ils vivent qui les créent. Bref, quand j'ai lu le journal… J'ai appelé un ami et je lui ai dit qu'on allait la nettoyer. Il m'a dit que j'étais folle (rires). Au début, on était trois et finalement… (elle regarde autour d'elle) Je crois qu'on est une bonne cinquantaine !", s'exclame-t-elle.
Peu à peu, les effluves de produits de nettoyage effacent l'odeur d'urine qui règne dans ce local aux dalles noircies et collantes. Les balais avancent, les serpillières les suivent. Une dame se dit que "on devrait chanter l'Hymne à la joie, comme pied-de-nez à l'Europe". Une autre sifflote la chanson de Blanche-Neige et les sept nains Siffler en travaillant. Bras-dessus bras-dessous, deux hommes entonnent One Love de Bob Marley. Tout le monde sourit, s'arrête de temps en temps pour observer ce spectacle d'un œil émerveillé. Deux policiers entrent dans le local en félicitant les bénévoles et les migrants à l'œuvre. "C'est… Waw !", glisse l'un d'eux. "Vous savez, quand on passe ici vers 22h ou 23h, on voit les rats qui courent près des gens qui dorment. C'est inhumain ce qui se passe ici, tout ça pour un jeu politique. Il faut que ça change. Il faut que ça cesse", poursuit-il.

Deux heures plus tard, la gare sent le propre. Teklu affiche un large sourire et lève le pouce. Il passe sa main sur le sol. "C'est bien comme ça ! C'est bon pour notre santé et pour celle des autres gens aussi ! Merci, merci, merci", se réjouit-il. Dehors, des bénévoles et des migrants s'activent autour des vitres extérieures sous les yeux de passants visiblement stupéfaits.