Notre sondage politique: la Flandre risque d'être ingouvernable au lendemain des élections du 9 juin
Le baromètre politique de La Libre (avec l'institut Kantar et la RTBF) montre que seule une coalition à quatre partis au moins, politiquement difficile à manœuvrer, permettrait de contourner le Vlaams Belang pour la constitution du gouvernement flamand.

- Publié le 25-04-2024 à 17h00
- Mis à jour le 25-04-2024 à 20h29

On disserte beaucoup – et à raison – de la difficulté probable qu'il y aura à former un gouvernemental fédéral, mais que dire de la Flandre… Selon le baromètre politique de La Libre (avec l'institut Kantar et la RTBF), la Vlaams Belang poursuit son insolente domination au nord du pays avec 26 % des intentions de vote. L'importance accordée par les électeurs flamands à l'immigration (thématique jugée la plus importante, juste devant le pouvoir d'achat), sur lequel le Belang est très offensif, explique en partie ce succès.
La N-VA, deuxième à 20,9 %, enregistre la perte la plus importante depuis les élections de mai 2019 (- 4,6 points). Mais la grosse surprise en Flandre, c'est la percée du PVDA (nom en néerlandais du PTB) qui grimpe à la troisième place avec 12,2 % des intentions de vote. La progression des communistes était une tendance déjà perceptible lors de précédents sondages, elle apparaît à présent plus clairement.
Des miettes pour les partis traditionnels
De leur côté, les partis traditionnels et les verts, qui composent la coalition Vivaldi au fédéral, se contentent des miettes : 11,6 % pour le CD&V ; 11,5 % pour les socialistes de Vooruit, qui ne digèrent toujours pas la démission de leur ancien président Conner Rousseau, poussé vers la sortie pour avoir tenu des propos racistes ; 10,4 % pour l'Open VLD, qui redresse un peu la tête ; et à peine 6 % pour Groen, qui ne pèsera quasi plus rien si ce score se traduit dans les urnes.

Au regard de ces résultats, un séisme politique est en préparation en Flandre. Aucun parti ne veut gouverner avec l'extrême gauche PTB. Quant à l'extrême droite Vlaams Belang, seule la N-VA pourrait se coaliser avec elle, mais la formation de Bart De Wever reste ambiguë sur la question.
Selon une projection effectuée par le Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques) sur la base des intentions de vote, le Vlaams Belang et la N-VA auraient ensemble une majorité, certes étriquée, au Parlement flamand (66 sièges sur 124) et pourraient donc former le prochain gouvernement régional. Si cette possibilité se concrétise au lendemain des élections, la pression sera énorme sur la N-VA.
Une quadripartite ô combien périlleuse
Les nationalistes vont-ils résister aux sirènes de l'extrême droite ? Ou opter pour une alternative démocratique ? La difficulté, c'est que cette alternative est complexe à mettre en place.
La quadripartite enverrait le signal à l'électeur flamand que l'on snobe son choix en laissant les deux vainqueurs des élections dans l'opposition, le Vlaams Belang surtout, le PTB dans une moindre mesure.
Selon la projection du Crisp, la coalition flamande sortante – N-VA, CD&V, Open VLD – perdrait sa majorité au Parlement flamand. Le remplacement de l'Open VLD par Vooruit n'y changerait pas grand-chose. La tripartie sortante devrait dès lors s'adjoindre le renfort d'une quatrième formation, sans doute Vooruit (Groen semble hors-jeu avec 6 % des intentions de vote).
Une telle quadripartite n'a rien d'improbable, surtout si elle est dupliquée au niveau du gouvernement fédéral. Mais elle serait politiquement difficile à manœuvrer car elle réunirait des partis aux convictions fort divergentes. Et elle enverrait le signal à l'électeur flamand que l'on snobe son choix en laissant les deux vainqueurs des élections dans l'opposition, le Vlaams Belang surtout, le PTB dans une moindre mesure.
Fiche technique
Cette enquête d'opinion a été réalisée par l'institut Kantar via un sondage en ligne du 8 au 18 avril auprès de 1004 électeurs habitant en Wallonie, 1016 électeurs habitant en Flandre et 807 électeurs habitant à Bruxelles ayant le droit de vote aux élections nationales de 2024. Leur représentativité a été pondérée en fonction de la population belge selon l'âge, le niveau d'éducation, le statut professionnel et la province. La marge d'erreur maximale est de 3,1 % en Wallonie et en Flandre et de 3,5% à Bruxelles.