Pourquoi dit-on si souvent qu'un élève "redouble" son année qu'il ne fait que "doubler"?
- Publié le 28-06-2018 à 06h44
- Mis à jour le 28-06-2018 à 07h57

On y échappe rarement: dans les débats qui entourent le Pacte d'excellence ou l'enseignement en général, on parle presque systématiquement du "redoublement", ou du fait de "redoubler" lorsque l'on évoque un élève qui recommence et double donc son année scolaire. Pourquoi utilise-t-on régulièrement ce verbe dont le préfixe "re" laisse entendre ce qui ressemble à une redondance? Et cela, même si "Le bon usage", dans sa quinzième édition, signale que ce préfixe marque la répétition de l'action, mais peut aussi indiquer un mouvement rétrograde, le retour à un ancien état.
Linguiste, et auteur du "Dictionnaire des belgicismes", Michel Francard note qu'il y a lieu "de distinguer l'usage des Français, qui "redoublent" une année d'étude, et celui de nombreux francophones (Belgique, Grand-Duché de Luxembourg, Suisse romande, Québec et plusieurs pays d'Afrique), qui "doublent"."
"L'usage de doubler est le plus anciennement attesté, poursuit-il, y compris en contexte scolaire. Littré le mentionne : "Terme de collége. Doubler une classe, en suivre les cours une seconde année.""
"Le concurrent redoubler, d'abord employé avec le sens de "rendre double" (redoubler une syllabe, une consonne ; redoubler les gardes), a pris au 19e siècle le sens de "recommencer" (une année d'étude). Littré en fait également mention, mais dans le Supplément de son dictionnaire, ce qui laisse penser que doubler, dans la seconde moitié du 19e siècle, concurrençait encore redoubler à Paris."
"Cet emploi en contexte scolaire de "redoubler" est donc une innovation "hexagonale", les aires francophones périphériques ayant conservé la forme ancienne "doubler"", conclut Michel Francard. L'existence de cet article et son interrogation, laisse cependant entendre que la Belgique francophone, à son tour, est touchée par les habitudes hexagonales.