"Les dangers, pour les francophones, vont revenir comme des vagues successives, avec un gouvernement probablement dirigé par Bart De Wever"
Pour Olivier Maingain, président de Défi durant 24 ans, le parti doit, pour remonter la pente, renouer avec son ADN historique, tout en renouvelant ses cadres.

- Publié le 18-06-2024 à 06h30

La gueule de bois est sévère chez les amarantes. Le président de Défi, François De Smet a annoncé sa démission dimanche dernier, après une défaite électorale cuisante.
Ce retrait peut être l'occasion de mettre fin à la guerre des clans délétère qui a opposé François De Smet à Olivier Maingain, son prédecesseur. Mais au-delà de la question de la présidence, comment se distinguer dans un marché politique où les Engagés et le MR ont littéralement éclipsé Défi ?
Pour Olivier Maingain, figure tutélaire du parti, la recette est simple : il faut renouer avec l'ADN historique du FDF.
Comment expliquez-vous la défaite électorale de dimanche dernier ?
Le message politique dont nous étions porteurs n'apparaissait plus avec la même netteté. Notre parti est avant tout un parti de propositions, de vision sur l'avenir des francophones et de Bruxelles, etc. Et non un parti qui cherche à avoir le pouvoir pour le pouvoir. En politique, on a besoin d'un récit, qui donne une ambition collective. Mais cela s'est fortement effiloché ces dernières années.
Pour quelles raisons ?
Pour des raisons qui ne sont pas nécessairement liées à un style de direction, mais plutôt à des circonstances internes ou externes. Beaucoup d'électeurs ne percevaient plus notre patte. On s'est trop enfermés sur quelques thèmes, comme la laïcité.
On s'est trop enfermés sur quelques thèmes, comme la laïcité ou l'avortement. François De Smet a eu une mauvaise analyse des attentes des électeurs sur les enjeux économiques et sociaux, sur lesquels on a pourtant beaucoup à dire."
Quels sont ces autres thèmes sur lesquels Défi se serait trop centré ?
Des sujets de société comme l'avortement, et tout ce qui relève du droit de la personne. Ce sont des enjeux qu'il ne faut certainement pas abandonner. Mais le socio-économique, alors que nous étions porteurs d'une vision en termes de libéralisme social, n'a pas prédominé. Je me souviens de déclarations de François De Smet disant qu'il allait privilégier l'identité par rapport à d'autres thèmes. Il a eu une mauvaise analyse des attentes des électeurs sur les enjeux économiques et sociaux, sur lesquels on a pourtant beaucoup à dire. Des opportunités n'ont pas été exploitées correctement. La réforme fiscale a été le grand échec économique de la Vivaldi, à cause du MR. Je n'ai pas compris qu'on n'ait pas marqué davantage notre différence avec eux, sur ce sujet.
Défi doit-il à l'avenir se rapprocher de l'un de ses deux partis, ou doit-il garder son indépendance ?
Nous devons garder notre indépendance.
Bart De Wever a été magistral en se profilant comme candidat Premier ministre. Il a tout simplement jeté Alexander De Croo au-dessus la barrière. On a rarement vu un coup médiatique si bien mené à quelques jours des élections."
Votre position qui fait de la N-VA un repoussoir n'a-t-elle pas perdu de son impact, alors que le Vlaams Belang était donné en tête en Flandre ?
Il faut reconnaître que Bart De Wever a été magistral en se profilant comme candidat Premier ministre. Il a tout simplement jeté Alexander De Croo au-dessus la barrière. On a rarement vu un coup médiatique si bien mené à quelques jours des élections. Mais fondamentalement, il fallait continuer à dire aux francophones : 'Attention, vos intérêts vont être maltraités'. On le vérifiera d'ailleurs dans le programme du gouvernement fédéral. Je serai très intéressé de savoir ce qu'il y aura dans l'accord sur le survol de Bruxelles. Le MR est prêt à sacrifier ce dossier pour faire une alliance avec la N-VA… Défi n'a pas pris le leadership sur des thèmes où nous étions considérés comme la référence. Mais nous sommes aussi tenus de parler à de nouveaux électeurs. Là encore, si on ne donne pas l'image d'un parti qui dépasse les enjeux de pouvoir, nous n'aurons pas les marqueurs pour en attirer. Je serai à tout jamais blessé que François (De Smet) n'ait pas compris que son chef de cabinet avait porté atteinte à notre crédibilité de manière grave.
Cette crise interne, dans laquelle vous avez accusé le chef de cabinet de François De Smet d'avoir manipulé des votes internes, n'a-t-elle pas joué un rôle crucial dans la défaite de Défi ?
Oui, oui, bien sûr. Des électeurs m'ont dit : "On ne comprend pas que cette affaire n'ait pas été réglée par le licenciement de ce chef de cabinet". (Il revient longuement sur le vote de la liste bruxelloise par les militants et la crise interne).
"Je ne recommanderai pas à mon fils de se présenter à la présidence : Sophie Rohonyi est celle qui a le plus de chances de fédérer Défi."
Vous regrettez d'avoir confié les clés du parti à François De Smet ?
Pas du tout. J'avais identifié chez lui un réel potentiel. Mais son entourage l'a amené à un moment donné à considérer qu'il devait s'affirmer au détriment de ce que je représentais. Je vais être très clair : à part le fait que je me représente comme bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, je n'ai aucune ambition personnelle, je ne cherche pas à redevenir président de parti, ni à placer mon fils. Mais je me porterai toujours garant des valeurs du parti, de son histoire, en soutien de la jeune génération qui va se mettre en place.
Les dangers, pour les francophones, vont revenir comme des vagues successives, avec un gouvernement probablement dirigé par Bart De Wever. Nous aurons des choses à dire et à affirmer, je n'ai pas de crainte."
Qui incarnera cette nouvelle génération ?
Elle sera fort probablement conduite par Sophie Rohonyi qui a fait ses preuves comme parlementaire et est injustement sanctionnée par la perte de son siège. Mais en politique, quand on a de la volonté, de la clarté dans les idées, des objectifs précis, il n'y a jamais rien d'irrémédiable. Les dangers, pour les francophones, vont revenir comme des vagues successives, avec un gouvernement probablement dirigé par Bart De Wever. Nous aurons des choses à dire et à affirmer, je n'ai pas de crainte.
Sophie Rohonyi est donc votre candidate présidente ?
Je lui laisse le soin de se déclarer ou non. Mais elle est, parmi les candidats potentiels, celle qui a le plus de chance de fédérer le parti.
Vous ne pousserez donc pas votre fils Fabian à la présidence ?
Je n'ai pas à lui dicter sa ligne. Mais si mon fils me consulte, je ne lui recommanderai certainement pas de se présenter à la présidence. Il vient d'être élu député, qu'il continue à montrer sa crédibilité par son travail.
Certains plaident pour une présidence bicéphale, avec Sophie Rohonyi coprésidente à Bruxelles, et Julien Lemoine (25 ans) en Wallonie.
Qu'on clarifie nos instances avec un vice-président, ou un porte-parole clairement identifié pour la Wallonie, pourquoi pas ? Mais les présidences multiples, je n'y crois pas. C'est toujours foireux. L'électrochoc doit venir rapidement avec une nouvelle présidence assumée avant la fin juin. En plus, si Sophie devient présidente, je trouverai désobligeant qu'on puisse donner l'impression qu'une femme doive être accompagnée d'un homme.