Trois frères partis combattre en Syrie

Leur mère y a aussi vécu. Elle n'était pas hostile à leur départ, même pour y combattre.

Jacques Laruelle
Trois frères partis combattre en Syrie
©AFP

C'est une attitude qui laissera songeur nombre de parents : Fatima, une des 32 personnes jugées devant le tribunal correctionnel pour participations aux activités d'un groupe terroriste, n'était pas hostile au départ de ses enfants pour la Syrie. Au besoin pour y combattre. Elle les a dans un premier temps encouragés. Et elle les y a même rejoints.

"Je n'étais pas hostile à ce que mes fils s'y rendent, au besoin pour y combattre", a-t-elle expliqué. Le premier à être parti était le plus jeune, Soufiane, 19 ans. Cette Schaerbeekoise, qui comparaît libre, voit "le départ de ces combattants comme l'aide que d'autres pays ont apportée durant la Seconde Guerre mondiale". L'ennemi, "c'était Assad".

Soufiane est le seul à se retrouver avec elle sur le banc des prévenus. Ses deux aînés seraient toujours en Syrie, où l'un serait mort.

"Un psychopathe fanatique de l'Islam"

Le parcours de Soufiane, dont des connaissances ont dit qu'il fut "un psychopathe fanatique de l'islam", intrigue. Il a effectué quatre séjours en Syrie, dont trois très courts. Il n'avait alors que 500 euros d'allocations par mois. C'est à l'issue du dernier séjour, entre novembre 2013 et juillet 2014 qu'il a été arrêté à son retour à Amsterdam. Il n'a plus quitté la prison.

Son premier départ date du 12 février 2013. Une fois à la frontière turco-syrienne, il a suivi les pas de deux Syriens qui s'étaient fait soigner dans un hôpital turc. Car, raconte-t-il, nombreux étaient alors les Syriens à venir s'approvisionner en Turquie.

Treize jours plus tard, il était de retour à Bruxelles. Il le reconnaît : s'il est rentré, c'est par dépit. Atma, la ville proche de la frontière turque, où il avait abouti, était très calme. Or, il était parti pour en découdre.

Il ne lui faudra que quelques semaines pour repartir, chauffé par un imam actif dans la mosquée qu'il fréquentait.

Une bassine tractée

Il ne sera pas seul à prendre le chemin de la Syrie : il y guidera un proche et une jeune femme, "un peu allumée", selon les mots du président. Il n'y restera pas deux semaines. Ils franchiront la frontière d'une manière cocasse, traversant la rivière dans une sorte de bassine tractée à partir de l'autre rive.

Des traces subsistent de ce séjour : on a ainsi pu le voir sur son compte Facebook, tout sourire, en treillis militaire avec un fusil d'assaut. Il semble bien que le trio ait retrouvé un groupe radical car la femme, en niqab, a raconté qu'elle avait vu, de loin, un égorgement. Mais il ne le confirme pas.

Contrôlé au retour, il sera refoulé à peine débarqué de l'avion avant d'avoir pu toucher le sol turc lors d'une troisième tentative. C'est la raison pour laquelle il voyagera ensuite avec de faux papiers. Sans que l'on ne sache exactement ce qu'il y a fait.

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