Gilkinet (Écolo) : "La Belgique doit être candidate à l'organisation de la COP25"

- Publié le 30-11-2018 à 03h00
- Mis à jour le 30-11-2018 à 07h22

Le Brésil renonce à organiser le sommet climatique de 2019. La Belgique doit prendre le relais, proposent les verts. Brasilia - Bruxelles. Malgré les 9 000 km qui les séparent. Georges Gilkinet, le tout nouveau chef du groupe Écolo-Groen à la Chambre, imagine un grand déménagement entre les deux capitales. Celui de la COP25. Le 25e sommet de l'Onu sur le climat devait avoir lieu en novembre prochain au Brésil. Mais ce dernier vient d'annoncer son renoncement. D'où "la proposition" des écologistes francophones et flamands au Premier ministre Charles Michel (MR) : "Que la Belgique soit candidate à l'organisation de la COP25."
Il reste une année pour tout mettre en place. Rien d'impossible, selon M. Gilkinet. "La Belgique est la capitale de l'Europe, elle a l'habitude des sommets. Et cela peut se faire au niveau européen ou du Benelux." Cela dit, l'objectif du député fédéral dépasse l'organisation en tant que telle de la grand-messe annuelle sur le climat. "La Belgique bloque une proposition européenne visant à relever nos objectifs climatiques, attaque-t-il. Sur le pacte de l'Onu sur les migrations, Charles Michel va à la tribune des Nations unies, le 27 septembre, pour dire que la Belgique le signera. Mais, ensuite, la N-VA n'en veut plus et il ne se passe plus rien. On est en panne sur le plan diplomatique. On est à la remorque en matière climatique. Et, en ce qui concerne les projets, quel est celui qui mobilise les gens aujourd'hui… ? Pour nous, tout cela rejoint l'urgence climatique. D'où notre idée : que l'on prenne le leadership."
"J'aurais pu applaudir Charles Michel"
Son intention est double. "Que la Belgique se réaffirme comme un pays favorable au multilatéralisme. Mais aussi nous obliger - et obliger le futur gouvernement puisqu'on aura voté d'ici la COP25 - à avoir d'autres ambitions en matière climatique." Utopie ? La France, par exemple, ne semble pas avoir infléchi significativement sa politique climatique alors qu'elle a organisé un sommet majeur en 2015 (la COP21). "Le problème, c'est toujours de passer de la parole aux actes. La déclaration de Paris et le travail diplomatique de la France lors de la COP21 étaient remarquables. Mais une fois que les spotlights sont éteints, les actes ne suivent pas."
"C'est exactement ce que j'ai reproché à Charles Michel. Son discours à la tribune des Nations unies, moi, j'aurais pu l'applaudir. Le problème, c'est que les faits ne correspondent pas aux discours. Nous, nous voulons faire de la politique climatique la pierre angulaire du projet Belgique entre 2019 et 2024, plutôt que le projet de repli sur soi, de repli identitaire qui est celui que l'on doit constater sous l'impulsion de la N-VA."
Un cordon sanitaire rompu "avec la complicité du MR"
C'est ici que le chef de groupe, successeur de Jean-Marc Nollet, montre les crocs. "Je rappelle quand même qu'un membre du gouvernement (Theo Francken, N-VA) explique qu'il s'inspire des propositions du Vlaams Belang, un parti d'extrême droite. Le cordon sanitaire est quelque part rompu, avec la complicité du MR. J'espère que cette législature n'aura été qu'une parenthèse dans l'histoire de la Belgique et qu'on pourra la refermer et trouver une majorité qui puisse travailler autour de projets d'avenir, mobilisateurs pour les citoyens, positifs pour l'économie. On ne veut pas d'élections anticipées parce que ça ne ferait plaisir qu'à la N-VA et rajouterait du chaos au chaos. En revanche, on veut que ce gouvernement arrête de nuire. D'ici les élections (le 26 mai, NdlR), on va essayer qu'il prenne le moins de décisions négatives. Et il nous semble que la question climatique doit être au centre de la réponse à apporter, y compris à la désespérance de certains qui s'exprime dans le mouvement des gilets jaunes."
Georges Gilkinet songe manifestement déjà à l'après-scrutin 2019. Pour qu'Écolo revienne au pouvoir au fédéral, 16 ans après sa première et unique expérience ? "Écolo est un parti mûr, prêt à prendre ses responsabilités à tous les niveaux de pouvoir. L'exercice des responsabilités ne nous fait pas peur, même si le pouvoir pour le pouvoir, ce ne sera jamais Écolo. Cela dit, la question des partenaires et du programme est essentielle."
Les signes d'un axe PS-Écolo
À ce propos, les accords de majorité conclus dans les communes après les élections locales du 14 octobre laissent entrevoir un axe PS-Écolo. Le parlementaire ne partage pas l'analyse. "Chaque situation locale doit être analysée indépendamment. L'enjeu, c'est le rapport de forces et notre capacité à négocier un accord qui - en matière de gouvernance, de solidarité, d'énergie, de climat - est le bon. Vous savez, le PS de Stéphane Moreau, le PS de la province de Liège ou de la province du Hainaut, on n'en veut pas. On n'est le satellite d'aucun parti."
Zakia Khattabi, coprésidente d'Écolo, a pourtant dit dans Le Soir, mercredi : "Rien de ce que porte le MR aujourd'hui en matière de libertés individuelles ou de vivre ensemble ne nous laisse penser que ce parti sera un partenaire privilégié." Ce n'est quand même pas une invitation à gouverner ensemble… "Ça vaut dire qu'il est temps que le MR, que le libéralisme des Lumières se reprenne un peu, veut préciser M. Gilkinet. On est très interrogatif quand le MR s'aligne sur la N-VA sur la question des identités. On est dans une séquence inquiétante. Aujourd'hui, la ligne dominante au MR sur la question des libertés est inquiétante." Toutefois, il l'assure : " On est capable de travailler avec chaque parti démocratique, sauf la N-VA au niveau fédéral."