"Ni juge ni soumise" : Anne Gruwez condamnée au silence par son supérieur
Luc Hennart interdit à l'héroïne de Ni juge ni soumise de s'exprimer à 10 jours des Magritte !

- Publié le 21-01-2019 à 06h51
- Mis à jour le 23-01-2019 à 13h38

Une juge d'instruction délivrant régulièrement des mandats d'arrêt, qui se retrouve elle-même en liberté conditionnelle. Voilà qui reflète en image l'ambiance qui règne actuellement au palais de justice de Bruxelles. Aussi surprenante puisse-t-elle paraître, la décision émane du président du tribunal de première instance, Luc Hennart, qui nous l'a confirmé et ajoute l'assumer totalement.
Vendredi soir, à l'occasion de la réception du barreau de Bruxelles, les conversations tournaient autour de cet incident. Alors qu'elle était conviée plus tôt dans la matinée, à une projection de Ni juge ni soumise, dédiée aux avocats étrangers, la protagoniste principale du film, Anne Gruwez, n'a pas pu assister au débat qui prolongeait la séance, ni même entrer dans la salle. Et pour cause, Luc Hennart lui interdit de s'exprimer tant sur le film que dans les médias depuis le printemps dernier ! En février 2018, à l'occasion de la sortie du documentaire au succès planétaire réalisé par Jean Libon et Yves Hinant, la juge d'instruction Anne Gruwez avait pourtant donné de nombreuses interviews - un mot d'explication pouvait s'imposer devant la délicatesse du sujet traité -, faisant la Une des journaux belges et internationaux. Mais voilà que depuis avril dernier, elle est contrainte de se taire. Et ce, à dix jours de la cérémonie des Magritte où le film est nommé dans la catégorie "Meilleur documentaire".
Contactée par nos soins, Anne Gruwez a poliment décliné un éventuel échange, refusant de s'exprimer conformément à ce que son chef de corps, Luc Hennart, lui a ordonné et nous renvoyant aux réalisateurs.
Le bâtonnier du barreau francophone de Bruxelles, Michel Forges, a lui confirmé avoir invité Anne Gruwez à un débat vendredi matin après la projection du film. "Elle n'y a pas assisté. Après plusieurs échanges, nous avons convaincu Luc Hennart de venir. C'était la première fois qu'il visionnait le film. Film auquel j'ai effectivement fait allusion dans mon discours de rentrée du barreau."
Ce dimanche, Luc Hennart a affirmé à nos confrères avoir découvert le célèbre film pas plus tard que vendredi. "J'y suis allé parce que c'était gratuit. Je n'aurais jamais dépensé un cent pour ce film. Et après l'avoir vu, je peux vous dire que je confirme dans une très large mesure ma décision prise envers la juge Anne Gruwez. J'estime qu'il ne convient pas qu'elle s'exprime et cela depuis plusieurs mois. Je n'étais déjà pas très enthousiaste face à ce film et c'est un euphémisme mais là je suis convaincu d'avoir pris la bonne décision que je n'ai pas à justifier ici. Il se fait que la chose a effectivement été nommée aux Magritte mais ma décision est qu'elle ne participera à cette manifestation !", s'exclame Luc Hennart, président pourtant connu pour sa propre médiatisation, notamment dans l'émission de RTL-TVi Face au juge.
Sommes-nous face à ce qui ressemble à une censure générale et préalable à toute liberté d'expression ? Luc Hennart refuse d'avancer ses motivations.
Anne Gruwez, qui n'a pas été payée un euro pour Ni juge ni soumise, participera-t-elle malgré tout à la cérémonie des Magritte ? Impossible de savoir comment va se terminer ce qui ressemble tout de même à une mauvaise fiction judiciaire.