L’éducation sexuelle à la carte

Obligatoire depuis un décret du Parlement de la Communauté française fin juin 2012, l'éducation sexuelle au sein des écoles pose toujours question. Sa définition et ses objectifs sont encore flous.

L’éducation sexuelle à la carte
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St. Bo.

Fin juin 2012, le Parlement de la Communauté française franchissait un pas important en matière d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evras), en décrétant que toute école a désormais l’obligation de prendre des initiatives en la matière, mais avec une autonomie d’action.

Se réjouissant de cette "avancée majeure", une dizaine d’opérateurs laïcs des secteurs de la santé, du bien-être et de la lutte contre les discriminations, rejoints notamment par la CSC, la CGSP ou encore La ligue des familles, avaient toutefois recommandé que "la Fédération Wallonie-Bruxelles définisse légalement ce qu’on entend par Evras et qu’elle précise ses principaux objectifs" .

Mardi, les députés Gilles Mouyard (MR) et Jacques Morel (Ecolo) ont interpellé la ministre Simonet (CDH) sur la mise en œuvre de l’Evras. "L’Evras est devenue une mission de l’école, rappelle M. Morel. On s’en félicite d’autant plus que cette nécessité est étayée depuis une dizaine d’années à la fois par des études et projets-pilotes, par des résolutions parlementaires et par nombre de recommandations issues des rapports d’activités de divers secteurs." Pour Mme Simonet, "la question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment articuler les différents points de vue exprimés, comment concilier les recommandations des uns et les préoccupations des autres, dans le respect des missions de chacun" .

D’autant que divers acteurs sont concernés : les PMS, les centres de planning familial, les services de promotion de la santé à l’école (PSE), les centres locaux de promotion de la santé, les cellules bien-être, "Et c’est bien ce qui rend si difficile la généralisation de l’Evras" , concède la ministre.

"L’école, dans la mesure où elle concerne tous les élèves de 6 à 18 ans, a un rôle central à exercer en la matière" , estime-t-elle. L’Evras incombe donc "aux acteurs scolaires, et principalement aux équipes éducatives et aux chefs d’établissements" , poursuit-elle. "Il leur appartient de préciser, dans le projet d’établissement, ce qu’ils vont mettre en œuvre et comment ils vont procéder."

Plus précisément, dans le temps et l’espace scolaire, la ministre souhaite : inscrire l’Evras dans une approche éducative globale; inscrire l’Evras dans une démarche durable, c’est-à-dire qui se développe de manière progressive et adaptée au cours de la scolarité; mieux identifier et relier l’ensemble des acteurs; et ouvrir les écoles à des partenariats avec des acteurs externes comme les centres de planning familial. Quant aux centres PMS et aux services PSE, ils exercent un rôle à l’interface entre les ressources internes de l’école et celles disponibles dans l’entourage de l’élève, et entre les ressources internes de l’école et les ressources extrascolaires.

"Pour clarifier le rôle de chacun, je me réfère au dispositif expérimental des cellules bien-être, qui propose trois modalités d’accompagnement des écoles , qui "peuvent parfaitement s’appliquer à l’Evras" , reprend la ministre : la gestion collective des projets; la gestion de projets autour de thématiques spécifiques; ainsi que la diffusion d’informations et la mise sur pied d’animations ponctuelles.

Enfin, Mme Simonet ne pense pas qu’il faut "élaborer d’autres textes légaux" . Elle avait initialement prévu de diffuser une circulaire, mais elle s’est rendu compte "à quel point une telle circulaire serait inopérante si on ne donne pas aux écoles et à leurs partenaires les moyens de s’approprier les points de repères utiles" . Pour se faire, divers outils seront mis en place : l’échange de pratiques, la formation des acteurs ainsi que la diffusion d’une brochure. Celle-ci devra expliciter ce qu’est l’Evras, précisant les thématiques à aborder et présentant les ressources disponibles. "Cette brochure devrait permettre aux acteurs concernés de s’accorder sur des points de repères communs et sur la manière d’articuler leurs différentes interventions" , conclut la ministre.

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